ENTREVUE BE LUTHER ET DU LÉGAT VERGÉRIUS
« Je ne craindrai point les milliers des «peuples qui se sont rangés contre moi «tout autour.»
(Ps. 111,7.)
La diète d'Augsbourg , quoique Fissue en fut peu favorable aux intérêts des protestants, avait eu le grand avantage de révéler leur force à eux-mêmes et à leurs ennemis. Après s'être réunis deux fois à Schmalkalden , ils formèrent entre eux une alliance défensive le 29 mars 1531, et forcèrent l'empereur, qui avait d'autres querelles sur les bras , à entrer avec eux dans des négociations qui amenèrent la paix de religion de Nuremberg , ratifiée par la diète de Ratisbonne en 1532. Il fut de nouveau question d'un concile. Le pape Clément VII , pressé par l'empereur;, se donna l'air de prendre enfin la chose au sérieux, et d'en vouloir convoquer un en Italie; mais les princes protestants , tout en promettant d'y
envoyer des ambassadeurs , ne voulurent point s'engager d'avance à se soumettre aveuglément aux décrets d'une assemblée, dont il était permis de suspecter les évangéliques tendances. Après la mort de Clément, Paul 111, qui lui succéda en 1534, poursuivit , avec un apparent empressement , les négociations entamées à ce sujet , et envoya en Allemagne son légat , Pierre-Paul Yergérius.
Luther ne croyait pas à la sincérité des démarches de la cour de Rome, a Je désirerais de tout « mon cœur , dit-il à l'électeur Jean-Fréderic-le-Ma- «gnanime (son père Jean était mort le 16 août «1532), que Dieu les forçât sérieusement de ras- « sembler un concile libre et vraiment chrétien. « Mais j'ai , à cet égard , l'incrédulité de Thomas : si «je ne mets mes mains et mes doigts dans le côté et «dans les marques des clous, je ne le croirai point. «Néanmoins, Dieu, qui tient en sa main le cœur de « tout homme , peut amener à fin des choses plus « incroyables que celle-ci. »
Vergérius vint à Wittemberg , et eut avec Luther une entrevue personnelle. Ce fait est trop intéressant en lui-même, et il caractérise trop bien l'immense révolution qui déjà s'était opérée dans les esprits, pour que nous n'en donnions pas les détails qui nous ont été conservés par une plume contemporaine.
«Enfin, le 6 novembre 1535, était entrée à Wittemberg avec vingt et un chevaux et un âne, la députation papale. Elle fut reçue avec toutes sortes