‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 43 sur 98 · Dans la nuit du 1er au 2 février · texte numérisé non relu

Dans la nuit du 1er au 2 février

LES TUILERIES

dité toujours très-grande ne l’empêchaient pas d’aimer beaucoup le bal. Elle dansait à merveille, et il est rare qu’on ne se plaise pas à faire ce que l’on fait bien. Elle goûtait toutefois ce divertissement sans s’y abandonner, fl n’en était pas tout à fait ainsi de la princesse Marie. Elle avait moins de grâce à danser que sa sœur, mais elle y trouvait un charme qui l’entraînait. Cet hiver, dans lequel elle fit le premier essai des plaisirs du monde, fut pour elle une époque de joie enivrante. Elle se lança dans le tourbillon de tout l’élan de sa nature passionnée, elle savoura avec délice cet étourdissement que donnentà une jeune imagination et le mouvement de la danse et les sons de la musique et l’éclat éblouissant des lumières et tout le joyeux tumulte d’une fête. Elle fut dans le bonheur, bonheur auquel souriait doucement sa mère. La princesse. Clémentine était sur la limite de l’enfance et de l’adolescence, et, malgré le développement de son esprit, ne pouvait être traitée encore en grande personne. Passer la nuit à danser n’était pas chose qui lui fut permise, et comme ses prétentions ne se haussaient pas audessus de son âge, elle se trouvait fort heureuse de la part qui lui était faite. Les grands bals où elle n’était admise qu’aux premières contredanses, et les bals d’enfants où elle dansait jusqu’au bout, lui procuraient un égal amusement.

Au moment où le carême venait aux Tuileries de fermer la saison des plaisirs, une autre cause mit fin brusquement clans Paris à tous les divertissements : le choléra y commença ses ravages1. Cette première apparition d’un fléau jusqu’alors inconnu causa aux Tuileries, comme ailleurs, une vive alarme ; mais le roi, ni sa famille, n’y virent autre chose que de nouveaux devoirs à remplir. On eût regardé comme un crime la pensée de quitter le foyer homicide de l’épidémie ; celle du roi, au contraire, dès qu’il sut que la frayeur, en se répandant dans la population, aggravait le mal, fut d’aller dans les hôpitaux avec le président du conseil visiter les malades. Ses ministres furent unanimes à s’y opposer ; mais le duc d’Orléans offrit et obtint de le faire à sa place. Le 1er avril, il se rendit, accompagné de M. Casimir Périer, à l’Hôtel-Dieu, distribuant de lit en lit des paroles compatissantes, prenant la main des malheureux atteints du fléau, faisant tout pour les rassurer contre leurs horribles souffrances et contre le spectacle continuel de leurs voisins emportés morts sous leurs yeux. Ce genre de dévouement ne pouvait être celui de la reine, mais, après avoir fait ce qu’elle se devait à elle-même, en se préparant à paraître devant Dieu, s’il lui plaisait de

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