CHAPITRE III
Bienveillance de Charles X envers le duc d’Orléans et sa famille. — Mort de Ferdinand IV : deuil de la duchesse d’Orléans. — Première communion de ses deux filles aînées. — Sacre de Charles X et fêtes qui le suivent. — Arrivée à Paris du prince de Salerne.
— La duchesse d’Orléans va visiter à Chambéry sa sœur, la reine de Sardaigne. — Attitude réservée et ferme du duc d’Orléans au milieu des progrès de la réaction ultra-royaliste. — Revue du 29 avril 1827, suivie du licenciement de la garde nationale do Paris : conversation de Charles X avec le duc d’Orléans après cet événement. — Élections de 18^7 ; ministère Martignac. — Émancipation du duc de Chartres. — Les princesses Louise et Marie, affranchies de l’éducation, passent sous l’autorité directe de leur mère. — L’instruction religieuse de la princesse Clémentine est confiée à l’abbé Dupanloup. — Mort du duc de Penthièvre : profonde douleur de la duchesse d’Orléans. — Caractère des relations de la duchesse avec les personnes chargées de l’éducation de ses enfants. — Voyages à Eu, temps de vacances et de joie de famille.
— Hiver do 1 829 : fêtes données aux Tuileries et au Palais-Royal.
— Le duc d’Orléans conduit son fils aîné en Angleterre. — Ordonnances du n août 1829 : ministère Polignac. — Visite de la dauphine au château d’Eu. — La duchesse d'Orléans se rend à Grenoble, à la rencontre de son frère le roi de Naples, qui va en Espagne marier sa fille la princesse Christine à Ferdinand VH.
— Ouverture de la session de 1830’: adresse des 221. — Arrivée du roi de Naples à Paris : bal napolitain au Palais-Royal. — Ordonnances du 25 juillet : émotions cruelles du duc et de la duchesse d’Orléans pendant les trois journées de la lutte engagée dans Paris. — Journée du 30 : le duc au Raincy; succession de scènes douloureuses pour la duchesse à Neuilly; départ du duc pour Paris dans la soirée. — 11 se rend le lendemain à l’hotel de ville, et appelle à Paris sa famille. — Arrivée nocturne
LE PALAIS-ROYAL. 14'J
de la duchesse au Palais-Royal. — Elle devient, le 9 août, reine des Français.
J’ai toujours entendu la duchesse d’Orléans, devenue reine des Français, parler avec reconnaissance des bontés que Charles X avait eues pour elle et pour sa famille. Dès la première des cérémonies funèbres, quand le roi, avec toute sa cour, alla jeter l’eau bénite sur le cercueil de son frère, il ordonna que l’aspersoir fût présenté par le grand aumônier aux princes du sang, comme à ceux de la famille royale; c’était faire disparaître la fâcheuse distinction si soigneusement maintenue par Louis XVIII. Deux jours après il donna à la duchesse d’Orléans une satisfaction qui lui fut bien plus précieuse. Il y avait en elle quelque chose qui souffrait à voir le titre d’altesse royale qu’elle portait refusé à son mari et à sa bellesœur. Charles X fit venir le duc à Saint-Cloud pour lui annoncer qu’il lui accordait ce titre, ainsi qu’à tous les siens, et, dans un long entretien qu’il eut ensuite avec lui, il mit un aimable empressement à lui déclarer qu’il ne partageait en rien « le travers d’esprit qui avait constamment porté Louis XVIII à vouloir faire des deux branches de la famille régnante deux familles séparées l’une de l’autre. » Et lorsque le lendemain la duchesse
alla le remercier de cette faveur, il mit le comble au contentement qu’elle lui exprimait, en l’informant qu’il venait de nommer le duc de Chartres colonel du 1er régiment de hussards. Il y eut pour elle une autre joie, plus profondément sentie que cette joie maternelle, lorsqu’elle vit peu après le monarque heureux, et fier du moment de popularité que lui procura l’abolition de la censure. Plus confiante que son mari, elle crut à la possibilité d’une loyale entente entre le roi et la nation, et au prélude d’un règne tranquille et prospère. Elle ne garda pas longtemps cette illusion. Le duc d'Orléans, mieux traité à la cour, n’y fut pas mieux écouté quand il lui arriva d’y porter quelques sages paroles; on n’affecta plus d’y suspecter sa conduite, mais on continua d’y suspecter ses principes, et le jour devait venir où, avec l’accent de la plus profonde douleur, il serait obligé d’écrire au malheureux Charles X: « Si j’avais pu obtenir plus de confiance de Votre Majesté, peut-être... » Mais six ans encore neus séparent de ce jour. Reprenons notre récit.
La duchesse d’Orléans portait encore le deuil de Louis XVII I, lorsqu’elle eut à, porter celui du roi son père1. Elle le pleura, pria beaucoup et fit