Mort le 4 janvier
prier pour lui, et pendant l’hiver se renferma plus exclusivement que de coutume dans l’accomplissement de ses devoirs domestiques. Ce fut alors qu’elle décida avec son mari l’envoi au collège du duc de Nemours, sous la direction de M. Larnac, son précepteur. La santé du jeune prince assez délicate réclamait des ménagements, qui ne l’empêchèrent pas de réussir dès l’abord dans ses études, et d’être au nombre des lauréats couronnés dans la solennité finale de l’année scolaire. Mais l’attention de la pieuse mère se porta plus spécialement sur ses deux filles aînées, qui se préparaient à leur première communion. Les deux jeunes princesses, dès leur première enfance, avaient été confiées aux soins de madame de Malet, femme d’une piété et d’une instruction solides, d’une âme tendre et dévouée, qui s’était consacrée sans réserve à ses difficiles fonctions, et avait eu le grand art de tout obtenir de ses élèves en se donnant à elles tout entière. Son principe, en matière d’éducation, était d’aider la nature, et de ne lapas contraindre. Soigneuse de tourner vers le bien le cœur des deux jeunes princesses, elle leur avait laissé suivre, pour y arriver, les pentes toutes diverses de leur caractère. Sous l’empire de la règle et avec le frein de l’obéissance, elles avaient gardé leurs libres allures; aucun système n’avait, violenté le
développement naturel de leur intelligence, et la main qui façonnait leurs âmes, comme la molle argile, y avait respecté toujours l’empreinte originelle dont Dieu les avait marquées. La princesse Louise, aussi studieuse qu’intelligente, d’une dour ceur et d’une docilité parfaites, d’une raison audessus de son âge et d’une bonté qui lui attachait dès lors tous ceux dont elle était connue, était à treize ans la très-ressemblante image de sa mère; peut-être même avait-elle rendu la tâche de madame de Malet plus aisée encore que ne l’avait été celle de madame d’Ambrosio. 11 n’en était pas ainsi de la princesse Marie, nature vive et spirituelle, cœur aimant, mais aussi exclusif qu’ardent dans- ses affections, plus enfant qu’elle n’eût du l’être à. douze ans, ayant le goût du mouvement, du bruit, du désordre même, et ne faisant pas plus pressentir alors sa piété d’ange que son génie d’artiste. C’était à grand’ peine et à force de tendresse que madame de Malet était parvenue à assurer son empire sur cet indocile caractère, et la douce insinuation de ses paroles, jointe à l’autorité des exemples maternels, fit plus que le catéchisme pour préparer l’âme de la princesse Marie au grand acte qui allait initier son enfance à la vie chrétienne. Il avait été convenu que les deux princesses communieraient dans l’église
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paroissiale de Neuilly. On alla s’établir au château le 9 avril1, et six semaines après, la veille de la Pentecôte, eut lieu l’auguste cérémonie, qui pénétra d’une profonde émotion le cœur de la duchesse d’Orléans. La princesse Clémentine, dont je n’ai fait que mentionner la naissance, n’était point d’âge à être élevée en même temps que ses sœurs et â partager leurs pieux exercices. On avait placé auprès d’elle madame Angelet, ancienne dame de la maison de Saint-Denis. La direction ferme et expérimentée de cette habile institutrice, ses soins vigilants et son dévouement passionné pour son élève, qui lui était tout au monde, contribuèrent à faire de celle-ci ce qu’elle est aujourd’hui, le charme de sa famille et l’un des ornements de la société.
Il fallut bientôt interrompre le cours paisible de la vie de Neuilly, pour se rendre à Reims au sacre de Charles X. Le duc d’Orléans était de ceux qui pensaient que, les infirmités de Louis XVIII ne lui ayant point permis de se faire sacrer, il eût été sage de profiter de cette lacune survenue par
4. Ce fut ce jour-là que celui qui écrit ces lignes commença ses fonctions auprès du prince de Joinville. Il ne mentionne point ce fait pour le sot plaisir de se mettre en scène dans ses récits*, mais pour fixer la date à laquelle il devient le témoin oculaire d’une partie de ce qu’il raconte.
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la force des choses dans la tradition monarchique pour laisser tomber en désuétude une solennité qui, au lieu de recommander, comme dans les temps anciens, l’oint du Seigneur au respect religieux des peuples, ne devait avoir d’autre effet auprès du plus grand nombre que d’offrir à la curiosité un vain spectacle, ou une occasion d’inconvenantes railleries à l’incrédulité. Lorsque cependant les ordres eurent été donnés pour la cérémonie, le duc ne s’occupa plus que d’y paraître d’une manière convenable à son rang. On remarqua que ses équipages surpassaient tous les autres, ceux même de la couronne, sinon en richesse, du moins en élégance; on remarqua surtout que seul
de toute la famille royale il portait à son avantage,
dans la journée du sacre1, le splendide costume des princes avec la couronne ducale sur la tête, celui des chevaliers du Saint-Esprit dans le chapitre solennel de l’ordre tenu le lendemain, celui enfin de colonel général des hussards dans la revue des troupes qui se fit le troisième jour. Le journal de la duchesse d’Orléans témoigne qu’elle ne fut pas indifférente à ce succès de son mari : dois-je ajouter que j’y trouve un autre témoignage ? Dans le récit très détaillé qu’elle fait de ces pompes de