DU TRADUCTEUR. XV
«jusqu'à ce jour ; par cette Parole j'ai triomphé de tous mes «ennemis; sur cette Parole je me tiens ferme et inébranla- «ble; en elle enfin je compte à l'heure de ma mort rejoin- «dre mon bien-aimé Seigneur et Rédempteur. Que donc «celui qui s'assure en elle vienne combattre avec moi, à «mes côtés, et, j'ose le dire, à côté de Christ même! Car, «quant à moi, je ne connais d'autre fondement que la «Parole de Dieu, telle qu'elle est contenue dans les Pro- «phètes et dans les Apôtres.»
INTRODUCTION
«Dieu m'a chcrisi dès ma naissance, «et il m'a appelé par sa grâce.»
(GaLI,15.)
L'épigraphe que nous plaçons en tête de ce chapitre, ne trouvera point grâce devant ceux de nos lecteurs pour qui les événements de l'histoire ne sont que l'effet du hasard , de circonstances fortuites , d'un aveugle conflit d'humaines passions. Elle ne plaira pas davantage à ceux qui , après avoir admis l'action de la Providence en thèse générale^ la nient dès qu'il s'agit d'en suivre l'application dans les faits individuels^ dans les destinées particulières. Mais qu'est-ce donc que la Providence , s'il y a des détails qui puissent lui échapper , des vies d'hommes dont elle n'a nul souci , des incidents qu'elle néglige et
dont l'influence inattendue viendra à chaque instant déranger ses plans et croiser ses desseins? — Le Seigneur dit « que les cheveux mêmes de notre tête sont comptés, et qu'il ne tombe pas un seul passereau à terre sans la permission de Dieu. » Si vous n y pouvez croire, vous avez tort d'abord de ne point répudier le titre de chrétien ; mais aussi vous êtes incapable d'approfondir les mystères de l'histoire, d'apprécier à leur juste valeur les événements qui ont contribué à l'établissement et au développement du royaume de Dieu , de comprendre enfin la vie intime de ceux dont l'Eternel s'est servi pour accomplir ses vues. Quant à nous , appliquant à Luther les paroles de l'Apôtre, nous croyons fermement qu'il a été, «dès sa naissance, choisi et appelé par la grâce de Dieu à annoncer l'Evangile. » Nos preuves , c'est la parole de Dieu , et la vie même de Luther considérée à la lumière de cette parole.
Choisi et appelé par Dieu , Luther l'était. Il avait reçu la mission de relever, au sein d'une nuit profonde , le flambeau de la vérité , afin qu'autour de ses clartés se ralliassent derechef les enfants de lumière. Des temps déplorables avaient passé sur l'Eglise de Christ. « Les ténèbres couvraient la terre, et l'obscurité couvrait les peuples. » La parole de Dieu , qui seule peut servir « de lampe et de lumière à nos pieds , » était cachée sous le boisseau ; et où manque cette lumière , là régnent les ténèbres , là s'accomplissent les œuvres de la nuit. Des toditioris et des commandements d'homme obstruaient le che-
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min du salut et le rendaient méconnaissable. Il y avait surtout une doctrine que répudiait obstinément l'Église régnante , et qu'elle frappait d'une réprobation acharnée, chaque fois qu'elle essayait de se produire : c'était l'ancienne doctrine apostolique de la justification de l'homme par la foi sans les œuvres de la loij centre et noyau de l'Evangile. C'est pour n'avoir pas assez vivement senti l'importance de ce dogme que des hommes tels que Wiclef , Huss et les Vaudois, malgré leur ardent amour pour le Seigneur, avaient échoué dans leurs tentatives de réforme. Car au lieu de commencer par poser hardiment le fondement , qui seul pouvait donner de la solidité à leur œuvre , ils s'étaient bornés à attaquer des abus extérieurs, cherchant à démolir pièce par pièce un édifice qu'il fallait abandonner à sa propre ruine.
A Luther fut réservé la gloire d'accomplir ce que d'autres avaient vainement tenté. Ayant acquis, à la suite de combats intérieurs, longs et pénibles, cachés aux hommes et connus de Dieu seul , la puissante conviction du salut par la grâce, il vint, fort des expériences de son propre cœur et des solennelles déclarations de la Bible , rendre témoignage au monde de la rédemption par Christ , et glorifier le Nom devant qui doit fléchir le genou de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Cette foi fervente en Jésus -Christ et cette profonde intelligence du dogme de la justification sont les causes véritables de la force de Luther et des rapides succès de la Réformation, comme on peut s'en convaincre par un
examen attentif de sa marche et de ses développements. Cet examen, il vaut la peine de l'entreprendre; car ce qui était vrai du temps de Luther, l'est encore de nos jours. « Jésus-Christ est le même, hier et aujourd'hui, et le sera éternellement. » C'est folie que d'admettre le perfectionnement dans la vérité qui vient de Dieu. Cette vérité, que Luther annonça à son siècle, parce qu'il l'avait trouvée dans la sainte Ecriture et qu'il en avait éprouvé lui-même les salutaires effets, il l'annoncerait encore à la génération présente, presque aussi aveugle à l'égard des choses de la foi, que ce moyen âge. dont elle affecte de dédaigner la grossière ignorance. Luther prêcherait aujourd'hui ce qu'il a prêché autrefois , et les hommes de progrès qui prétendent le contraire, n'ont guère étudié les écrits du Réformateur. Souvent, jetant un. regard prophétique dans l'avenir, il avait prédit les temps où l'on ne connaîtrait plus l'Evangile. Entre cent passages, citons-en un seul. «Si le monde reste debout quelque temps encore, « dit-il , vous verrez disparaître la saine connaissance « de Jésus-Christ. Le nom de Christ demeurera; mais «sous ce nom s'élèveront de faux docteurs, lesquels « séduiront les peuples par des doctrines qui ne se « trouvent point dans la sainte Ecriture : ils renver- « ront les hommes à leurs bonnes œuvres , et par là « ils les rendront plus méchants qu'ils n'ont jamais « été. Tout se corrompt sans sel; — or le sel de la doc- «trine évangélique, c'est l'article de la justification « et du salut par Jésus-Christ. Que si nous ne veillons
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a point pour maintenir cet article, il sera facile à l'en- « nemi , après nous avons ravi le palladium de notre « foi, d'attaquer et de falsifier une aune toutes les parce ties du système de la Rédemption ! »
Ne croit-on pas lire de Thistoire contemporaine ! ? -^ Et toutefois un souffle de vie a agité les ossements de mort. On commence à revenir à l'Evangile que Luther a prêché. Lecteur, si vous désirez connaître cet Évangile, lisez avec simplicité de cœur la parole du Seigneur , méditez surtout avec attention les écrits de St. Paul î La lumière et la foi vous seront données. Cherchez le salut de votre àme, et vous trouverez la perle de grand prix. Nous serions heureux d'y contribuer par cette biographie de Luther. Qu'il vienne , ce serviteur choisi de Dieu , et , après avoir rendu témoignage de la gràcQ précieuse en Jésus-Christ durant sa vie, qu'il en rende témoignage encore après sa mort. Et en effet toute l'histoire de sa vie, depuis le berceau jusqu'à son dernier souffle , est une vivante Epître sur les dispensations de la grâce divine. La glorieuse œuvre à laquelle il a attaché son nom , était l'œuvre de Dieu , et non la sienne. Aussi , loin d'idolâtrer l'homme , non» rendrons l'honneur à qui l'honneur appartient. C'est le Seigneur seul que nous, glorifierons pour les grandes choses qu'il a daigné accomplir par Luther.