‹ Vie de Martin LutherChapitre 22 sur 31 · LA DIÈTE D'AUGSBOURG · texte numérisé non relu

LA DIÈTE D'AUGSBOURG

«Quiconque me confessera devant «les hommes, je le confesserai aussi «devant mon Père qui est aux cieux.»

(Matth. X, 32.)

Clément Yll avait fait de vains efforts pour obtenir de la diète de Nuremberg un recès favorable à ses vues; mais, en revanche , il avait réussi à former entre plusieurs princes catholiques de l'Allemagne, une alliance, ayant pour but l'extinction des doctrines évangéliques. Ces doctrines cependant gagnaient journellement de nouveaux partisans. Philippe, landgrave de Hesse, jeune prince plein d'ardeur et d'impétuosité, les avait chaudement embrassées. Pour être prêts à repousser toute agression du parti ennemi , il aurait voulu que les Etats évangéliques s'unissent plus étroitement entre eux,

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et il chercha particuUèrement à faire entrer dans ses vues l'électeur Jean de Saxe. Les théologiens de Wittemberg , appelés à donner leur avis , déclarèrent de la manière la plus positive, «qu'il ne fallait « chercher de secours qu'auprès de Dieu. » Luther pensait, qu'en aucun cas, il ne fallait se porter à des mesures agressives. Enfin, néanmoins, Philippe et Jean formèrent entre eux, à Torgau, une alliance défensive, à laquelle accédèrent plusieurs autres princes et Etats de l'empire.

Ainsi s'étaient formés, en Allemagne, deux partis qui s'observaient mutuellement avec défiance, et dont la rupture devenait de plus en plus inévitable. Elle éclata ouvertement à la diète de Spire, convoquée par l'empereur en 1529, mais à laquelle il n'assista pas en personne. Cette assemblée, où les catholiques siégeaient en grande majorité, décida que l'édit de Worms serait maintenu dans toute sa rigueur, et qu'on s'opposerait avec énergie à la propagation des nouvelles doctrines. Les Etats évangéliques, vaincus par le nombre, répondirent le 19 avril, par une solennelle protestation aux résolutions de la diète , et cet acte de courage et de foi leur valut, à eux et à leurs partisans, le nom de protestants^ qui leur est demeuré jusqu'à ce jour, et que revendiquent à bon droit tous ceux qui , s'appuyant sur la Parole de Dieu , ne cessent de protester contre toute doctrine humaine, de quelque part qu'elle vienne.

L'empereur fut fort mécontent de la conduite des

États évangéliques , et les renvoya sèchement aux décrets de la diète de Spire. L'horizon se rembrunissait , et les malheureuses dissensions qui avaient éclaté dans le sein même des partisans de la Réforme, ajoutaient aux dangers de leur position. En vain le landgrave fit-il tous les efforts imaginables pour effectuer entre les deux partis au moins une union politique. Ni le colloque de Marbourg, ni les conférences de Schmalkalden et de Nuremberg, ne purent les rapprocher. Déjà (le 6 mars 1530) Luther avait donné aux princes le conseil «d'aban- « donner, s'il le fallait, terre et sujets à l'empereur, « et de remettre à Dieu leur cause ; » déjà les princes s'étaient résignés, en effet, à attendre patiemment et les bras croisés, l'orage qui grondait de loin, lorsque le Seigneur vint imprimer aux événements une direction toute favorable à la vérité. Charles- Quint, alors en Italie, au lieu de prendre contre les Evangéliques les mesures violentes auxquelles le pape l'excitait, aima mieux essayer des voies de la douceur. Il convoqua une diète à Augsbourg pour le 1^^'mai 1530, dans le dessein formellement exprimé, de traiter, entre autres , des affaires de la religion , chose dont le pape ni les papistes ne se souciaient fort. « Les papistes , écrit Luther, font leur possible, «à ce qu'on dit, pour empêcher que la diète n'ait « lieu , parce qu'ils craignent qu'on n'y prenne des «résolutions favorables à notre cause. Quant au « pape en particulier, il est mécontent de ce que « l'empereur se mêle des affaires religieuses , et de

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« ce qu'au lieu de lui servir tout bonnement de bour- « reau contre les hérétiques , il prétende interroger « lui-même les partis. Car ils ne veulent rien per- «dre, rien changer; ils ne veulent être examinés ni «jugés. Pour les satisfaire, il faudrait qu'on nous «condamnât sans autre, et qu'on rétablît tout sur « l'ancien pied. Eh bien! qu'ils périssent puisqu'ils « veulent périr ! Car, c'est ainsi que Dieu aveugle ceux « dont il a résolu la perte. »

L'électeur ayant désiré qu'on formulât dans un petit nombre de thèses , claires et précises , les doctrines fondamentales du parti évangélique , Luther, Mélanchton , Jonas et Bugenhagen lui présentèrent un exposé de leur foi, en dix-sept articles, appelés les articles de Torgan^ lui déclarant qu'ils étaient prêts à les aller défendre eux-mêmes devant l'empereur, à Augsbourg. «A Dieu ne plaise, leur ré- « pliqua le duc Jean , que je me sépare de vous ; «je veux confesser avec vous mon Seigneur Jésus- « Christ. »

Après avoir ordonné Cju'on fit dans toutes les églises des prières pour l'heureuse issue de la diète , il partit effectivement pour Augsbourg , plein de foi dans le secours du Tout-Puissant , et fit, dès le 2 mai, son entrée dans cette ville, étant accompagné de Mélanchton , de Spalatin et de Jonas.

Quant à Luther, on le laissa à Cobourg, de peur, dit Matthésius, que sa présence n'irritât les adversaires, et que la bonne cause n'en souffrît. Mais, quoique éloigné selon le corps , il était présent aux

délibérations de la diète , selon l'esprit , et il y exerçait une puissante influence. Souffrant de la tête et du cœur , en butte aux assauts de Satan , il était toujours plein de joie et de confiance. Le célèbre cantique : Ein' (este Biirg ist unser Gott ^ dont il composa à cette époque les paroles et la mélodie , exprime admirablement la fermeté de la foi dont il se sentait animé.

Quoiqu'il faille désespérer de rendre la naïve et énergique originalité de cette hymne, nous avons essayé d'en faire la traduction, afin de donner à nos lecteurs français une idée du rhythme et du sens de la pièce allemande.

Le Seigneur Dieu est un bon fort.

Sûr abri, vaillante épée.

Il saura contre tout effort Protéger sa sainte armée.

Le vieil ennemi Contre nous rugit; Sa cruelle arrogance Défie notre impuissance:

Sur terre il n'a point d'égal.

Notre bras seul n'y peut rien faire,

Bientôt nous succomberions.

Mais vois : un puissant auxiliaire Fait vaincre nos bataillons. — Le nom de cet homme? — C'est Christ qu'il se nomme; Seul Dieu, seul Éternel; Le Saint, le Roi du ciel:

A lui le champ restera.

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Le monde fût-il plein de diables ,

Tout prêts à nous dévorer :

Leurs transports, leurs cris redoutables Ne peuvent nous atterrer.

Que le roi du monde Se démène et gronde:

Son empire est passé , L'arrêt est prononcé :

Un seul mot le fait trembler.

De ce mot la vertu divine

Foudroie les noirs combattants.

La grâce qui nous illumine

Partout nous rend triomphants.

Prenez nos trésors, Meurtrissez nos corps , Flétrissez notre gloire :

A nous est la victoire, A nous sera le royaume I

C'est en psalmodiant ainsi à son Dieu , et en méditant les promesses contenues dans la Bible , que Luther se consolait et se fortifiait journellement. En même temps il ne cessait d'agir au dehors par ses prédications et par la publication de divers écrits. Mais ce qui nous intéresse ici, c'est la part importante, quoique inaperçue, qu'il prit aux délibérations de la diète par ses prières , par ses conseils et par ses encouragements. Ecoutons Matthésius :

«Cependant, dit-il, notre docteur n'était pas oisif. Semblable à Moïse, il élevait au ciel des mains saintes, les appuyant sur le véritable rocher, qui est Christ, et ayant autour de lui ses gens, qui le forti=

fiaient et le consolaient. Car, de même que Moïse ne demeura point inactif après avoir envoyé Josué combattre les Amalécites, ainsi Luther, sachant que c'était contre ses doctrines que la lutte était engagée à Augsbourg , assistait efficacement les siens par les armes de la foi. Il tenait en sa main la verge et l'étendard de Dieu; et, se présentant devant sa face, il élevait vers Lui, dans la connaissance de Christ, ces mains saintes et pesantes dont il avait si souvent accablé le papisme. Nuit et jour il criait à Dieu pour le supplier de défendre lui-même la gloire de son Nom, son Royaume et son Evangile, de maintenir dans la vraie foi et dans la pure doctrine les chevaliers allemands et les vrais Josuites, qui, avec les saints anges, combattaient l'Antéchrist à Augsbourg; de les fortifier et consoler par son Esprit, et de camper autour d'eux ses célestes bataillons. Tout ce qu'il y avait de vrais Chrétiens dans l'étendue de l'empire romain l'assistaient de leurs prières et de leurs soupirs, tant dans les écoles que dans les Eglises. Jésus- Christ lui-même , l'unique protecteur et gardien de son Eglise , sur la parole , le sang , les mérites et les promesses duquel Luther appuyait ses mains et fondait ses prières, intercédait pour lui et pour les siens par des soupirs qui ne se peuvent exprimer, adressant à son Père et à son Dieu cette éternelle requête : « Garde dans Ta vérité les auteurs et les adhérents de « la confession d' Augsbourg; Ta Parole est la vérité. » Et certes cette prière au Père suprême de l'Eglise et de tous ses enfants ne resta point sans efficace. »

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Yoici ce qu écrivait à Mélanchlon un serviteur cîe Luther, Yeit Dietrich, qui se trouvait avec son maître à Cobourg : « Je ne saurais trop admirer sa constance, sa sérénité, sa foi et son espérance au milieu de ces déplorables temps. Chaque jour il retrempe son âme dans la Parole de Dieu; chaque jour il consacre trois heures au moins à la prière , donnant à cette sainte occupation le temps le plus favorable aux études. Une fois j'ai eu le bonheur de l'entendre prier. Quel esprit, quelle foi dans ses paroles ! A la plus profonde humihté se joignait toute la confiance d'un enfant qui parle à son père. « Je «sais, disait-il, que Tu es notre Dieu et notre bien- « aimé Père ; c'est pourquoi je suis assuré que Tu « détruiras les persécuteurs de Tes enfants. Que si « Tu ne le fais , le danger Te regarde comme nous : « car c'est Ta vérité qui est en cause. Ce que nous « avons entrepris, nous ne pouvions ne pas le faire; « c'est donc à Toi , ô bon Père , de nous protéger. » Lorsque je l'entendis de loin prier ainsi d'une voix sonore, mon cœur brûla de joie au dedans de moi. Je me sentais transporté en voyant cette ferveur, cet abandon , cette insistance avec laquelle il rappelait à Dieu les promesses de sa Parole , comme un homme sûr d'avance de l'accomplissement de ses vœux. Aussi je ne doute point que sa prière ne soit d'un grand secours pour la cause que vous avez à défendre , et que tant de personnes regardent comme désespérée. »

Mélanchton, cependant, profitant du retard de

l'empereur, rédigeait cette fameuse confession (la confession d'Augsbourg), basée sur les dix-sept articles de Torgau, que les États évangéliques présentèrent plus tard à la diète comme l'expression de leurs convictions religieuses. Cet important document, ayant été terminé dès le 11 mai , fut envoyé à Luther pour qu'il en dît son avis. « J'ai lu l'apologie « de Philippe , répondit-il à l'électeur. Elle me plaît « beaucoup, et je n'y trouve rien à corriger, rien à « changer; d'autant plus que , pour moi , je ne pour- « rais marcher aussi doucement. Que Christ notre « Seigneur y mette sa bénédiction , afin qu'elle pro- «duise des fruits abondants, comme nous l'espé- « rons et le lui demandons. Amen. »

Interrogé sur le parti qu'il conviendrait de prendre dans le cas que l'empereur voulût interdire la chaire aux prédicateurs évangéliques , il répondit , d'accord avec Mélanchton, que dans ce cas il faudrait obéir. « Car l'empereur, dit-il, est notre maître, « et la ville lui appartient. Il serait à désirer , sans «doute, que, par d'humbles représentations, on « pût engager Sa Majesté à ne pas condamner nos « prédications avant de les avoir entendues; mais, « si l'on ne peut l'obtenir, il faudra se soumettre à la « loi du plus fort. Nous aurons fait notre devoir , et « serons déchargés de toute responsabilité. »

L'électeur avait appris que Luther était souffrant à Cobourg. Il lui écrivit aussitôt la lettre que voici : « Cher et vénérable docteur, tâchez de prendre votre «mal en patience, et de ne point vous ennuyer.

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« Nous sommes tous inquiets à cause de votre santé , « et prions Dieu qu'il vous conserve longtemps pour « la défense de sa chère Parole. Nous vous recom- « mandons aussi d'avoir soin de vous-même , et de « faire usage des remèdes que le docteur Caspar , « notre médecin , vous envoie pour vous fortifier la «tète et le cœur. Il vous est entièrement dévoué. «Nous, de même, vous réitérons l'assurance de « notre gracieuse affection. »

Luther remercia le prince de cette marque d'intérêt. «C'est sans sujet, répondit-il, que Votre Al- « tesse daigne s'inquiéter à cause de moi. Je n'é- « prouve aucun ennui , nous vivons comme les «grands seigneurs, et les semaines que j'ai passées « ici se sont écoulées comme trois jours. C'est Votre «Altesse qui sq trouve en un triste lieu. Que notre « bon Père , qui est au ciel , lui soit en aide , afin « qu'elle demeure ferme et patiente dans la grâce « qu'il nous manifeste si abondamment.... Dieu a fait « éclater merveilleusement sa miséricorde sur vous , « en rendant sa Parole puissante et efficace dans « vos Etats. Car nulle contrée ne possède autant de «pasteurs et de prédicateurs fidèles, ministres de « paix et de concorde , annonçant avec zèle la pure « doctrine. La tendre jeunesse grandit dans la con- « naissance du catéchisme et des saintes Ecritures, «et c'est pour mon cœur une douce jouissance, que « de voir de jeunes garçons et de jeunes filles qui « connaissent Dieu et Jésus-Christ , et qui en parlent «mieux qu'autrefois, et encore aujourd'hui, tous

«les collèges, couvents et universités. C'est un vrai « paradis que ce jeune peuple.... Que Votre Altesse, «dit-il en terminant, reçoive favorablement cette « épîlre; Dieu sait que je parle selon mon cœur, et « sans nulle feinte. Nous sommes tous tenus de vous a assister par nos prières , par nos consolations , « par notre dévouement , par tout ce qui dépend de « nous. Car si Votre Altesse est heureuse , nous vi- «vons; si elle est affligée, nous sommes malades.»

L'empereur fit enfin son entrée à Augsbourg le 15 juin, veille de la Fête-Dieu. Il ordonna, dès le même soir, aux Etats évangéliques , de faire cesser les prédications de leurs théologiens , et d'assister le lendemain à la procession. Quant au second point, les princes se montrèrent inexorables. «Je m'age- « nouillerai devant Sa Majesté pour recevoir le coup « de mort , plutôt que de renier Dieu et l'Evangile , » s'écria le margrave George de Brandebourg, qui portait la parole pour les autres. On céda par contre à l'égard de la prédication , à condition que la défense de prêcher s'étendrait aux deux partis.

Luther, dans une lettre à maître Eisleben , approuva beaucoup la sagesse avec laquelle l'électeur s'était conduit dans cette affaire. Puis, parlant des inquiétudes de Mélanchton: « Dites à Philippe, ajou- « tait-il , qu'il soit plus sobre en sacrifices d'esprit « froissé , de peur qu'il ne lui en reste plus pour la « fin. Il est sans doute consolant de savoir que c'est « pour une bonne cause , pour la cause de Dieu , « qu'il s'alarme , attendu que de pareilles offrandes

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« sont agréables au Seigneur. Néanmoins la modéra- « tion est bonne en toutes choses. Dieu aime les sa- « crifices, mais non qu'on se tue à force de chagrin; « car il ne prend point plaisir à notre mort. » — « En «vérité, dit-il encore, ce n'est pas aux hommes que « vous avez affaire à Augsbourg , mais aux portes « mêmes de l'enfer , à des esprits rusés , pétris de « malice et furieux ; — furieux , heureusement ! — « car c'est leur fureur même qui les aveugle , et qvii « les précipitera dans l'abîme. »

La diète fut ouverte le 20 juin, en présence de quatre électeurs et de quarante-deux princes qui y assistaient en personne. Les lettres de convocation portaient, que les deux partis seraient entendus; néanmoins les États catholiques refusèrent de formuler leur confession de foi. Quant aux Etats évangéliques, ils présentèrent la leur le 24 juin, le chancelier saxon, docteur Brûck, déclarant en leur nom qu'ils étaient prêts à en donner publiquement lecture. Après bien des difficultés , l'empereur consentit enfin à leur demande , mais il remit la séance au lendemain 25 juin. Les Etats, ce jour-là, se réunirent dans le palais impérial , qui contenait moins de monde que l'hôtel-de-ville , et toutes les personnes qui n'avaient pas droit de siéger furent exclues de la séance; mais la voix grave et puissante du docteur Bayer , chargé de lire la confession , déjoua les finesses du parti catholique, et mit dans la confidence de ce document à jamais important, le nombreux auditoire qui encombrait les abords et les

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cours du palais. Après la lecture , qui avait rempli deux heures entières , et qui , sur l'observation de l'électeur de Saxe, qu'on se trouvait en terre allemande, s'était faite en cette langue, l'empereur s'empara de l'exemplaire latin , et remit l'exemplaire allemand à l'archevêque de Mayence.

La confession présentée à la diète d'Augsbourg se composait de deux parties. La première , divisée en vingt et un articles, renfermait l'exposé des doctrines professées par le parti évangélique. La seconde partie énumérait en sept articles les abus de l'Eglise romaine, contre lesquels on protestait: «Le tout, est-il dit, « pour qu'à l'avenir aucune doctrine nouvelle et im- «pie ne puisse se glisser, se répandre, ni s'établir « dans nos Eglises. » — Ce document produisit sur beaucoup de personnes une impression très -favorable à la cause de la Réforme; il contenait une réfutation éclatante des calomnies répandues par les créatures du pape et sur Luther et sur ses partisans, et était propre à convaincre tous ceux qui étaient de bonne foi, que ni l'un ni les autres n'avaient jamais songé à répudier la foi chrétienne. « C'est une confession , s'écrie Spalatin , telle qu'on « n'en a pas faite en mille ans , ni même depuis que « le monde existe. Il n'y a rien , ni dans l'histoire , ni « dans les Pères , qu'on puisse lui comparer. » — Aussi est-elle chère, encore aujourd'hui, à tout cœur de Chrétien , parce qu'elle est l'expression fidèle des doctrines de la Bible , et , malgré les efforts qu'on a faits pour l'écarter, elle vivra et édifiera l'Eglise^

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longtemps après que les partis qui l'attaquent aujourd'hui , se seront éteints dans l'oubli.

Luther fut dans la joie, lorsqu'il reçut de l'électeur lui-même la nouvelle de ce qui s'était passé à la diète. « N'est-ce pas singulièrement adroit , lui dit- « il dans sa réponse , qu'on ferme la bouche à maître « Eisleben et aux autres, et qu'à leur place viennent « l'électeur de Saxe , les princes et les grands sei- «gneurs, munis de leur confession écrite, prêcher «au nez même de Sa Majesté et de tout l'empire, « sans qu'on ait rien à leur répondre ? C'est là, ce me « semble, une bonne revanche pour le silence im- « posé à nos prédicateurs. Ils ne veulent pas que leurs « gens assistent à nos sermons, et les voilà contraints « d'écouter, en silence , des choses mille fois pires « (comme ils disent) , de la bouche même de leurs « égaux. Non , non , Christ n'est pas muet à la diète , « et fussent-ils frappés de stupidité , cette confession «leur a fait entendre en quelques heures, plus que « nos prédicateurs leur auraient dit dans le courant « d'une année. Ainsi se vérifie l'expression de saint « Paul , que la Parole de Dieu n'est point liée. Vous lui « fermez les portes de l'Eglise : elle franchira le seuil « de vos palais. Vous ne voulez pas que de pauvres « ministres la prêchent : des princes et des seigneurs «s'en feront les hérauts. Et bref, si tous se taisent, « les pierres mêmes crieront, dit le Seigneur. »

L'empereur avait chargé une commission , composée en partie des ennemis les plus acharnés de Luther, tels que Eck , Fabre et Cochlceus , de réfuter

la confession de foi présentée à la diète. Une première rédaction fut rejetée à cause du ton amer et passionné qui y régnait. Lorsque le second travail fut terminé , l'empereur, après en avoir fait donner lecture aux Etats évangéliques , le 13 août, leur déclara qu'il était résolu de maintenir les doctrines exposées dans cet écrit, les exhorta à suivre son exemple, et leur annonça qu'au cas contraire il agirait en sa qualité de protecteur de l'Eglise, ne voulant point souffrir de schisme en Allemagne. Ses menaces échouèrent contre la fermeté de l'électeur et des princes protestants, et il permit alors que des négociations fussent entamées entre les deux partis. De part et d'autre, on nomma des commissions chargées de s'entendre sur les conditions auxquelles il serait possible de se réunir. Dans ces transactions, Mélanchton joua un rôle important; mais ce rôle convenait peu à son caractère craintif, et il avait grand besoin des lettres encourageantes que Luther lui adressait depuis Cobourg, pour ne point succomber sous le poids de ses inquiétudes.

« Grâce et paix en Christ , lui écrivait celui-ci sous «la date du 26 juin; en Christ, dis-je, et non dans « le monde ! Je hais de tout mon cœur les grands « soucis qui , dites-vous , affligent votre àme. Et d'où «viennent ces soucis? De notre déplorable incrédu- « lité , et non de la grandeur de notre cause. Cette « cause était , du temps de Huss et de ses généreux « devanciers , autrement grande qu'elle ne l'est au- « jourd'hui. Et puis , si la cause est grande, grand est

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