‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 22 sur 98 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État des esprits à la cour lors de l’arrivée do la duchesse d’Orléans à Paris. — Accueil gracieux qu’elle reçoit de Louis XVIII : ses relations sympathiques avec la duchesse d'Angoulême. — Elle accouche du duc de Nemours. — Ses premières réceptions au Palais-Royal : hommage universellement rendu à sa parfaite bienveillance et à la haute dignité de ses manières. — Soirées du Palais- Royal, concerts; lecture du Dernier des Abencerrages et de Moïse, par M. de Chateaubriand. — Le duc d’Orléans est envoyé à Lyon avec Monsieur, pour arrêter la marche de Napoléon, débarqué à Cannes. — Son retour à Paris : avant d’aller organiser la défense dans les départements du Nord, il fait partir secrètement sa femme et ses enfants pour .l’Angleterre. — Lettre de la duchesse d’Orléans à Louis XVIII. — Son débarquement à Douvres : longue anxiété qu’elle éprouve jusqu’à l’arrivée de son mari et de sa belle-sœur. — Empressement de la société anglaise autour du duc et de la duchesse d’Orléans ; leur établissement à Twickcn liant.

— Court voyage du duc d’Orléans à Paris , après la rentrée du roi : il retourne en Angleterre avec la détermination d’attendre d’autres circonstances pour ramener sa famille au Palais -Royal.

— Vie retirée et tranquille de la duchesse : soins donnés à l’éducation des enfants. — Inquiétudes causées par les périls que les excès des ultra-royalistes font courir à la monarchie restaurée. —

‘Relations d’amitié avec la famille royale d’Angleterre. — Voyages dans les comtés. — Ordonnance du 5 septembre 1810. — Le duc d’Orléans se décide à rappeler sa famille à Paris, où il l’a précédée.

En arrivant au Palais-Royal, la duchesse d’Orléans ne trouva dans le monde où elle entrait que joie et confiance. On était encore dans le premier bonheur de la paix succédant à de longues guerres, d’une aurore de liberté succédant aux excès du despotisme. Le gouvernement de la Restauration, heureux d’être, avait l’air de marcher sans regarder derrière lui; la vieille société française, se retrouvant sur ses pieds aux Tuileries comme dans les hôtels du faubourg Saint-Germain, n’avait pas le sentiment des dangers que lui préparaient dès lors ses imprudences. Au Palais-Royal on était bien mieux au courant des idées et des intérêts modernes; mais là aussi il n'y avait pour le moment point de souci sérieux du lendemain, et après les souffrances de l’exil, on s’abandonnait avec sécurité à la jouissance des jours meilleur qui renaissaient au sein de la patrie. Le deuil que la duchesse d’Orléans portait dans son cœur, comme sur ses vêtements, et les ménagements commandés par une grossesse dont le terme était proche, l’empêchèrent seuls de se mêler dès ce

LE PALAIS-ROYAL

moment au mouvement de la cour et à celui de la vie parisienne.

Ces deux circonstances ne pouvaient toutefois la dispenser d’aller avec son mari rendre au roi ses devoirs. Elle y fut dès le lendemain de son arrivée. Elle était précédée d’un tel renom de vertu, il y avait dans son maintien et les traits de son visage une si naturelle expression de dignité, quelque chose de si royal, que Louis XVIII y rendit hommage par la recherche particulière de courtoisie avec laquelle il l’accueillit. Il reçut aussi avec une apparente bonté le duc d’Orléans. Ce fut plus tard, après la crise des cent-jours, qu’il n’eut plus pour ce prince qu’une froideur malveillante, jointe à sa hauteur habituelle avec les cadets de sa race. Les liens d’étroite parenté et la communauté de vertus qui existaient entre la fille de Marie-Caroline et celle de Marie-Antoinette les recommandaient naturellement à l’estime et à l’affection l’une de l’autre, et ces sentiments ne firent que s’accroître dès l’instant où elles commencèrent à se connaître.

Les hommages de la cour vinrent, dans les jours qui suivirent, chercher la duchesse d’Orléans au Palais-Royal. Il ne manqua à. cette affluence empressée qu’un petit nombre d’anciens émigrés, fidèles à. leur inimitié contre celui dont

' elle portait le nom. Avec l’élite des plus anciennes familles du royaume, se présentèrent à elle maréchaux, généraux, sénateurs convertis en pairs de France, tous personnages de la Révolution et de l’Empire, assurés de trouver là des égards qu’ils ne trouvaient pas toujours aux Tuileries. La duchesse avait appris dès le premier jour ce qu’elle devait à chacun, s’avançant avec précaution, selon ses propres expressions, « sor le théâtre nouveau où elle paraissait, » très-sobre de paroles, mais n’en disant que de justes, et laissant satisfaits d’elle tous ceux qui l’avaient approchée. Indépendamment de tout ce monde devant qui s’ouvraient les appariements du Pâlais-Royal, s’était formé un cercle plus restreint et plus intime, dans lequel le premier rang appartenait à la duchesse douairière et à sa belle-sœur la duchesse de Bourbon. Derrière elles figuraient le peu qui restaient d’anciens familiers de la maison d’Orléans, à qui étaient venus se joindre les nouveaux officiers que le prince avait attachés à sa personne,’ le général Albert, le colonel Atthalin, le comte Camille de | Sainte-Aldegonde, le vicomte de Rohan Chabot, ' le comte Thibaut et le baron Raoul de Montmorency. Le titre honorifique de gouverneur du jeune duc de Chartres avait été donné au comte de Grave, un des ministres constitutionnels de

Louis XVI clans les derniers jours de sa royauté.

Un mois s’était à peine écoulé depuis l’établissement de la duchesse d’Orléans au Palais-Royal lorsqu’elle accoucha du duc de Nemours \ Louis XVII I et la duchesse d’Angoulême tinrent le nouveau-né sur les fonds de baptême, dans la chapelle des Tuileries, avec tout le cérémonial de l’ancienne cour. A peine relevée, la princesse fut promenée par son mari parmi les mille objets nouveaux pour elle que Paris offrait à sa curiosité. Elle avait toujours eu, et elle a conservé jusqu’g, la fin de sa vie, un désir très-vif de voir et de connaître : les grandes et les petites merveilles de notre capitale procurèrent à ses yeux et à son esprit un enchantement auquel elle fut heureuse de se livrer. La visite des musées et celle des ateliers des artistes eurent pour elle un intérêt particulier. Elle se laissa même aller aux attraits des théâtres. Son deuil fit qu’elle en ressentit d’abord quelque scrupule ; mais la rigueur de l’étiquette ne lui interdisant point cet amusement, et son mari le lui commandant, elle ne crut pas pouvoir s’y refuser. Il y eut des fêtes données soit à la cour, soit par quelques personnages de distinction, auxquelles elle se rendit sinon toujours par plaisir, au moins

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