‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 61 sur 98 · février · texte numérisé non relu

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palais de Saint-Cloud la charmante princesse Victoire de Saxe-Cobourg, chez qui une timidité excessive faisait seule ombre à l’éclat éblouissant de sa jeunesse et de sa beauté. On fut quelque temps avant de connaître Je son de sa voix, tant elle tremblait en parlant; on fut plus longtemps encore avant de connaître ses aimables qualités et ses sérieux mérites, tant elle avait peur de se produire! La reine, qui l’attira doucement à. elle, tarda moins que personne à l’apprécier et conçut pour elle une affection que les années ne firent qu’accroître.

Le rejet de la loi de dotation avait eu pour conséquence immédiate la retraite du ministère, et le 1er mars, M. Thiers était devenu le chef d’un cabinet dont l’existence devait être courte, mais pleine d’événements. Si la reine n’eut pas à éprouver de nouvelles douleurs, elle eut à passer par une suite non interrompue de secousses, qui laissèrent à son âme bien peu de quiétude. Elle vit partir pour l’Afrique le duc d’Orléans, emmenant avec lui son jeune frère le duc d’Aumale. Un grand effort avait été préparé pour emporter et occuper définitivement le Teniah de Mouzaïa, passage disputé plus d’une fois entre nos soldats et les Arabes dans des rencontres très-sanglantes. Le succès fut complet 1, mais acheté assez chèrement, et deux offi-

12 mai 1840.

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ciers de la maison royale, les généraux Marbot et de Rumigny rapportèrent des blessures qui ne permirent pas de douter qu’il y eût quelque risque à. courir à côté des princes. Au même temps, le prince de Joinville se disposait à remonter à bord de sa frégate la Belle-Poule, pour aller chercher à Sainte-Hélène les restes de Napoléon rendus par l’Angleterre à la France. Il était malade et séparé d’une partie de sa famille par la rougeole, lorsque le roi lui confia cette mission, peu du goût de la reine, mais dont elle comprit l’importance pour la bonne renommée de son fils. Leurs adieux furent tristes. Il eût été fort doux pour la reine de pouvoir se rendre à Laeken auprès de sa fille, qui était à la veille d’accoucher; mais ce ne fut pas elle qui eut le bonheur de recevoir la princesse Charlotte à sa naissance *. Depuis que la vie du roi était si fréquemment menacée, et que tant de difficiles affaires l’accablaient de leur poids, elle s’était fait un devoir de ne plus se séparer de lui, et avait renoncé complètement au charme de ses voyages de Bruxelles. Il fut convenu que, par une heureuse compensation, Leurs Majestés belges, dont les mouvements étaient plus libres, rendraient

I. Ce fut une de ses darnes, la marquise de Rouie, l’une des personnes les plus aimées de la reine dos Belges.

leurs visites à Paris plus fréquentes. Tout le monde sait la gravité qu’avait acquise alors la question d’Orient; tout le monde sait comment lord Palnerston, uniquement pour se donner la mauvaise satisfaction d’isoler la France en Europe, faillit, pai la signature clandestine du traité du 15 juillet, ôter au monde les bienfaits de la paix, maintenue depuis dix ans par les persévérants et vertueux efforts du roi Louis-Philippe. De grands armements de terre et de mer furent faits dans l’inten tion surtout de donner à réfléchir à ceux qui, avec une si coupable légèreté, menaçaient d’allumer une guerre générale. Le roi était calme, déterminé à conserver la paix aussi longtemps qu’il serait possible, mais ne pouvant pas ne pas partager les susceptibilités si vivement excitées de l’honneur national. Dans un des derniers jours de juillet, il manda, dès 6 heures du matin, M. Thiers à, Neuilly, pour lui dire qu’il venait de passer la nuit avec son fils aîné, sa femme et sa sœur à conférer sur le grave état des affaires, et que le résultat de ses réflexions était de garder la position prise par la France dans les négociations, mais d’unir la prudence à la fermeté, pour ne pas exposer légèrement le pays aux horreurs de la guerre. « Oui , soyez prudent, » répéta la reine, et tournant son regard vers le duc d’Orléans , elle ajouta : « Songez

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que la guerre me les prendrait tous; et combien m’en rendriez-vous? »

Le roi partit le 5 août pour Eu, où M. Guizot, alors ambassadeur à Londres, devait se rencontrer avec M. Thiers, afin'd’y conférer sur la conduite que commandaient les circonstances. Dès le lendemain arrivèrent des dépêches annonçant que le prince Louis Bonaparte venait de renouveler à Boulogne, sans plus de succès, son aventureuse équipée de Strasbourg. Quelque sérieuses que fussent ses autres préoccupations, le roi n’en crut pas moins devoir se rendre à, Boulogne, pour remercier la population et la garnison de leur ferme et loyale altitude devant les séductions et les menaces du prétendant impérial. Le 16 au soir, avec sa sœur, les ducs de Nemours, d’Aumale et de Montpensier et la princesse Clémentine, il s’embarqua au Tréport sur le navire à vapeur le Véloce, par un temps qui semblait promettre la plus rapide et la plus heureuse traversée. Mais à peine avait-on gagné le large, que les vents changèrent, et que commença une bourrasque des plus violentes. Le brave amiral Houssin, alors ministre de la marine, eut un moment d’inquiétude pour les têtes royales, dont il se regardait comme responsable. On ne put entrer dans le port de Boulogne; il fallut aller s’échouer à Calais, où l’on débarqua à grand’peine

sur des planches, dont on avait formé une sorte de pont pour joindre le navire à la jetée. « Moi malheureuse, m’écrivait la reine, j’étais allée pendant ce temps par terre à Boulogne. J’y ai vu la mer en fureur, j’y ai vu arriver les bâtiments qui les avaient accompagnés, et point de Véloce. Je suis courue à Calais pour savoir de leurs nouvelles, et j’ai eu le bonheur de les y trouver sains et saufs. »

Ce ne fut là qu’un épisode bien vite oublié parmi des événements qui se pressaient plus sérieux les uns que les autres. Le temps n’était pas à faire au château d’Eu une longue villégiature. On revint à Saint-Cloud le 23 août. M. Thiers pas plus que le roi ne voulait la guerre ; mais il n’y avait pas entre eux un complet accord sur le langage à tenir devant l’Europe, non plus que sur le caractère et l’étendue à donner aux préparatifs militaires, et l’on pouvait prévoir dès lors la dissolution du cabinet. L’agitation de l’esprit public, avait, en outre, ramené le trouble dans les rues; les promenades bruyantes d’ouvriers, le chant de la Marseillaise , et d’autres symptômes plus marqués attestaient le réveil des passions révolutionnaires, d’attentat de Darmès en fut une déplorable manifestation *.

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