juillet 1824. Le baptême eut lieu le 9 septembre
LE PALAIS-ROYAL
aggravé depuis quelques semaines, il pouvait donner suite à, son projet de conduire ses enfants au château d’Eu, d’où il comptait leur faire prendre au Tréport les bains de mer. Monsieur insista pour qu’il n’y eût rien de changé à ce projet, croyant pouvoir répondre qu’il n’y avait point de danger immédiat pour la vie de son frère. Il promit d’ailleurs au duc de l’avertir à la première alarme sérieuse. On partit en conséquence pour Eu ‘, et l’on y était à peine arrivé, que vint une estafette apportant au duc d’Orléans la lettre qui suit î
Paris, 17 septembre 1824, 2 heures après midi.
« La faiblesse du roi s’est tellement augmentée depuis hier, mon cher cousin, que je me trouve dans la pénible nécessité de vous envoyer une estafette, et de vous engager à revenir ici le plus tôt qu’il vous sera possible, sans nuire cependant à la santé de votre femme et à celle de votre sœur. Plaignez-moi, mon cher cousin; j’ai le cœur déchiré; mais j’espère que Dieu me donnera les forces dont j’ai et dont, hélas! j’aurai peut-être tant de besoin.
1. On partit le 11 ; le 43, à cinq heures du matin, fut reçue lettre de Monsieur.
ni VI K DE MANIE-AMÉLIE.
« Je ne vous dis rien de plus pour lutter le départ de ma lettre. Vous connaissez depuis longtemps mon ancienne et constante amitié pourv ous et pour votre famille.
« C II Alt LES— P III L1 PI’ e. »
Le duc d’Orléans reprit sans tarder la poste, ne fit que se reposer trois ou quatre heures de la nuit à Neuilly, et, avec la duchesse et Mademoiselle, se rendit dans la matinée du 1 lx au Palais- Royal. Ils y reçurent l’avis que le roi demandait à les voir; mais lorsqu’ils se présentèrent à la porte de sa chambre. Monsieur leur dit que l’auguste malade avait encore sa connaissance, entendait encore, mais ne parlait plus et tenait les yeux constamment fermés. L’agonie dura près de deux jours et la duchesse d’Orléans en a reproduit dans un récit*1 détaillé les moindres circonstances. En voici les dernières pages :
« Le 16, à 1 heure du. matin, on vint nous avertir que le roi était au plus mal... Tout le monde était dans sa chambre ; nous y sommes entrés aussi et nous sommes assis au pied du lit avec le reste de la famille. Il y avait de plus que
1. Ce récit, indépendant de celui qui se trouve dans son Journal, est écrit en français.
Lli PALAIS-ROYAL.
les jours précédents l’archevêque de Paris et l’évêque d’Hermopolis. Tout le monde était rangé autour de la chambre; il y régnait le plus profond et lugubre silence, qui faisait mieux entendre la respiration courte et oppressée du moribond. Ce silence était interrompu de temps en temps par les prières que récitaient le grand aumônier et l’abbé Rocher1, qui étaient placés derrière le lit. Ce dernier s’approchait aussi quelquefois du roi pour lui dire des paroles de religion et de consolation; mais il ne les entendait plus... Madame et Monsieur nous donnèrent l’exemple de sortir quelques instants pour aller respirer dans le cabinet un air moins étouffé. Quand nous rentrâmes, la respiration du roi s’affaiblissait; bientôt on ne l’a plus entendue. A quatre heures, on lui a mis l’alcali sous le nez ; il n’a fait aucun mouvement. Les médecins ont pris une bougie pour s’assurer s’il avait fini de souffrir. Alors, par un mouvement spontané, nous nous sommes levés tous pour approcher de ce lit de mort. Au bout d’un instant, le duc d’Angoulême, qui était le plus en avant, s’est approché de Monsieur, et lui a dit deux fois dans l’oreille : « Mon père, tout est fini. » Monsieur, accablé de corps et d’âme, a paru ne le pas com-