H février 180G
Naples sa famille. Aussi y eut-il une tristesse solennelle dans les adieux qu’elle fit « à sa belle patrie, à sa bonne, chère et fidèle Naples, où elle était née, où elle avait été élevée, » et que, même en des jours meilleurs, elle ne devait plus revoir. Avant de partir, elle se rendit à. la chapelle du palais pour y recevoir la bénédiction. « Nous y fîmes, dit-elle, une courte et douloureuse prière. Maman , *continue-t- elle, adressa à toute la cour des paroles pleines d’émotion ; ce n’était que pleurs et sanglots ; je sentais mon âme qui se déchirait, » et l’accablement de la douleur ne fut que plus profond lorsqu’elle eut mis le pied sur * L'Archimcde, vaisseau napolitain, qu’accompagnaient plusieurs autres bâtiments de moindre grandeur, chargés de soldats et de fidèles serviteurs de l’infortune. Comme en 1798, il sembla que les vents voulussent écarter l’escadrille royale des côtes de Sicile ; elle fut dispersée par la tempête, et plusieurs navires, rejetés dans le golfe de Naples, tombèrent aux mains des Français. L’Archimède resta trente-six heures à la cape, et n’entra dans le port de Palerme que le 16 février, après cinq jours de la plus rude traversée.
Ferdinand IV, pour la seconde fois fugitif, ne retrouva pas l’accueil que lui avaient fait précédemment les Siciliens. Le prestige qui avait entouré sa
première infortune s’était évanoui ; on avait eu quatre ans pour apprécier sa personne et son gouvernement, et le souvenir qui en était resté ne lui était nullement favorable. On le voyait apporter alors à la Sicile, avec le fardeau d’une guerre à soutenir, l'occupation permanente d’une armée anglaise. On le voyait traîner après lui une foule de fonctionnaires napolitains de tout ordre, objet de ses prédilections et par suite de la jalousie du peuple et de l’aristocratie sicilienne. On voyait enfin l’île, avec ses seules ressources, obligée de fournir à toutes les dépenses d’une royauté appauvrie, et prodigue encore dans sa pauvreté. Tout fut donc triste dans l’établissement de la cour à Païenne.
La princesse Amélie ressentit profondément cette impression. Dans le cours mélancolique de ses pensées, il lui arriva une nuit de .voir en songe un homme, vêtu du sombre costume des pénitents, qui s’approchait d’elle, et lui demandait une aumône £n échange des prières que la confrérie allait dire pour le repos de lame de sa sœur Antoinette. Elle s’éveilla -tremblante d’effroi et toute en larmes, A quelques jours de là, elle écrivait dans son Journal 1 : « J’ai failli tomber la
4. 20 juin 4806. L’opinion est restée dans la famille royale des Deux-Siciles que la princesse des Asturies mourut empoisonnée.
vîi: DE MAhlK-AMÉLIE.
face cOiitré terre en lisant dans le Moniteur de Nûples la mort de ma sœur chérie, de . ma bonne amie, de ma tendre Compagne, de la moitié de moi-même, de ina chère et bien-aimée Tolo. » Elle garda longtemps au fond de l’âme une impression de douleur que rien ne tendait à dissiper autour d’elle. Sa seule consolation était d’aller prier dâns la chapelle du palais, de multiplier ses aumôhes, de visiter les nombreux couvents de Palëfme, celui surtout des Cappuccinelle, « saintes âmes, » comme elle les appelait, auprès desquelles elle se sentit plus d’une fois tentée d’aller chercher le calme de la vie religieuse. L’année 1806 s’acheva pour elle sous l’empire de cette triste disposition, et voici en quels termes elle peignait la situation du pays et la sienne propre, dans une page écrite le 31 décembre :
« La Sicile est sous le joug pesant des Anglais... Les affaires sont confuses, en désordre, avec une lenteur extrême dans l’exécution. Enfin, si Dieu n’y met sa main toute-puissante , notre ruine totale est à craindre, et ce sera un miracle de la divine miséricorde si nous conservons ce reste de notre magnifique patrimoine. Au milieu de cet état de choses, mon cœur, déchiré par tous les plus vifs sentiments d’amour filial , d’amour de ma. patrie, de compassion, de justice, d’équité, d’hon-
neur, est flottant dans une mer d’angoisses. A chaque geste qui m’échappe , à chaque parole que je me hasarde à dire, je crains d’avoir commis une imprudence , d’avoir fait tort à quelque per- ' sonne. Je m’éveille la nuit, je me lève le matin avec cette pensée : qu’adviendra-t-il de moi aujourd’hui? Quelle amertume devrai-je éprouver?
Je lève les yeux au ciel, et je trouve ma consolation dans notre sainte religion, en pensant que nous sommes exilés en ce monde, et qu’il en est un meilleur. »
Avec le temps, ce dernier sentiment prit le dessus dans l’àme de la princesse, et il s’y établit une pieuse sérénité qui la rendit moins accessible aux agitations du dehors. Elleeut encore des larmes à répandre, lorsque mourut l’aînée de ses sœurs, l’impératrice Thérèse1 ; elle eutencore une pénible épreuve à subir, quand la princesse Christine , mariée au duc de Genevois, quitta Palerme pour aller vivre à. la cour de Sardaigne 2. « J’ai beaucoup pleuré, écrit-elle, de me voir seule. » Mais elle trouva une immédiate consolation dans l’intimité toute nouvelle qui s’établit entre elle et sa mère. Marie-Caroline, pendant un séjour de deux mois qu’elle lit en tète— à-tôte avec sa fille au casino