septembre
do Camastra, fui si prodigue de (oui ce qu elle avait de charme dans l’esprit et de tendresse dans le cœur, que la princesse Amélie compta les journées qu’elle avait ainsi passées parmi les plus douces de sa vie. Il était survenu d’ailleurs pour tout le monde en Sicile une cause de préoccupation qui ne laissait guère de place à d’autres pensées : on s’attendait à une attaque des Français. Joseph Bonaparte, ayant triomphé des dernières résistances que sa domination avait rencontrées en Calabre, s’apprêtait à exécuter l’ordre de son frère d’aller conquérir au delà du Phare la seconde moitié de son royaume. Ce ne furent dès lors que préparatifs de défense sur toute la côte septentrionale de l’île : on levait des troupes , on les instruisait; le jeune prince de Salerne était mis à la tète des volontaires,; des renforts étaient expédiés de Malte au général anglais sir John Stuart campé à Melazzo. A Païenne , l’armement de la côte était principalement dirigé par le marquis de Saint- Clair, émigré français que son mérite réel , non moins que la faveur de la reine, avait porté aux premiers rangs de l’armée sicilienne. Parmi les étrangers qui, en ce moment de crise, vinrent offrir leur épée à la Sicile, la princesse Amélie eut l’occasion de remarquer un jeune gentilhomme hongrois, le baron de Geramb, qu’elle vit étaler
alors aux yeux des dames la recherche fantastique de son costume de hussard, et que, vingt ans après, elle revit en France, pénitent austère, sous la robe de laine des trappistes1.
Le drame sinistre joué par Napoléon à Bayonne suspendit pour un temps les coups qui semblaient menacer la Sicile. Joseph Bonaparte partit pour l’Espagne, et ce ne fut qu’au milieu de septembre 1808 que Murat fit son entrée à Naples. Palerme, moins livré à l’agitation guerrière , reprit son aspect accoutumé; Ferdinand retourna à ses chasses, Marie-Caroline à ses menées politiques, la princesse Amélie à son existence réglée et studieuse et à son assidu travail de perfection chrétienne. Comme l’année précédente, elle accompagna sa mère pendant les mois de mai et de juin au casino de Camastra. Une rencontre des plus simples et des plus communes dans la vie des cours allait y décider de la destinée du reste de sa vie.
« 22 Juin. Maman nous a fait appeler, Isabelle et moi, et nous a présenté le duc d’Orléans. Il est d’une taille ordinaire, plutôt gras, d’un extérieur ni beau ni laid. Il a les traits de la maison de Bourbon, et a l’air très-poli et très-instruit. » Ainsi la princesse Amélie mentionne-t-elle dans son