novembre
si la reine tint jusqu’au dernier jour de sa vie l’engagement qu’elle prit alors envers son fils! Dieu sait si, devenue la mère des orphelins , elle fut fidèle à les entretenir du souvenir des vertus de celle qu’ils avaient perdue! C’était du fond du cœur qu’elle payait ce tribut à la mémoire de la chère défunte. Il y avait chez celle-ci un si grand fonds de douceur, de docilité aux bons conseils, de fidélité aux bons exemples ; elle témoignait en toute occasion à sa belle-mère une déférence et une tendresse si filiales ; surtout elle travaillait si soigneusement sur elle- même pour devenir chaque jour meilleure, ses pas vers la perfection étaient si marqués, qu’il avait été impossible à la reine de ne pas concevoir pour elle autant d’estime que d’affection, de ne pas lui donner dans son cœur la place d’une de ses filles.
Le voile du deuil était encore une fois étendu sur Claremont ; l’hiver y fut triste, et il fallut prendre de constantes précautions pour que la reine ne ressentît pas les atteintes de la froide et humide saison. En se tenant close dans ses excellents appartements, elle échappa aux rigueurs de janvier et de février ; mais le danger commença pour elle du moment où elle se fia au soleil trompeur du printemps pour reprendre le cours de ses promenades. Le mois de mai la vit souffrante et
CLARËMONT.
alitée, et, comme toujours, l’inquiétude régna autour d’elle. On ne se doutait point qu’à quelques milles de là, une autre des personnes royales était dans un état bien autrement alarmant. Ce fut madame de Finguerlin qui, le vendredi 1 h mai, revenant de Cranbourne-House, habitation de madame la duchesse d’Orléans à Richmond , surprit tout le monde en annonçant quelle avait trouvé la princesse beaucoup plus malade que ne l’était la reine. Elle ne disait que trop vrai. Il y avait longtemps déjà que l’âme ardente de madame la duchesse d’Orléans consumait sa délicate enveloppe ; mais l’énergie supérieure dont elle était douée empêchait que son affaiblissement fût aussi apparent qu’il était réel. Le jeune duc de Chartres ayant eu une attaque de grippe assez violente, elle ne voulut ni nuit ni jour s’en remettre à personne des soins à lui donner, et bientôt la toux et la fièvre la prirent elle-même. Du mardi 11 mai où elle se mit au lit jusqu’au dimanche suivant, à peine consentit-elle à se laisser traiter en malade, quoique déjà de fréquentes syncopes vinssent attester l’épuisement de la nature défaillante. Ce fut seulement dans la journée du 17 que M. de Mussy, que madame de Beauvoir, la plus dévouée des gardes-malades, que la princesse elle-même furent avertis du péril par
des étouffements, qui à plusieurs reprises la laissèrent presque sans vie. Le 18 au matin, quelques minutes après que, d’une voix très-faible, elle venait d’annoncer qu’elle voulait dormir, le docteur et madame de Beauvoir entrèrent dans sa chambre, et n’y trouvèrent plus que le silence et l’immobilité de la mort.
Quel nouveau coup pour la reine que cette perte d’une autre de ses filles, sans qu’elle eût pu lui aller porter un dernier embrassement! Quelles réflexions douloureuses sur la destinée de la vieillesse, condamnée à mettre au tombeau les uns après les autres tant d’êtres chéris, qui, dans l’ordre de la nature, eussent dû lui rendre ce triste office ! Comment la vénérable malade n’eûtelle pas demandé à Dieu pourquoi ce n’était pas plutôt elle qu’il avait retirée de ce monde? Mais la mort de madame la duchesse d’Orléans lui léguait un surcroît de devoirs maternels, et elle sentit qu’il y avait pour elle un motif de plus de désirer de vivre, lorsqu’elle vit ses deux petits-fils arriver en larmes auprès de son lit. Pour l’aîné, qui était près d’achever sa vingtième année et allait être émancipé, elle n’avait à veiller sur lui que de loin et avec la seule autorité de son grand âge et de ses grands exemples ; mais, envers le duc de Chartres, de deux ans plus jeune et légalement
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placé sous sa tutelle, elle se tenait pour obligée à des soins plus attentifs, à une tendresse plus vigilante. Dès son bas âge, elle s’était fait un aimable jeu de l’appeler son chevalier , et ce titre avait inspiré à l’enfant pour sort aïeule un sentiment de filiale allégeance, dont elle comptait se prévaloir potir remplace!' complètement auprès de lui sa mère.