‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 65 sur 98 · Elles sont écrites en français · texte numérisé non relu

Elles sont écrites en français

faite! Je méritais cette punition, j’aimais trop mon pauvre enfant...

« Le 2, Chartres et Hélène sont partis pour Plombières, où celle-ci devait prendre les bains. Lui, après l’y avoir établie, devait revenir passer quelques jours à Paris, avant d’aller à Saint-Omer pour y prendre le commandement d’un corps d’armée, destiné à opérer sur la Marne de grandes manœuvres, objet dd toutes ses pensées et de toutes ses occupations depuis un an. En effet, le 9, il est revenu de Plombières et est venu dîner avec nous à Neuilly, très-occupé des élections et en parlant avec cette chaleur d’esprit et de cœur qu’il mettait à tout ce qu’il faisait." Le lendemain, jour de ma fête, il est arrivé, contre son usage, avec un énorme bouquet, me disant que c’était au nom de toute la famille. 11 a entendu la messe et déjeuné avec îious. Il était si gai ! à dîner, il était assis à côté de moi; il s’est levé en pied, a bu à ma santé avec fracas, et a fait jouer par la musique une marche particulière en mon honneur. Qui aurait dit que c’était pour la dernière fois que ce cher enfant me témoignait tant d’affection?... Le 41, il est encore resté k dîner, et a passé la soirée avec nous, toujours très-occupé de son camp et des élections. Hélas ! quel est le néant des projets des hommes! Il devait mourir avant d’aller prendre

LKS TUILERIES.

le commandement de ce camp, objet de tous ses désirs, et le premier acte de cette nouvelle chambre devait être d’assurer sa régence pendant la minorité de son fils...

« Le 12, il est arrivé vers quatre heures dans sa tenue de campagne... Nous avons causé ensemble sur la santé d’Hélène, dont il était tourmenté, sur le, mariage de Clémentine, qu’il désirait vivement, sur les élections, enfin sur beaucoup d’autres points, lui, terminant toujours par ce refrain : « Enfin, chère Majesté, nous finissons toujours « par être d’accord sur les points importants. » Et c’était bien vrai... Après le dîner, nous avons été faire le tour du parc, lui, Victoire,1 Clémentine, Aumale et moi. Jamais il n’avait été si gai, si brillant, si affectueux pour moi. Il me parlait de ses dispositions pour les troupes, de l’époque où le roi devait aller avec nous «\ Sainte-Ménéhould, du temps qu’il y passerait, de l’emploi des journées ; il se faisait une fête de lui donner pour bouquet la représentation de la bataille de Valmy. Je lui ai donné le bras, en lui disant : « Viens, « cher appui de ma vieillesse, » et le lendemain il

1. La reine met ici en parenthèse que lo duc de Nemours inspectait la cavalerie à Lunéville, le prince de Joinville était à Naples avec l’escadre, et le duc de Montpensier à Vincennes, où il suivait ses éludes d’artillerie.

ne devait plus exister! Nous sommes rentrés au salon un peu tard ; il est arrivé beaucoup de monde. Il est resté à causer jusqu’à dix heures, et en s’en allant, il est venu me souhaiter le bonsoir. Je lui ai donné là main et lui ai dit : « Tu viendras nous voir demain avant de partir ». Il a répondu : « Peut-être!... »

« Le 13, à onze heures, nous allions monter en voilure, pour nous rendre aux Tuileries. En suivant le roi- dans le salon rouge, je vois Trouessart*, avec une mine effarée, parler à l’oreille du général Gourgaud, qui fait un geste d’effroi, et va parler tout bas au roi, qui s’écrie : « Ah ! mon Dieu ! » Alors je m’écrie : « Il est arrivé quelque chose à « un de mes enfants. Je veux savoir la vérité, « qu’on ne me cache rien. » — Le roi me répond : « Oui, ma chère, Chartres en venant ici a fait une « chute, et on l’a porté dans une maison à Sabloii- « ville. » En entendant cela, je me suis mise à courir comme une folle, malgré les cris du roi et les remontrances de RI. de Chabannes, qui me suivait. Mais mes forces n’étaient pas d’accord avec mon cœur, et arrivée à la hauteur de la ferme, je

n’en pouvais plus. Heureusement le roi arrivait en »

voiture avec ma sœur, et je suis montée avec eux.

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