‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 63 sur 98 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

sur la rade de Cherbourg. Le bâtiment à vapeur la Normandie prit à son bord le cercueil impérial, et le porta au Havre, où un nouveau transbordement le fit passer sur un navire de plus petit tonnage, destiné à remonter la Seine jusqu’au pont de Neuilly. La reine, avec la princesse Clémentine et les ducs de Nemours et de Montpensier, marcha, le long de la rivière, au-devant de son fils, de Neuilly jusqu’à Saint-Ouen, et du bord de l’eau échangea quelques signes avec lui. C’était le là décembre : le vent soufflait du nord avec beaucoup de violence ; le froid fut, ce jour-là et le lendemain, un des plus forts qu’on ait jamais ressentis à Paris. La reine rentra avec le frisson de la fièvre aux Tuileries. Elle n’en voulut pas moins assister le lendemain à la grande cérémonie des Invalides, à laquelle elle ne croyait pas que pût manquer l’épouse du roi et la mère du prince de Joinville. Elle ne fit que se refroidir davantage dans les vastes appartements de l’hôtel et dans l’église, où elle resta près de cinq heures. Elle prit le lit, à son retour, extrêmement souffrante, et l’on conçut pour elle des inquiétudes, qui heureusement ne furent pas de longue durée.

L’année 1 8/1 1 commença. On eût dit qu’ après tout ce que la reine avait eu à subir d’épreuves dans les deux précédentes, la Providence lui vou-

LES TUILERIES

lait laisser un peu de temps pour respirer et retrouver des forces contre le coup plus terrible que tous les autres qu’elle lui réservait dans l’année qui allait suivre. L’horizon n’avait plus rien de menaçant. L’assiette du pouvoir redevint plus ferme qu’elle ne l’avait été depuis la fâcheuse époque de la coalition; le gouvernement, quoique ayant trouvé dans M. Thiers un nouvel et puissant adversaire, sortit avec bonheur des difficultés du dedans et du dehors; à défaut de l’ordre moral, qui ne rentre pas â commandement dans les esprits, l’ordre matériel fut maintenu ; la prospérité publique reprit son cours; le roi et sa famille purent dormir tranquilles. Le jeune comte de Pcfris fut baptisé avec grande pompe à Notre-Dame1 2 par M. Affre, qui avait été donné pour successeur h M. de Quélen. C’était la première fois que la royauté de juillet se montrait dans la cathédrale au pied des autels ; la reine en ressentit une religieuse satisfaction. Elle eut à remercier Dieu d’avoir sauvé en Afrique le duc d’Aumale d’une grave maladie, et de l’avoir ensuite protégé contre la balle d’un assassin, lorsqu’il rentrait à, Paris à la tête de son régiment5. Rien du reste ne vint

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