‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 68 sur 98 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Long et douloureux retentissement de la mort du duc d’Orléans dans la vie de la reine : elle multiplie ses pratiques de piété. — Situation nouvelle faite au duc de Nemours. — Départ du prince de Joinville pour Rio de Janeiro et du duc d’Aumale pour l’Afrique. — Prise par celui-ci de la smalah d’Abd-el-Kader. — Le prince de Joinville revient marié à la princesse Françoise du Brésil. — Mariage du duc d’Aumale avec la princesse Caroline, fille du prince de Salerne; — du duc do Montpcnsier avec l'infante Luisa Fernanda.

— Faits d’armes de Tanger et de Mogador : le prince de Joinville , reçoit le commandement de l’escadre de la Méditerranée. — Le

duc d’Aumale, gouverneur général de l’Algérie. — La reine jouit du nombre de ses petits-enfants. — Sa visite à la Grande Trappe.

— Ses sombres pressentiments sur le tour que prennent les affaires. — Mort de Madame Adélaïde. — Commencement de l’année 1848 : la reine voit avec un profond chagrin le prince de Joinville partir pour l'Algérie. — Le 24 février. Attitude admirable de la reine dans le cabinet du roi. — Triste départ des Tuileries : halte A Saint-Cloud et à Trianon ; arrivée à Dreux. — Dernière visite de la reine aux sépultures royales. — Consternation du roi en apprenant les scènes de la Chambre des députés ; résolution prise de gagner au plus tôt la côte pour s’y embarquer. — Halte A Melleville : le fermier Renard. — Arrivée A Honfleur, où le roi ne peut s’embarquer; il se rend A Trouville. — Séjour solitaire de la reine dans la petite maison de Notre-Dame de Grâce. — Le roi vient l’y retrouver. — Le paquebot anglais l'Express est mis A leur disposition et les conduit sains et saufs A Newhaven. — Lettre de la reine Victoria qui leur offre le château de Claremont.

La mort du duc d’Orléans eut dans la vie de sa mère un long retentissement. Ce coup, d’une

soudaineté si lamentable, ne laissait pas à la reine la consolation qui avait adouci pour elle la perte de la princesse Marie; l’inquiétude pour l’âme de son fils était une plaie qui lui restait au fond du cœur, et qui devait saigner bien longtemps encore. Confiante cependant dans la miséricorde divine et dans la puissance delà prière, elle recommanda à toutes les intercessions de la terre et du ciel cette âme qui lui était si chère;’ elle-même crut devoir, à cette intention, multiplier ses pratiques pieuses, ses aumônes et ce que son âge et sa santé lui permettaient de mortifications. Je crois pouvoir marquer comme une époque de sa vie spirituelle, cette épreuve, la plus sévère de celles qui lui avaientencore été envoyées par la Providence 1 ; comme si ses devoirs de reine, d’épouse et de mère l’eussent trop distraite des intérêts de son éternité, elle se reprit d’un généreux effort pour sa sanctification, et résolut de rendre à Dieu dans toute sa conduite la place souveraine qui lui appartenait. Elle éprouva un besoin plus fréquent d’approcher des sacrements, et à cet effet elle

I . On m’apprend en ce moment, trop tard pour que je lui donne place dans mon récit, une parole profondément chrétienne, qui fut prononcée par la reine, sous le coup même du fatal événement: « Je ne dirai pas : C’est trop, mais c’est beaucoup »

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ajouta aux deux prêtres qui desservaient la chapelle des Tuileries un troisième chapelain,, chargé de célébrer pour elle tous les matins à huit heures le saint sacrifice. Ce fut le respectable abbé Crabot, dont la fidélité devait plus tard partager les premières années de l’exil royal à Claremont.

Elle eut pour compagne, dans ce nouvel élan vers la perfection chrétienne, une personne dès longtemps son amie, mais avec qui son intimité fut resserrée alors par la fréquentation assidue du même autel, je veux parler de madame de Montjoye. Il y avait trente-cinq ans que madame de Montjoye s’était donnée à mademoiselle d’Orléans, en Angleterre, avec un entier dévouement, et je ne crains point d’exagérer en disant que ses relations avec la princesse étaient devenues celles d’une sœur. Le lien qui l’attacha à la reine fut d’une autre ■ nature ; leurs deux âmes se confondirent dans les mêmes sentiments et les .mêmes œuvres de piété et de charité. La reine, si contenue d’ordinaire dans l’expression de ses sentiments, prit l’habitude d’épancher en toute liberté auprès de madame de Montjoye ses espérances et ses craintes, ses douleurs et ses consolations , tout ce qu’elle avait de plus secret au fond du cœur. Elle aimait peu à. attrister de ses confidences le roi qu’elle savait si profondément affligé pour son propre

compte, et si accablé d’ailleurs des soucis du gouvernement. Avec ses enfants même, elle s’imposait une sorte de contrainte; elle se fût reproché, en leur laissant trop voir son incurable tristesse, de retarder pour eux l’adoucissement que U temps dans son cours apporte d’ordinaire aux douleurs humaines. Elle n’eût pas écrit à l’un d’entre eux ces lignes que je lis dans une lettre datée du 25 novembre, jour anniversaire de son mariage : « J'ai bien remercié Dieu de la grâce qu’il m’a faite il y a aujourd’hui trente-trois ans. Mais ces anniversaires, jadis pour moi si heureux, sont devenus des jours de douleur. Je sens davantage tout ce que j’ai perdu. »

La reine, cependant, n’était pas à ce point pleine de son propre malheur, qu’elle n’en vît pas à côté d’elle un autre égal au sien, celui de l’infortunée duchesse d’Orléans. Tout au contraire, elle s’oublia elle-même autant qu’elle le put pour sa belle-fille, et lui prodigua les marques de la tendresse la plus délicate, et je ne crains pas d’ajouter la plus respectueuse. J’insiste sur ce dernier mot et je ne crois point être trompé par ma mémoire, quand j’affirme que le veuvage de madame la duchesse d’Orléans la revêtit alors, aux yeux de la reine et aussi aux yeux du roi, d’une sorte de caractère sacré qui les mit dans l’a! litude du

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respect devant elle. Les soins empressés dont ils l’entourèrent, leur’déférence pour tous ses désirs, leur tendre sollicitude pour ses enfants, tout concourut à la convaincre de leur volonté de remplacer pour elle, là où il y avait possibilité de le faire, celui qu’elle avait perdu. Cette pensée était, au fond, celle de la loi de régence, qui lui promettait pour elle et ses fils l’appui d’un prince, dont le duc d’Orléans avait mieux que personne connu et apprécié le sens juste et droit, la vertueuse abnégation, et l’inviolable attachement au devoir. Et lorsque, vers ce temps, la frêle santé du jeune duc de Chartres parut donner de sérieuses inquiétudes, la duchesse d’Orléans, en voyant la reine aussi assidue et aussi agitée quelle l’était elle-même au lit de son fils, put se dire que, si Dieu avait ôté son père à cet enfant, il lui avait laissé deux mères.

Ap rès qu’eut été volée la loi de régence, après que le roi eut pourvu à quelques arrangements rendus nécessaires par le triste changement survenu dans la famille, il fallut bien que la vie, extérieurement du moins, reprît pour tous son train accoutumé. On alla passer quelques semaines Iranquilles au château d’Eu, puis on fit à Saint-Cloud l’établissement habituel des mois d’automne. Là fut réglé l’emploi que les circonstances présentes ré-

servaient à chacun des princes. Le duc de Nemours ne pouvait plus aller en Afrique exercer un de ces commandements subalternes qu’il avait exercés encore l’année précédente. Sa place était désormais marquée auprès de son père, sa tâche était de l’assister dans une partie des fonctions extérieures de la royauté. C’était lui qui devait faire au pavillon Marsan les réceptions que faisait le duc d’Orléans, c’était lui qui devait être auprès des troupes ce qu’avait été son frère, c’était lui qui devait, avec sa charmante épouse, visiter les départements, et représenter auprès des populations la personne royale. Il fut convenu que le prince de Joinville reprendrait la mer avec la Belle-Poule, pour se rendre sur la côte occidentale d’Afrique, théâtre le plus habituel de la traite des noirs et de l’exercice alors très-violemment attaqué du droit de visite, et que de là il irait à Rio de Janeiro, pour y prendre une décision impatiemment attendue de sa famille. Le duc d’Aumale fut placé, avec le commandement de la province de Titteri, sous les ordres du général Bugeaud, gouverneur de l’Algérie. Les deux princes s’embarquèrent ensemble à Brest sur la Belle-Poule, vers la fin du mois d’octobre, et firent voile pour Lisbonne, où ils se séparèrent, l’un se dirigeant sur le Sénégal, l’autre sur Alger.

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Dans le cœur de la reine, quoique fermé désormais aux joies de la terre, il restait néanmoins une place pour les jouissances maternelles. Ses deux fils, dont elle s’était séparée avec une grande tristesse, ne tardèrent pas, par d’heureuses nouvelles, à la consoler de leur absence. Dans les derniers jours du mois de mai 1843, on fut informé que le duc d’Aumale venait de surprendre, dans sa marche au milieu du désert, la smalah

d’Abd-el-Kader, et de porter ainsi au prestige dont l’émir était entouré une atteinte des plus redoutables. 11 n’y avait qu’une voix parmi les militaires pour rendre hommage à l’habileté avec laquelle cet heureux coup de main avait été exécuté, et pour reconnaître dans le général de vingt et un ans un merveilleux instinct de la guerre. De pareilles louanges sonnent toujours bien à l’oreille d’une mère. La satisfaction que lui donna le prince de Joinville fut d’un tout autre genre. Elle apprit qu’il revenait marié à la princesse Françoise du Brésil. Cette jeune princesse, fille de l’empereur don Pedro Ier et de l’archiduchesse Marie-Léopoldine, était petite-nièce de la reine , et depuis douze ans qu’elle avait été laissée en tutelle à Rio de Janeiro, avec son frère et sa sœur, sans qu’aucun presque de leurs parents d’Europe leur donnât le moindre souvenir, la reine seule n’a-

vait cessé, à travers les mers, de suivre avec intérêt le sort des illustres orphelins, et de leur témoigner une tendresse compatissante. Elle ouvrit alors les bras avec l’empressement le plus affectueux à la nouvelle fille que son fils lui amenait. Un peu auparavant1, avait été célébré un autre mariage, celui qui avait été tant désiré de M. le duc d’Orléans. La princesse Clémentine avait épousé, dans la chapelle du palais de Saint-Cloud, le duc Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha, frère du roi Ferdinand de Portugal et de la duchesse de Nemours. Combien de fois depuis lors la reine ne s’est-elle pas félicitée d’avoir procuré à sa fille le tranquille bonheur qu’elle a dû à cette honorable union, plutôt que le trompeur éclat d’une alliance qui l’eût associée aux périls d’une maison royale!

Il semblait que l’aimée 1843, qui succédait à une année de si grand deuil , dût s’achever sans rien qui ressemblât à des fêtes ; mais il en fut autrement : une circonstance survint qui obligea la royauté à ne se plus renfermer et à déployer toutes ses pompes. La reine de la Grande-Bretagne vint visiter le roi Louis-Philippe au château d’Eu. La politique n’était sans doute pas entièrement étrangère à cette visite, en ce*sens que c’était

4. Le mariage de la prineesseClémenline eut lieu le SS avril; celui du prince de Joinville le I" mai.

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un éclatant témoignage des relations amicales existant entre la France et l’Angleterre. Mais, au fond, c’étaient des motifs d’un intérêt moins général qui avaient déterminé le voyage de la reine Victoria. Elle savait quelle étroite amitié, aux jours de l’émigration, s’était formée entre le duc de Kent, §on père, et le duc d’Orléans; elle-même, depuis que la reine des Belges était devenue sa tante, s’était attachée à elle par l’affection la plus tendre ; deux de ses parents enfin étaient récemment entrés par alliance dans la famille royale de France. Il était tout naturel qu'elle désirât voir et connaître les augustes chefs de cette famille. Pourquoi n’ajouterais-je pas que, pour la jeune souveraine du Royaume-Uni, la vue d’un coin de la terre de France était quelque chose alors de nouveau et d’extraordinaire qui piquait' sa curiosité et souriait à son imagination? Ce fut le 3 septembre, dans l’après-midi d’une magnifique journée d’été, que la reine Victoria débarqua au Tréport. Tout avait été préparé pour lui faire une réception digne •de la grandeur du peuple qui se personnifiait en elle ; tout avait été préparé aussi pour lui rendre le séjour qu’elle allait faire au château d’Eu aussi agréable qu’il pouvait l’être. Elle y fut dans un continuel enchantement. « What a delightful visit! »

fut le mot qu’elle dit en partant à lady Uovvley, la

femme de son ambassadeur. Mais elle n’était pas venue chercher uniquement le plaisir des yeux ; ce qui la charma plus que tout le reste fut l’inti- ’ mité d’une famille royale, au milieu de laquelle elle trouvait autre chose qu’un échange banal de politesses de cour. Il y avait, dans les relations du roi septuagénaire avec la reine de vingt-quatre ans, quelque chose de paternel et de respectueux tout ensemble dont elle ne put pas ne point être touchée. Elle ne fut pas moins sensible aux prévenances affectueuses de notre vénérable reine, qui, alors comme toujours, se montra aussi séduisante par le charme de sa bonté qu’imposante par la simple grandeur de ses manières. Cinq ans devaient se passer avant que les deux princesses se revissent au château de Claremont. La noble et fidèle amitié de la reine Victoria prouva , dans ce grand changement, que les souvenirs du château d’Eu n’étaient point effacés de sa mémoire.

Le cours de mon récit me porte maintenant vers la fatale époque du mois de février 1848, sans que j’aie presque à m’arrêter sur la ro.ute, avant d’y arriver. Les incidents marquants, en effet, sont peu nombreux dans cette période de la vie de la reine; les affaires publiques, pas plus que les événements intérieurs de sa famille, ne lui sont une cause de grande agitation; tout marche pour elle

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d’un train tranquille et uniforme, jusqu’à ces der- . niers mois de 1847, où s’amoncellent les nuages précurseurs de la tempête.

C’avait été une des constantes pensées de la reine de marier tous ceux qu’elle pourrait de ses enfants dans la famille à laquelle elle appartenait par sa naissance. Au moment où finit le gouvernement de la Restauration, le mariage de la princesse Louise avec le duc de Calabre était à peu près convenu ; Charles X l’approuvait et s’y était même employé, comme chef de la maison de Bourbon ; ce projet fut emporté par la révolution de juillet. J’ai dit quel obstacle vint traverser, en 1835, l’union décidée de la princesse Marie et du comte de Syracuse. Il n’en fut pas ainsi en 1844 ; rien ne vint contrarier le désir qu’avait la reine de compter parmi ses belles-filles une- princesse napolitaine ; la recherche de M. le duc d’Aumale fut agréée avec empressement par la cour des Deux-Siciles. La jeune princesse était née à quarante ans de distance, le même jour que la reine ; ii fut convenu qu’elle se marierait le même jour qu’elle, le 25 novembre, fête de sainte Catherine. * A peine' son fils fut-il parti pour Naples, que la reine tomba malade, et fut vivement agitée par l’appréhension de ne plus le revoir. Comme la fièvre l’avait quittée, et que je la félicitais de se

trouver mieux : « Ah ! ne me dites pas cela, me répondit-elle, je sens que je me détraque, et il y a quelque chose en moi qui me dit que je ne verrai point ce mariage que j’ai tant souhaité. » Cette crainte n’était heureusement qu’une preuve de l’ardeur extrême de son désir. Elle était entièrement rétablie, quand madame la duchesse d’Aumale, avec l’aisance que lui donnait l’habitude du grand monde, vint prendre sa place dans le cercle de la famille royale.

Le mariage du duc de Montpensier, qui eut lieu deux ans après, fut accompagné de circonstances qui ne permirent pas à la reine d’en concevoir une aussi pleine satisfaction. C’était encore, il est vrai, un mariage de famille, et la jeune infante avait mille choses en elle qui la recommandaient à l’affection de sa belle-mère. Mais, pour que ce mariage pût se conclure, il avait fallu soutenir à Madrid une lutte diplomatique des plus vives, et l’intérêt français n’avait pu prévaloir sans que l’orgueil de l’Angleterre, disons mieux, sans que l’orgueil de lord Palmerston fût rudement froissé. On savait le mot prononcé par l’arrogant chef du Foreign-O/fice : « Fil resent it, » et il était impossible de ne point prendre quelque souci des pratiques de son malfaisant génie. Dès ce moment l’hôtel de l’ambassade britannique h Paris n’en-

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tendit plus que des propos hostiles contre le roi et son gouvernement. Ce n’était certes pas un molif pour regretter le mariage du duc de Montpcnsier; c’en était un pour que la joie qu’on en avait ressentie ne fût pas sans mélange.

11 n’eût pas été dans les sentiments de la reine que ses fils, pour être devenus époux et pères, cessassent de servir activement leur pays; elle entendait leur devoir comme ils l’entendaient euxmêmes, et elle instruisait leurs jeunes épouses par son exemple à se séparer d’eux dans l’intérêt de la France. Il fut de la destinée de la princesse de Joinville de devenir mère pour la première fois au moment même où son mari se trouvait sous le feu des batteries marocaines1. La prompte et sage décision avec laquelle le prince dicta la paix à Abderrhaman ne lui fit pas moins d’honneur que la vigueur avec laquelle il avait conduit les deux actions de guerre contre Tanger et Mogador, et il ne se trouva personne dans le corps de la marine qui ne vît après cela un acte de justice dans le commandement qui lui fut donné de l’escadre de la Méditerranée. Nul non plus n’osa s’élever contre la décision qui conféra à M. le duc d’Aumale le gouvernement général de l’Algérie. Ayant com-

1. 14 août 1844, jour de la naissance de la duchesse de Chartres.

mandé pendant deux ans la province de Constantine, et montré autant d’intelligence dans, la difficile administration du pays que d’habileté dans les opérations militaires, la voix du maréchal Bugeaud et l’opinion générale de l'armée d’Afrique le désignaient pour ce poste élevé, avant que le roi l’y appelât. Cette grande situation que ses deux fils s’étaient faite par leur valeur personnelle, bien plus que par leur naissance, était pour la reine le sujet d’une fierté légitime. Le duc de Montpensier fit naître aussi ce sentiment au cœur de sa mère, le jour où elle l’embrassa, portant au front la marque d’une balle arabe, reçue au combat de M’chounech.

Il manquerait un trait à cette partie de mon récit, si je ne disais le contentement qu’éprouva la reine pendant ces trois années à voir s’accroître le nombre de ses petits-enfants. Elle n’en reçut pas moins de huit entre ses bras i. Elle n’attendait

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