‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 47 sur 98 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

sur le quai d’Orsay. « Ils ont tiré sur eux, » dit au roi M. Dupin, parlant des misérables qui avaient préparé le coup dans les conciliabules de leurs sociétés secrètes. Malheureusement cette parole, qui eût dû être vraie, ne le fut pas ; l’explosion de l’indignation publique ne fit pas tomber l’arme de la main des assassins ; l’exemple d’un premier devait , au contraire , en faire naître d’autres. La reine en crut moins, l’optimisme de M. Dupin que les alarmes de sa tendresse conjugale.

La conférence de Londres1 avait fixé au 2 novembre l’évacuation obligée de la citadelle d’Anvers par la garnison hollandaise ; passé ce terme, il était convenu que les Français entreraient en Belgique pour opérer par la force la restitution de la place au roi Léopold. Le 2 arriva, et point de réponse satisfaisante de l’obstiné souverain des Pays-Bas. L’armée française reçut presque aussitôt l’ordre de s’ébranler ; le duc d’Orléans et le duc de Nemours faisaient partie de l’expédition. La reine n’était point une mère Spartiate; il ne s’agissait pas cette fois, comme l’année précédente, d’une simple promenade militaire» mais des périls

1. Composée du prince de Talleyrand, de lord Aberdeen, du prince Eslerhazy , du comte Matuscliewitz et du comte Bulow

LES TUILERIES

irès-sérieux d’un siège et peut-être de ceux d’une guerre européenne. Elle se sépara de ses fils avec angoisse, mais avec une angoisse que tempérait l’austère joie du devoir accompli. Elle devait ses fils comme ils se devaient eux-mêmes à la France, et elle se tenait pour assurée que, là où ils allaient, ils se feraient honneur. Sa confiance ne fut point trompée, et les deux princes prirent- part aux fatigues de cette campagne d’hiver et aux dangers obscurs de la tranchée avec un courage aussi ferme que simple et modeste, et gagnèrent l’estime de toute l’armée. 3e n’ai jamais oublié la douce expression de fierté maternelle qui brillait sur les traits de la reine, pendant que, dans son salon, on nous lisait à haute voix devant elle le récit si intéressant que son fils aîné lui avait adressé des incidents de sa vie militaire. Les troupes étant rentrées en France et ayant été réparties dans nos places du Nord, aussitôt après la capitulation de la citadelle, le roi résolut d’aller leur porter lui-même ses félicitations et ses récompenses. Malgré la rigueur de la saison1, la reine prit sa part de ce voyage. Sa fille et son gendre devaient venir pour quelques jours à Lille, et cette occasion de les revoir était pour elle d’un prix infini.

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