‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 37 sur 98 · M. (le Lafayette est loyalement et publiquement convenu · texte numérisé non relu

M. (le Lafayette est loyalement et publiquement convenu

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dant plusieurs mois se succédèrent sans interruption au Palais-Royal des députations envoyées par les villes et les bourgs de tout le royaume, pour apporter l’adhésion de leurs concitoyens au changement qui s’était opéré dans la dynastie et les institutions. C’était une forme de plébiscite qui, pour n’avoir pas un nom romain, en valait bien une autre. Le roi recevait oes députations entouré de sa famille ; il écoutait avec une politesse attentive leurs discours où il y avait parfois plus de patriotisme que de bienséance, et il y répondait avec un merveilleux à-propos, parfois avec un mouvement et un bonheur d’expression qui allaient jusqu’à l’éloquence. Après l’avoir entendu et salué de leurs acclamations, ces notables des communes, magistrats municipaux, officiers de la garde nationale, industriels, commerçants, cultivateurs, passaient devant la reine, qui leur adressait de courtes paroles, auxquelles la douce majesté de son visage prêtait un charme irrésistible. J’cn ai vu qui la contemplaient avec larmes, et qui la laissaient émue elle-même de leur admiration et de leurs vœux pour sa nombreuse et belle famille, dans laquelle ils voyaient le gage d’un avenir prospère pour elle et pour la France: gage

de ce fait, quoique son avis personnel eût été de faire élire le roi par les assemblées primaires.

trompeur, hélas! pour la France comme pour elle.

Il était impossible que l’expression si vraie du sentiment public ne fût pas pour la reine une démonstration éclatante du droit de son mari. La revue de la garde nationale , qui eut lieu le 29 août, fit particulièrement sur son esprit une profonde et heureuse impression. Cette revue où la milice citoyenne parut, comme sortie de terre, à demi organisée, mais puissante par le nombre et par son unanime enthousiasme, sembla être pour la royauté nouvelle un sacre populaire et la manifestation vivante d’une autre légitimité que celle de la monarchie qui venait de finir. Le pouvoir royal trouva ce jour-là un principe de force qu’il n’avait pas encore eu, et dont il commença, trop timidement peut-être, à faire usage. Les événements se chargèrent presque aussitôt de montrer combien étaient pressants les dangers de l’ordre social, et quel service le roi avait rendu au pays en lui donnant un gouvernement qui pût le préserver de l’anarchie républicaine.

Le procès des ministres, signataires des fatales ordonnances de Charles X, était pour ce gouvernement, à l’entrée de sa carrière, un pas redoutable à franchir. Le roi et son conseil, les deux Chambres et M. de Lafayette, qui était alors un

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des pouvoirs de l’Etat, avaient hautement annoncé leur intention de sauver, avec la tête des accusés, l’honneur de la révolution de Juillet. Une partie du peuple des barricades était entrée dans cette pensée généreuse ; mais chez le plus grand nombre l’appétit de la vengeance avait survécu à la victoire. Des placards menaçants, affichés chaque jour, réclamaient le sang des grands coupables, en expiation de celui qu’ils avaient fait répandre euxmêmes. Mort aux ministres était le mot d’ordre à l’aide duquel les prédicateurs d’anarchie, dans les clubs d’abord, puis, quand les clubs furent fermés, dans les sociétés secrètes, enflammaient les passions populaires, et de proche en proche ils en avaient fait un cri de guerre contre la royauté. Dans l’après-midi du 17 octobre, des bandes déguenillées d’hommes, mais surtout de femmes et d’enfants, avant-garde ordinaire de l’émeute, vinrent faire retentir ce cri sous les fenêtres du Palais-Royal. On les dispersa sans peine. Mais le lendemain, au milieu du jour, on vit reparaître cette masse désordonnée, plus nombreuse et plus animée, avec un drapeau sur lequel était inscrit son vœu sanguinaire : Désir du peuple , mort aux ministres. Encore une fois repoussée par la garde nationale, cette cohue menaçante se porta vers les faubourgs pour s’y recruter, et dans la soirée il y

eut un tressaillement d’effroi dans les salons où était réunie la famille royale, lorsqu’on entendit un mugissement, comme celui de la tempête, qui de minute en minute se rapprochait du palais. Les grilles furent fermées et une voix (ce fut, je crois, celle d’un officier de la maison du roi) jeta adroitement parmi cette multitude le mot de à Vtncennes ! à Vincennes ! Le flot populaire se porta en effet de ce côté, mais pour aller se briser contre la ferme et tranquille détermination du brave Daumesnil, qui répondit à leur sommation de leur livrer les ministres qu’il était prêt à faire sauter plutôt le château. On croyait la journée finie, et l’on dormait paisiblement au Palais-Royal, sans qu’aucune précaution eût été prise contre le retour du péril. Tout à coup, vers deux heures du matin, le roi et la reine sont éveillés par un grand bruit trèsproche de leurs oreilles. C’étaient ces mêmes forcenés qui, ivres de vin et de colère, avaient pénétré dans les cours, quelques-uns même jusque dans le grand escalier du palais, et qui hurlaient: Le roi! nous voulons voir le roi! Il s’en fallut de peu que les scènes du 20 juin 1792 ne se renouvelassent, avec tout ce que la nuit y eût ajouté d’horreur. Quelques compagnies de la garde nationale, réunies à la hâte, accoururent en aide aux postes trop faibles pour protéger le palais. Les vo-

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ciférations cessèrent, le roi retrouva son calme habituel pour se rendormir, mais la reine garda de ce tumulte nocturne une vive émotion ; c’était pour elle la première expérience d’un des dangers que la royauté réservait à son mari.

On se tint mieux sur ses gardes pendant l’orageuse semaine du procès *. Toute la force publique était sous les armes ; M. de Lafayette, quoique en désaccord avec le gouvernement sur sa marche politique, s’unissait de cœur et d’âme à sa pensée d’empêcher l’échafaud de se dresser pour les accusés; il y avait enfin un noble et courageux

jeune homme * qui avait accepté le ministère de l’intérieur, dont le fardeau effrayait son âge, uniquement « pour aider le roi à sauver les ministres » . Le péril fut grand au Luxembourg ; il y eut un moment où l’on put craindre que la salle où siégeait la cour des pairs ne fût envahie, et que les juges, aussi bien que les prévenus, ne fussent livrés à la violence populaire. Mais il fut enfin donné à la justice et â l’humanité de prévaloir contre la perversité des hommes qui voulaient jeter quatre têtes sanglantes à la multitude, pour la pousser plus avant dans la voie des excès révolutionnaires. Si

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