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même durant leur sommeil ; n’avoir aucun senliment dans le cœur, aucune idée dans l’esprit, aucun rêve dans l’imagination, qui ne fussent mis dans le trésor commun de l’amitié; lire à toute heure et comme à livre ouvert dans le cœur l’une de l’autre ; jouir enfin avec une si confiante simplicité de ce charme de deux existences confondues en une seule, que jamais il ne leur était venu en pensée que cet ordre de la nature pût être troublé: tel avait été pour elles le cours de leur inséparable union pendant dix-neuf années. Cependant la première nouvelle du mariage de sa sœur ne fut point pour la princesse Marie un coup aussi rude qu’on eût pu l’imaginer. Elle sembla n’y pas croire; deux ou trois mois la séparaient encore de cet événement, et elle n’était pas accoutumée à plonger si avant dans l’avenir. En attendant, rien n’était changé dans sa vie; elle s’éveillait et se couchait chaque jour auprès de sa compagne bien-aimée; elle prolongea ainsi jusqu’au bout, par une sorte d’étourdissement volontaire, le règne de ses douces illusions. Il fallut qu’à, la veille de quitter Saint-Cloud ses regards tombassent sur un collier de perles, présent de noces du roi à sa fille ; il fallut qu’à Compiègne la vue de celui qui venait lui enlever sa sœur l’eût fait frissonner et pâlir, pour que la poignante réalité
du changement, qui allait se faire commençât à lui apparaître. Mais alors même, comme si elle eût craint de voir trop clair dans son malheur, elle continua de s’étourdir, et fit les derniers efforts pour empêcher son visage de trahir le secret de son âme. Le matin de la célébration du mariage, elle courait encore dans les jardins à la chasse aux papillons, avec toutes les apparences d’une joyeuse sérénité. Ce ne fut que dans la soirée, peu avant l’instant solennel, qu’elle fut vaincue par la douleur et laissa tout son cœur s’échapper. Elle se promenait sous le grand berceau avec la plus fidèle amie de sa sœur qui, le malin, avait cruellement souffert en lui voyant donner des marques d’une insouciance qu’elle croyait réelle. Tout à, coup elle s’arrête, et se jette dans les bras de celle qui l’accompagne, en fondant en larmes et lui disant : « Je n’en puis plus ! Je suis bien malheureuse!...» Cet aveu déchira en quelque sorte le bandeau qu’elle avait mis devant ses yeux et lui révéla toute sa souffrance. Quelque soin quelle mît à fermer son cœur à tous les regards, il fallut bien qu’elle laissât arriver aux oreilles de sa mère ce cri qui lui était échappé malgré elle : « Je suis bien malheureuse! » et la reine en l’entendant se sentit appelée à un nouveau devoir. Elle rapprocha sa fille de son sein,
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l’entoura des embrassements de la tendresse la plus compatissante, fit tout pour remplacer sa sœur auprès d’elle: elle, de son côté, s’accoutuma de plus en plus à répandre son âme dans l’âme de sa mère, de plus en plus s’unit à elle par une étroite conformité de pieuses habitudes.
C’était M. Gallard, évêque de Meaux, confesseur de la reine et de ses enfants, qui avait célébré le mariage de la princesse Louise. Le sage prélat s’était contenté de gémir tout bas de la convenance politique qui avait conseillé cette union mixte sans exemple dans la maison de France, et, l’autorisation nécessaire une fois venue de Rome, il s’était fait donner sans beaucoup de peine tant à Paris qu’à. Beauvais le pouvoir d’administrer le sacrement dans un diocèse qui n’était pas le sien. Lui seul avait le secret de ce qu’il y avait d’épineux dans la position de son auguste pénitente, en ces jours encore si peu favorables à la religion, et il s’appliquait à rassurer sur bien des choses qu’elle eût voulu et ne pouvait empêcher cette délicate conscience. Tout récemment lui, comme elle, avaient été profondément affliges d’une mesure inique prise par le gouvernement sur la foi d’une dénonciation calomnieuse. Un des ministres, se fondant uniquement sur ce que l’abbé Dupanloup avait été un des aumôniors de
vu: DE MARIE-AMÉLIE.
la dauphine, l’avait accusé devant le conseil de pratiques légitimistes, et avait pressé très-vivement le roi de retirer à l’éminent catéchiste les fonctions qu’il remplissait auprès de ses enfants. Le roi s’y refusa d’abord, sachant tout le chagrin qu’en éprouverait la reine, et celle-ci fit tout pour le confirmer dans sa résistance. Elle appela l’abbé Dupanloup aux Tuileries, elle lui demanda et en obtint une déclaration plus que suffisante à dissiper tous les ombrages élevés contre lui; inutile effort! Elle fut. peu après obligée de lui avouer, avec beaucoup de larmes, la violence qui lui était faite, et l’impossibilité où elle était d’y résister plus longtemps. La reine a toute sa vie regretté cette injustice; heureusement ne tarda-t-elle pas à être rassurée sur le chapitre si important pour elle de l’éducation religieuse de ses enfants, quand l’évêque de Meaux lui eut amené un autre excellent prêtre, l’abbé Guelle, qui devait pendant trentecinq ans, et jusque sur la terre d’exil, prêter à elle et à tous les siens l’assistance dévouée de son ministère.
On était dans l’automne de 1832. La faible administration qui avait remplacé celle de Casimir Périer venait d’être remplacée elle-même par le ministère dit du U octobre, où siégeaient, sous la présidence du maréchal Soult, le duc de Bro-
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glie, M. Guizot et M. Thiers. Ce cabinet avait pris le public engagement de mettre fin à deux des causes principales d’inquiétude et de malaise qui subsistaient dans le pays : la présence de la duchesse de Berri dans l’ouest, et l’occupation par les Hollandais de la citadelle d’Anvers. Moins d’un mois après son entrée au ministère, M. ïiiiers exécuta la première partie de cet engagement. Madame la duchesse de Berri fut découverte dans sa retraite1, et transportée au château de Blaye. La reine, toujours pleine d’anxiété pour sa nièce, eût ardemment désiré qu’on la conduisît sans retard près de Charles X à Holyrood; le cabinet ne se sentit pas assez fort pour braver à ce point l’opinion de ses ennemis et celle même du plus grand nombre de ses amis ; il eut d’assez rudes combats à soutenir pour dérober l’auguste captive à la justice des tribunaux. Quelques jours après*, s’ouvrit la session législative; nouvelle occasion pour la reine d’une émotion des plus douloureuses. On vint lui annoncer, dans la salle des séances de la Chambre des députés où elle avait précédé le roi, qu’un coup de pistolet avait été tiré sur lui, sans l’atteindre, au moment où, à cheval, avec son cortège, il débouchait du pont Koyal