mars
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l’appeler à lui, elle ne s’occupa plus que du soin de procurer des moyens de guérison aux malades et des secours h leurs familles. Sa charité inépuisable se multiplia sous toutes les formes; elle vida sa bourse, elle se dépouilla, et, pendant tout le mois d’avril, elle, sa belle-sœur et ses filles ne cessèrent de travailler de leurs mains à des vêtements chauds destinés aux indigents. Madame de Bondv *, femme du préfet de la Seine, que la reine avait connue à, Lyon, dès son arrivée en France, mit au service de la charité des princesses l’activité de son zèle et les lumières de son expérience; sa coopération éclairée doubla le bien qu’elles firent. Cependant tous les soins de l’art, tous les vœux des gens de bien ne purent arracher au fléau la plus grande de ses victimes. Le 46 mai, après avoir lutté plus d’un mois contre la maladie, M. Casimir Périer y succomba; l’insultante joie des factieux n’ honora guère moins ses funérailles que le deuil des milliers d’honnêtes citoyens qui se pressèrent derrière son cercueil.
L’épidémie était parvenue à une période assez marquée de décroissance pour que, vers la fin de mai, le roi se crût permis de quitter Paris et
1 . Madame de Bondy fut une des nouvelles dames attachées alors au service de la reine, avec madame Mollien, la maréchale Lobau et la comtesse Camille de Sainte-Aldegonde.
d’aller s’établir à Saint-Cloud. Il avait eu à. peine le temps de s’y installer, quand un événement de la plus formidable gravité le rappela dans la capitale. Le parti anarchique qui aspirait à renverser le gouvernement avait achevé ses préparatifs, et n’attendait que l’occasion de lui livrer bataille. Il crut la trouver dans l’enterrement du général Lamarque. Lamarque, officier distingué et homme d’esprit, avait été jeté, dit-on, par ambition et vanité mécontentes, plutôt que par un amour exagéré de la liberté, dans les rangs de l’opposition. Aspirant malheureux à la succession oratoire du général Foy, il avait apporté à la tribune une sorte d’éloquence déclamatoire, le plus souvent inspirée par ce qu’on appelle aujourd’hui le chauvinisme. En lui faisant des funérailles dont la pompe colossale effaçât celle de Casimir Périer, on se crut assuré de l’adhésion du sentiment populaire, et l’on se flatta qu’un cortège de cent mille ouvriers deviendrait, au premier signal, une armée pour l’émeute. La masse du peuple ne répondit pas à cet appel séditieux; mais des bandes armées et préparées au combat n’en assaillirent pas moins les troupes, les surprirent sur quelques points, et, pendant les journées des 5 et 6 juin, firent de Paris un champ de bataille. Dans l’après-midi du 5, la nouvelle des premiers coups de fusil fut
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portée au roi par diverses personnes dô sa maison. Il leur demanda s’il était nécessaire qu’il partît pour Paris : le généra! Hevmès, dont le coup d’œil sûr avait bien jugé l’état des choses, lui conseilla de le faire. D’autres avis lui parvinrent, qui le confirmèrent dans cette pensée. Il l’alla annoncer à la reine : « Je pars avec toi », s’écriat-elle, et Madame Adélaïde en dit autant. Les plus jeunes princes, avec leurs sœurs, restèrent seuls à Saint-Cloud. Lorsque, à la chute du jour, les voitures royales entrèrent dans la cour des Tuileries, une immense acclamation, partie des rangs de la garde nationale et de la troupe de ligne, salua le monarque qui venait partagerleurs périls. L’émeute, quoique vaincue, tenait encore au bas de la rue Saint-Denis et de la rue Saint-Martin. Le roi se décida, dès le matin de la journée du 6, à aller, le long des boulevards et des quais, remercier et encourager par sa présence les braves défenseurs de j’ordre public. Il monta à cheval avec le ministre de la guerre et quelques-uns de ses aides de camp; le danger n’était pas moindre qu’il" l’avait été deux ans auparavant, le 30 juillet, lors de sa visite à l’hôtel de ville. Il était impossible que la reine, tout en applaudissant à sa résolution, le vît partir sans un violent serrement de cœur. Cette fois encore la tranquille fermeté du roi le fit respecter
de ceux qui le regardaient d’un œil ennemi ; ils n’osèrent protester que par leur silence contre l’enthousiasme général de la population; et l’on remarqua que la fusillade, qui depuis le lever du soleil n’avait pas discontinué sur la place du Châtelet, fut suspendue lorsqu’il y parut; les insurgés ne recommencèrent à. tirer qu’après qu’il fut passé.
La joie de la reine fut grande à la vue de son mari rentrant sain et sauf; mais elle eut l’âme navrée en entendant le récit de tout le sang qui avait coulé dans ces„ deux néfastes journées. Elle avait, à la même heure, une autre cause de chagrin, une autre angoisse dont son cœur était cruellement oppressé : elle savait la duchesse de Berri en Vendée et la prise d’armes ordonnée par l’imprudente princesse sur cet ancien théâtre, des guerres civiles. Elle ne redoutait pas là l’issue de la lutte follement engagée contre le gouvernement par un parti qui n’avait nulle force en France ; c’était le sort de sa nièce qui l’inquiétait, c’étaient les chances funestes que pouvait avoir pour elle sa téméraire entreprise. Elle apprit bientôt la facile dispersion des bandes insurgées qui, le h et le 5 juin, avaient fui sans grande effusion de sang devant quelques compagnies d’infanterie; mais elle apprit en même temps que la princesse, obstinée dans
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le rôle romanesque qu’elle aspirait à jouer, repoussait les moyens qui lui étaient offerts de quitter la France, et, sans qu’elle possédât le triste secret de l’avenir, la reine ne pouvait pas ne pas s’effrayer de ce que cette obstination préparait de risques à une tête qui n’avait pas cessé de lui être chère, et d’embarras au gouvernement de son mari. Que d’épreuve^, que de soucis cruels lui apportait chaque jour la royauté !
Elle en fut distraite alors par une affaire de famille, qui était aussi une affaire politique de haute importance, le mariage de la princesse Louise avec le roi des Belges. Le roi Léopold, en 1826, lors de son acceptation conditionnelle et passagère de la couronne de Grèce, avait demandé éventuellement au duc d’Orléans la main d’une de ses deux filles aînées. Les deux princesses, consultées par leurs parents, avaient, par des motifs différents, répondu négativement à cette demande. La recherche du roi des Belges avait en 1831 une tout autre portée ; ce n’était rien moins que l’union fraternelle de la France et de la Belgique resserrée aux yeux de l’Europe, rien moins que la solidarité hautement proclamée de leurs deux révolutions. Quelle que fût la grandeur de cet intérêt, le roi et la reine voulurent laisser à la décision de leur fille une entière liberté; le roi surtout, le matin
même de la cérémonie, la supplia encore de ne pas se croire obligée de se sacrifier, contre l’inclination de son cœur, à des convenances politiques. Ce fut de son plein gré, après une calme et longue réflexion , que la princesse se détermina, comme à un acte de raison, à ce mariage. Mon imagination ne saurait me représenter une jeune fille approchant plus de la perfection morale qu’en approchait la princesse Louise. Elle était, sans que ce mot ait ici rien d’exagéré, l’idole de toute sa famille. Chaque fois que je lis son nom écrit dans le Journal de sa mère, je la trouve appelée « mon angélique Louise », et, pour qui la connaissait, ce n’était pas seulement par tous les charmes de son âme, par sa bonté inaltérable, l’élévation et la céleste pureté de ses sentiments qu’elle semblait tenir de la nature angélique, c’était aussi par la pénétration extraordinaire, par le regard profond et lumineux de son intelligence. Son père lui donnait sur ses autres enfants une préférence qu’il ne dissimulait pas. Il faisait plus que de la chérir, il l’admirait, il la respectait, il trouvait en elle quelque chose de supérieur à quoi il était heureux de rendre hommage.
Dans une entrevue des deux rois, au palais de Compiègne, vers la fin du mois de mai , il avait été convenu que la cérémonie nuptiale se ferait au
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commencement d’août, dans ce même palais1. Je ne sais si les funérailles de la reine des Belges, qui furent, on le sait, accompagnées de tant de larmes, en ont fait plus répandre dans sa famille que ne le fit alors -la solennité de son mariage. Chacun était inconsolable du trésor qu’il allait perdre. Ce que je retrouve dans ma mémoire, je le vois également écrit de la main de la reine dans les termes les plus simples et les plus expressifs. « Louise pleurait et nous pleurions tous en l’embrassant. Le roi et Chartres sanglotaient à faire pitié; il n’y avait pas jusqu’au petit Montpensier qui pleurait ti chaudes larmes. » L’explosion de la douleur fut plus vive- encore dans la journée du 13, au moment de la séparation. La reine continue : « Je suis allée dans ma chambre, où ma bien-aimée Louise s’est mise à genoux, et a voulu que je la bénisse. Je l’ai fait de tout mon cœur, implorant toutes les bénédictions du ciel sur cette fille angélique, qui dans les vingt ans do sa vie ne nous a pas donné un seul instant de peine. Nous sommes ensuite retournés au salon, nous avons à midi un quart accompagné les deux époux à leur voiture, et nous avons vu s’éloigner le trésor et l’ange de notre famille. Après quoi, je