‹ Vie de Martin LutherChapitre 10 sur 31 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

JEUNESSE DE LUTHER

<( Souyiens-toi de ton Créateur pendant « les jours de ta jeunesse. »

(^cd.XII,3.)

Le père de notre Réformateur était Jean Luther, honnête mineur, ou ardoisier selon Matthésius; sa mère s'appelait Marguerite Lindemann.

Ils étaient l'un et l'autre de basse extraction. «Je « suis fils de paysans , dit Luther. Mon père , mon «grand -père et mon bisaïeul étaient de simples « paysans. »

Jean Luther et sa femme demeuraient à Mœra , village situé entre Eisenach et Salzungen. Un jour ils s'étaient rendus ensemble à la foire d'Eisleben , afin d'y faire quelques emplettes , lorsqu'ils y furent surpris par la naissance d'un fils. C'était en 1483, le 10 novembre à onze heures de la nuit. Le lendemain l'enfant fut baptisé dans l'église de Saint-Pierre. On lui donna le nom de Martin^ en l'honneur du patron du jbur.

Jean Luther demeura un an à Eisleben ; il alla ensuite s'établir, en qualité de mineur, dans la ville de Mansfeld. Sa probité ne tarda pas à lui concilier l'estime de tous les gens de bien , et lui valut l'entrée dans le sénat de la ville. Quant à Marguerite , elle

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possédait toutes les qualités d'une chrétienne. Chaste, craignant Dieu, assidue à la prière, elle pouvait servir de modèle à toute femme honnête et modeste.

Les parents de Martin prirent un soin consciencieux de son éducation; ils le mirent à l'école dès sa tendre enfance. On raconte que son père l'y porta sur ses bras, pour le recommander à la sollicitude de son maître. En même temps, ils s'efforçaient d'amener leur fils à la connaissance de Dieu, et de jeter dans son cœur les germes d'une profonde piété. Laborieux et sobres , ils lui firent prendre de bonne heure l'habitude du travail et de la frugalité. « Nos « parents , dit Luther, se sont donné bien de la peine « pour nous nourrir. Ma mère portait sur son dos le « bois avec lequel nous nous chauffions. »

Les heureuses dispositions de l'enfant n'ayant point échappé à son père, celui-ci résolut de lui faire embrasser la carrière des études. L'école latine de Magdebourg jouissait alors d'une certaine célébrité. C'est là qu'en 1497, il envoya son fils, âgé de quatorze ans , en compagnie de Jean Reinecke , qui plus tard devint un des partisans les plus chauds de la Réformation. Le pauvre jeune homme, après avoir assisté aux leçons de sa classe, était obligé de pourvoir lui-même à sa subsistance. Selon l'usage de ces temps , il allait de porte en porte , chantant et récitant des prières avec d'autres écoliers aussi pauvres que lui , pour obtenir quelques secours de la pitié des personnes charitables. Il ne

resta qu'un an à Magdebourg , et s'en fut à l'école d'Eisenach, où il continua ses études et sa triste industrie. Elle ne le mettait pas toujours à l'abri du besoin. Souvent un profond découragement s'emparait de son âme, et il forma même le projet de retourner dans la maison de son père. Enfin , Dieu eut pitié de lui. Après l'avoir conduit par la rude école de la pauvreté , pour lui apprendre à mettre toute sa confiance dans le Seigneur, il lui fit trouver une riche et pieuse protectrice. La veuve de Conrad Cotten , touchée du chant onctueux et des ferventes prières de l'humble écolier qu'elle avait vu souvent passer devant sa porte , lui ouvrit sa maison , et se chargea de son entretien. Dès ce moment, le jeune Luther put se livrer tout entier aux études. Les belles dispositions dont il était doué , se développèrent avec succès sous les auspices d'un maître qui excellait dans l'art d'enseigner la grammaire. Il ne tarda pas à surpasser ses condisciples par son application, par la rapidité de ses progrès , et par cet heureux don de la parole , qui annonçait le futur orateur. Pour se distraire , il cultivait la musique , à laquelle il ne cessa de vouer une vive prédilection. Luther chantait fort bien , et il a légué à notre Eglise des airs sacrés , qu'elle place à juste titre au rang des plus belles compositions de ce genre.

Quatre ans s'étaient ainsi écoulés. Enfin, en 1501 , Luther , âgé de dix-huit ans , quitta le collège d'Eisenach , pour se rendre à l'université d'Erfurt. Son père, ayant acquis, depuis, une honorable aisance,

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trouvait , dans le produit de ses minéraux , de quoi fournir aux besoins du jeune étudiant. Celui-ci se livra avec ardeur à l'étude de la philosophie qu'on enseignait alors. Pas une heure n'était perdue. Il recherchait le commerce de ses professeurs, avec lesquels il aimait à s'entretenir sur toutes sortes de matières; et tout ce qu'il entendait, il le gravait soigneusement dans sa mémoire. Il s'adonnait avec le même zèle à la lecture des anciens auteurs latins, dont il avait coutume d'extraire les passages les plus remarquables. Cependant, au milieu de ses travaux littéraires, docile à l'exhortation de l'Ecclésiaste , il ne cessait de se souvenir de son Créateur. C'est en invoquant Dieu qu'il commençait toutes ses études. «Car, disait-il, qui prie bien, a fait la moitié de sa tâche. » Aussi Dieu bénit-il son zèle. Il le maintint dans le droit chemin , et le préserva du grossier libertinage et des honteux excès dont les écoles et les universités de cette époque n'étaient que trop souvent le théâtre.

Luther, jaloux d'accroître ses connaissances, avait l'habitude de passer ses heures de loisir à la bibliothèque de l'université: c'est là qu'une version latine de la Bible lui tomba sous les mains. Jamais il n'avait vu de Bible, et il la lut avec avidité. «Je « ne croyais pas, écrit-il à ce sujet, qu'il y eût d'au- « très Evangiles, ni d'autres Epîtres que ceux contenus «dans le lectionnaire. Aussi mon étonnement fut « grand , lorsqu'ayant trouvé une Bible complète à la «bibliothèque d'Erfurt, je me mis à la parcourir!»

L'histoire du jeune Samuel et de la pieuse Anne , sa mère, lui causa un plaisir particulier; et il faisait des vœux ardents pour que Dieu daignât le mettre un jour en possession d'un si grand trésor. Il en coûte peu aujourd'hui de satisfaire un semblable désir ; mais , hélas , combien de chrétiens l'éprouvent du fond de leur àme !

Luther avait obtenu, en 1503, le grade de bachelier. Pour l'attirer de plus en plus à lui , par la salutaire école des afflictions , Dieu lui envoya , à cette époque , une grave et dangereuse maladie. Il devint fort sérieux , et toutes ses pensées se tournèrent vers la mort , lorsqu'un vieux prêtre , s'approchant de son lit , lui adressa ces paroles : « Mon cher bache- « lier , ne craignez point , vous ne mourrez point de «cette maladie. Dieu veut faire de vous un grand «homme , pour consoler par vous beaucoup de a monde. Car ceux que Dieu aime , et qu'il destine « à son service , il les charge de bonne heure de sa « sainte croix ; et c'est une charge sous le poids de « laquelle on apprend beaucoup , lorsqu'on la sup- « porte patiemment.» Luther se rappela souvent, dans la suite, cette prophétique consolation.

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LUTHER ENTRE AU COUVENT

«Et, cependant, si de là ta cherches «l'Éternel ton Dieu, tu le trouveras; «parce que tu le chercheras de tout « ton cœur et de toute ton âme. «

( Deutéron. IV, 29. )

En 1505, Luther, âgé de vingt-deux ans, obtint le titre de maître-ès-arts, qu'il avait recherché, non point par envie de briller, mais pour avoir le droit d'enseigner publiquement , et pour augmenter ainsi ses ressources pécuniaires. Dès lors , quittant ses études philosophiques, il embrassa le droit, afin de complaire à son père, qui le désirait vivement, et qui , selon le témoignage de Luther , ne cessait de le soutenir, presque au delà de ses moyens.

Toutefois , les voies et les pensées du Seigneur ne furent pas celles des hommes. Dans le courant même de l'année 1505 , il se passa, dans la vie de Luther, un remarquable événement. Il résolut tout à coup de se retirer du monde, et d'entrer dans un cloître , où , selon les idées du temps , il espérait vivre plus saintement , et faire plus sûrement son salut. Une image, qu'on colportait pour attirer les gens au couvent , l'avait vivement frappé. Luther luimême nous fera la description de cette image : « Il y «avait là un grand vaisseau, qui portait nom la

ii Sainte-Eglise. Dans l'intérieur du bâtiment, nul «profane: ni roi, ni princes; par contre on y voyait « le pape, les cardinaux et les ëvêques, avec le Saint- « Esprit, placés en avant du vaisseau; des deux côtés « étaient rangés en ligne les prêtres et les moines , «armés de rames, et naviguant ainsi vers le ciel. « Quant aux laïques , ils se débattaient dans l'eau «autour du vaisseau. Quelques-uns se noyaient; « d'autres se soutenaient par le moyen de cordes que « les révérends leur jetaient par grâce et par eommu- « nication de leurs œuvres, les préservant ainsi d'une «mort certaine pour les traîner après eux dans le «ciel. Et sur toute l'étendue de l'eau, il n'y avait ni « pape, ni cardinal, ni évêque, ni prêtre, ni moine; « — les laïques seuls luttaient avec les flols. »

Cet ingénieux tableau avait produit une profonde impression sur l'imagination de Luther, qui ne pensait pouvoir mieux assumer son salut qu'en endossant le froc. Il était travaillé par la crainte de la colère de Dieu et du jugement à venir. Cependant sa résolution n'était point encore arrêtée, l'orsqu'un coup de foudre, qui éclata à ses côtés un jour qu'il revenait de Mansfeld , où il avait passé ses vacances, augmenta ses angoisses , et lui arracha le vœu de se faire moine, si Dieu daignait lui conserver la vie. Il fut affermi dans sa détermination par la mort subite de son ami Alexius, qui, selon Matthésius, périt victime d'un assassinat , tandis que d'autres le font mourir, sous les yeux de Luther, foudroyé par l'orage qui l'avait jeté lui-même dans de si grandes frayeurs.

LUTHER ENTRE AU COUVENT

Luther ne tarda pas à s'acquitter de son vœu, « non par paresse, ni pour l'amour de son ventre, » mais dans l'espoir d'apaiser le trouble de sa conscience , et de trouver la paix de son âme. Le 17 juillet de l'année 1505, ayant réuni chez lui ses amis, pour faire , comme de coutume , de la musique avec eux, il leur communiqua son projet, et les engagea à fêter joyeusement les dernières heures qu'ils avaient à passer ensemble. D'après une autre tradition , il n'aurait point parlé de son dessein , et se serait rendu le même soir secrètement auprès des Augustins d'Erfurt , n'emportant avec lui que deux auteurs latins, Plante et Virgile. Ses amis, qu'il n'aurait instruits que le lendemain matin de la démarche importante qu'il venait d'accomplir , essayèrent vainement de le faire revenir de ses idées. Il renvoya ses habits séculiers et l'anneau , insigne du grade universitaire qu'il avait obtenu, à ses parents, fort affligés d'apprendre que leur fils était entré au couvent. Le père arriva lui-même à Erfurt , pour le persuader de quitter l'habit monacal. « Prenez garde , « lui dit-il , que vos terreurs n'aient été une décep- « tion du diable. Les enfants doivent obéir à leurs pa- « rents pour l'amour de Dieu, et ne rien entreprendre « à leur insu, ni sans leur avis. » Luther resta muet, ne sachant comment répondre. Toutefois , il fut inébranlable , croyant , conformément aux maximes de l'Eglise romaine, faire une chose agréable à Dieu, en résistant à l'autorité paternelle , pour accomplir ses vœux monastiques. On abusait des paroles de la

sainte Écriture : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes , » pour en déduire une doctrine si contraire à Tesprit de FÉvangile.

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