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Mi' Thomas Grant, mort à Rome pendaht le Concile

CLAREMONT

psalmodie des vêpres et le salut du Saint-Sacrement, pour les prédications de l’aventet du carême, la chapelle de Claremont n’eut rien à envier à la plupart des chapelles catholiques d’Angleterre. A l’exemple -de ce qui se pratique dans les paroisses de Paris, la reine se fit prêcher chaque année une retraite préparatoire aux grandes solennités de Noël et de Pâques , et parmi les prêtres , soit établis , soit de passage à Londres, elle eut la satisfaction de trouver de très-dignes organes de la parole de Dieu. Aucun ne lui fit plus de bien que le R. P* Gonin1, des frères prêcheurs, véritable orateur chrétien, qui portait autant de vigoureuse originalité dans l’exposition du dogme que de pénétrante onction dans les instructions familières. L’influence de ce religieux, si puissant dans son humilité* lui survécut à ClaremonL Ce n’était pas tout cependant pour la reine que ce concert édifiant de la prière publique, dans une petite congrégation qui semblait ne former qu’un cœur et qu’une âme ; tous les jours où le Saint-Sacrement était conservé dans le tabernacle, elle se procurait avec une sainte avidité la jouissance de la piété solitaire. Très-souvent dans l’après-midi, laissant en vedette â la porte son serviteur affidé, elle

4. Aujourd’hui archevêque de la colonie anglaise de la Trinidad.

allait faire toute seule devant l’autel une lecture pieuse ou une oraison prolongée. Mais c’était surtout le soir, après que chacun était retiré chez soi, que, sûre d’échapper à l’œil vigilant de ses fils, elle se glissait furtivement dans la chapelle, pour s’y mettre de longs instants en présence de Dieu avant son sommeil.

Ce que je viens de dire du goût sérieux qu’elle

avait ainsi pris pour l’habitation de Claremont

n’empêchait pas qu’elle eût conservé , dans une

certaine mesure , l’amour, du changement de lieu

que j’ai signalé plus haut. Elle avait renoncé,

non sans un certain regret, à la pensée des voyages

sur le continent : les aventures, et ces voyages

en étaient pour elle , ne convenaient plus, elle «

était la première à le sentir, à ses soixante-dixsept ans. Mais, sans traverser la mer, elle pouvait encore se procurer le plaisir d’une autre maison à habiter, d’un autre horizon à contempler, d’un autre air à respirer. A peine relevée de sa maladie et du coup que lui avait porté la mort de madame la duchesse d’Orléans, elle alla demander au séjour de Saint-Leonard’s le bien-être qu’elle y avait plus d’une fois rencontré ; puis, sur le conseil de son médecin, elle s’établit pour trois mois à, Malvern, dans le Worcestershire, au milieu d’une chaîne de collines dont elle avait entrevu.

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quarante-deux ans auparavant, les aspects pittoresques, et qui lui avait laissé un très-agréable souvenir. Affaiblie comme elle l’était, un air fortifiant (bracing air) lui valait mieux que la molle température du sud de l’Angleterre, et l’habitation de Malvern eut l’incontestable effet de ranimer chez elle l’énergie vitale. L’année suivante, elle se laissa tenter aux charmes si vantés de la région des Lacs (Lake-district), et choisit pour sa résidence d’été le village de Coniston , situé sur le lac de ce nom, dans le nord du Lancashire. Mais on avait compté sans la pluie, qui, tombant sans cesse, avait ôté au pays tout son attrait, et le rendit même, au bout de peu de temps, inhabitable. La reine alla achever sa villégiature de cette année à, Bornemouth, sur la côte du Hauts. Ce fut seulement en 1860 qu’elle adopta définitivement Tunbridge-Wells pour son déplacement annuel. Elle avait trouvé là une maison grande et bien située, entourée d’un joli jardin, unissant à une assez belle apparence les avantages réels du comfort , telle enfin qu’elle s’y affectionna et pendant cinq étés consécutifs en fit sa résidence. Tunbridge- Wells, renommé auprès des Anglaispour son air vif et salubre, avait en cela le mérite suprême de convenir parfaitement à la santé de la reine, en même temps que ses environs offraient une multitude

m VIE DE MARIE-AMÉLIE.

variée de charmantes promenades, sans exemple peut-être en aucun autre endroit de l’Angleterre. Vers la fin de sa vie, la reine était dans tput ce pays connue et vénérée, comme elle l’était autour de Claremont; partout la porte des manoirs seigneuriaux s’ouvrait à sa voiture, partout la main des pauvres s'offrait avec confiance à ses aumônes.

Le moment était venu où ses petits-enfants, devenus en grandissant un des plus chers intérêts de son existence, allaient l’un après l’autre échapper à ses regards, et faire, pour leur propre compte et sous leur propre responsabilité, leurs premiers pas dans la vie. Infortunés jeunes gens, élevés dans l’amour de leur patrie, et condamnés à ne la pas connaître 1 ! Tous devaient apprendre à se faire hommes sur la terre étrangère. Six mois après avoir perdu sa mère, le duc de Chartres, confié à la vigilante amitié de M. de Beauvoir, se rend à l’acadépiie militaire de Turin» et l’année suivante, sorti le second de cette école, il sert, comme sous-lieutenant de cavalerie, dans l’armée piémontaise. Heureux celui-là d’avoir reçu à Solferino, côte à côte avec les Français, le feu des batteries autrichiennes ! Lui et son frère aîné iront deux ans après offrir leur épée au gouvernement

4, Écrit au mois de mai 4870.

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des États-Unis dans la terrible guerre de la sécession, pendant quë leur cousin , le duc de Penthièvre, fait à Newport le rude apprentissage du métier de marin, et conquiert dans des examens publics le grade de lieutenant dans la flotte américaine. Au même temps, le comte d’Eu, revenu du Maroc où il a fait avec éclat ses premières armes, manoeuvre le canon avec son frère le duc d’ Alençon à l’école de Ségovie, et le fils du duc d’Aumale, volontaire à Lausanne dans un bataillon fédéral, apprend à porter avec honneur le nom guerrier de Coudé. Infortunés jeunes gens, je le répète, à qui manque leur patrie, et qui, à tout hasard, veulent se rendre dignes de la servir un jour! La reine les vit tous partir avec un serrement de coeur d’autant plus douloureux que son âge la rendait bien peu sûre de les revoir. Mais il y avait longtemps que les propres fruits de ses entrailles l’avaient familiarisée avec ce genre d’épreuve, et elle aimait mieux cent fois être privée du charme de la présence de ses petits-fils que de les voir traîner auprès d’elle dans le désoeuvrement une vie inutile.

L’année 1862 renouvela pour elle le plaisir si vif et si légitime que lui avait procuré onze ans auparavant le spectacle de l’exposition universelle. Elle en jouit cette fois avec bien plus de facilité, grâce à la prévenance aimable de lady Holland,

qui lui avait offert sa belle maison de Kensington, très-rapprochée du lieu de l’exposition. Pendant six semaines qu’elle résida à Holland-House, la reine put donner une libre carrière h sa curiosité dans les vastes galeries où s’étalaient les produits de l’industrie de toutes les nations. Il n’y avait aucun objet digne de quelque remarque devant lequel son fauteuil roulant ne s’arrêtât, aucun sur lequel elle ne se fît donner, s’il y avait lieu, les plus complètes explications. Je n’ai pas besoin d’ajou- . ter qu’elle accordait aux produits de la France une attention toute particulière. Quatorze ans d’exil n’avaient pas à ce point changé les traits de l’auguste octogénaire qu’elle ne fût reconnue du plus grand nombre des exposants ; tous étaient sensibles aux flatteuses paroles qu’elle leur adressait, tous y répondaient par l’expression de. leur reconnaissance et de leur respect ; il y eut même un jour où elle se vit entourée, complimentée, haranguée, saluée par de bruyantes acclamations, comme elle l’eût été, si elle se fût trouvée sur la place de la Concorde au lieu d’être à New-Kensington. Son détachement des choses de la terre, si grand qu’il fût, n’était pas tel encore que cet hommage si spontané et si vrai ne la touchât au fond du cœur. Elle avait eu pour compagnon assidu dans ses visites à l’exposition le fidèle duc

de Montmorency, très-curieux d’étudier pour son propre compte les plus petits comme les plus notables perfectionnements de l’industrie. Elle était au commencement de son séjour d’été à Tunbridge- Wells , lorsqu’elle apprit la mort de celui qu’elle appelait à bien juste titre « son incomparable ami ». Elle le pleura, elle fit dire plusieurs fois pour lui la messe, et ne voulut laisser à personne le soin de consacrer à sa mémoire une de ces petites images, accompagnées de textes de l’Écriture, qui recommandent les défunts au pieux souvenir des vivants.

Vers le même temps, et aussi à Tunbridge- Wells, la reine vit revenir d’Amérique le comte de Paris et le duc de Chartres, qu’elle avait suivis avec anxiété pendant huit mois au milieu des périls d’une guerre formidable. Elle fut heureuse d’apprendre que les deux princes, satisfaits d’avoir fait honneur au nom qu’ils portaient, rentraient l’un et l’autre dans leur famille avec de prochaines intentions de mariage. Ils comblaient par là un des vœux les plus chers de leur aïeule, qui demandait chaque jour à Dieu, puisqu’il la laissait si longtemps sur la terre, de permettre qu’elle vît avant de mourir l’établissement de ses petitsenfants. Le duc de Chartres, touché des charmes de sa cousine, la princesse Françoise, fille du

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prince de Joinville , fit agréer sa recherche d’elle et de ses parents, et leur union fut célébrée le 11 juin 1863 dans la chapelle de Kingston. La reine se para pour cette cérémonie comme elle n’était plus accoutumée à le faire; un doux rayon de joie brillait sur son visage, et il n’y eut ce jourlà personne, j’en ai gardé le souvenir, qui ne fût frappé de la majestueuse beauté de sa vieillesse. Quelques mois après, le comte de Paris partit pour Séville , afin d’y demander à son oncle, le duc de Montpensier, la main de l’infante Isabelle, et le 30 mai 186â, jour de la fête de saint Ferdinand1, la petite chapelle de Kingston voyait la bénédiction de l’Église consacrer cet autre mariage. Il y manquait un témoin, chacun se le dit * tout bas avec tristesse : c’était la mère du jeune époux. Avant que l’année ne s’achevât, deux autres des petits-fils de la reine Marie-Amélie allaient s’engager, mais non sous ses yeux, par le lien matrimonial. Le comte d’Eu et le prince Louis- Auguste de Saxe-Cobourg se rendaient à Rio-de- Janeiro, pour y épouser les deux filles de l’empereur du Brésil.

La reine n’en était pas à apprendre qu’il n’y a guère en ce monde de contentement auquel ne

1 . Jour anniversaire du mariage du duc et de la duchesse d’Orléans, en 4837.

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vienne se mêler quelque tristesse. Très-peu après le mariage du comte de Paris, elle fut obligée de courir précipitamment à Wood-Norton *, auprès du duc de Montpensier, qui venait d’y être atteint d’une grave maladie. Elle passa de longues heures Vangoisse à côté du lit de son fils, dont la vie était en danger ; mais la ferveur des prières maternelles et l’habile emploi des ressources de l’art triomphèrent du mal, et les larmes de la douleur firent place à celles de la joie. Il n’en avait pas été ainsi dans une autre scène de famille dont Claremont fut alors le théâtre. L’archiduc Maximilien venait d’accepter le fatal présent de la couronne du Mexique. Avant d’en aller prendre possession , il conduisit sa jeune compagne en Angleterre, pour qu’elle fît ses adieux à celle qui n’avait pas cessé de lui porter un amour de mère. La reine, dans sa correspondance avec sa petite-fille, ne lui avait pas caché le profond chagrin que lui causait le rêve ambitieux dont plusieurs mois à, l’avance celle-ci l’avait entretenue. « Ils seront assassinés, » s’était-elle cent fois écriée avec l’accent d’une tristesse prophétique, et quand le couple impérial entra dans sa chambre, elle ne put contenir au dedans d’elle -même ses douloureux pressenti-

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