‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 80 sur 98 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Tranquillité des dernières années de la reine Marie-Amélie. — Ressources offertes à sa piété par l’organisation plus complète de la chapelle de Claremont. — Elle fait quelques voyages dans l’intérieur de l’Angleterre. — Adoption définitive de Tunbridge-Wells pour sa résidence d’été. — Les petits-fils de la reine la quittent l’un après l’autre pour aller occuper au dehors leur activité. — Exposition universelle de 1862 : séjour de la reine à Holland-House. — Mariages de ses petits-enfants. — Grave maladie du duc de Montpensier à Wood-Norton. — L’empereur et l’impératrice du Mexique à Claremont. — Travail constant de la reine pour le perfectionnement d ; son âme. — Son humilité. — Son esprit de mortification. — Sa charité. — Exemples : la famillè irlandaise de Kingston. — Le groom du duc de Chartres. — La bossue du pont de la Mole. — Attentive bienveillance de la reine pour toute sa maison. — Baptême des deux petites Marie-Amélie. — Affaiblissement sensible de la reine dans l’automne de 1865. — Mort du roi des Belges : chagrin de la reino. — Agitation pénible que lui cause la pensée d’être obligée de quitter Claremont. — Le déclin de ses forces se précipite pendant le mois de mars 1806. — Scs dernières journées. — Sa mort et ses funérailles. — Douleurs que sa mort lui a épargnées.

La tâche du biographe touche à son terme; quelques pages suffiront maintenant pour l’achever. Il y a peu, en effet, à raconter sur les dernières années de la reine Marie-Amélie, qui s’écoulent sans mouvement et sans bruit, dans l’entier oubli

du monde et la continuelle pensée de l’éternité. Il ne serait pas juste de dire d’elle, en empruntant le langage du poëte :

Rien ne trouble sa fin; c’est le soir d’un beau jour.

Sa fin est le soir d’un jour triste, mais calme et serein dans sa tristesse. Je n’aurai plus à mentionner de grandes douleurs de famille, comme celles qui sont venues lui rendre plus cuisantes les peines de l’exil : quelques gouttes d’amertume restent seulement pour elle au fond de ce calice, où elle a bu à si longs traits. La marche du temps, au lieu de nouveaux chagrins, lui apporte plutôt des consolations : ses petits-enfants qui croissent sous ses yeux, quelques-uns même sous son aile, procurent à son grand âge une sorte de renaissance des joies maternelles. Sa santé , toujours délicate, se soutient néanmoins sans sérieuse altération ; la vigilante habileté de son médecin, les soins intelligents* et dévoués de mademoiselle Muser, ceux aussi de ses fils, concourent à diminuer la fréquence et la gravité des accidents auxquels, dans les années précédentes, elle a failli plusieurs fois succomber. Claremont enfin n’est plus pour elle, comme naguère, « un tombeau ; » le lien de l’habitude et le charme même des tristes souvenirs l’ont attachée à cette demeure, dont elle

VIE DE MÀHIE-AMEL1E.

apprécie mieux les avantages, et dans laquelle elle a su ménager désormais une satisfaction plus abondante aux besoins spirituels de son âme.

Jusqu’à l’époque où m’a conduit le cours de mon récit, le service religieux de Claremont se bornait à la célébration quotidienne de la messe dans la galerie du château arrangée en Chapelle. La reine avait l’habitude d’aller à Londres pour les fonctions solennelles et les prédications de la semaine sainte, et, pendant le reste de l’année, elle se rendait le dimanche, pour les offices de l’après-midi, à Richmond d’abord, ensuite à Kingston. Le moment vint où l’on jugea que, particulièrement en hiver, le retour périodique de cette course l’exposait trop au danger du froid et de la fatigue, et l’on se demanda si la complète organisation d’une chapelle n’était pas possible à Claremont. La chose fut rendue facile par la

déférence aussi empressée que respectueuse de

l’excellent évêque de Southwark 1 envers la reine, et ce que sa piété était obligée d’aller chercher à plusieurs milles de distance, elle eut l’inappréciable consolation de le trouver chez elle, à la porte même de son appartement. Pour la généralité des exercices du culte public, pour la

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