‹ Vie de Martin LutherChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

« Alors j'entendis une Toix du ciel, qui « me disait : Écris : Heureux sont dès à <( présent les morts qui meurent au Seigneur ! «Oui, dit l'Esprit; car ils se reposent de «leurs travaux, et leurs œuvres les sui- «vent.»

{Âpoc. XIV, 13.)

Nous arrivons au dernier acte de la vie de Luther. Ce fidèle témoin du Seigneur, après avoir combattu jusqu'au bout le bon combat de la foi , fut enfin rappelé par son Maître , pour recevoir de sa main la couronne de vie. Il mourut où il était né , à Eisleben, le 18 février 1546. Tous les détails qui se rapportent à ses derniers jours, nous ont été fidèlement conservés.

Des contestations s'étaient élevées entre les comtes de Mansfeld, au sujet de quelques mines situées dans leurs domaines, et ils désiraient la présence de Luther pour arriver à un arrangement. Quoique celui-ci n'aimât point à se mêler de semblables affaires, sa vocation l'appelant, disait-il, à prêcher, à lire, A écrire, et non à discuter des intérêts temporels , il crut devoir faire cette fois-ci le sacrifice de ses inclinations, pour rétablir la paix et la concorde dans la famille et parmi les sujets des comtes, ses

souverains. Malgré les infirmités dont il souffrait , il se mit en route le 23 janvier. Retenu à Halle par le débordement de la Saale , il y passa trois jours auprès de son ami Jonas , et y prêcha dans l'église de Notre-Dame sur la conversion de St. Paul. Le 28 , il poursuivit son voyage ^ étant accompagné de ses trois fils et de Jonas. Le fleuve était rapide, et peu s'en fallut que la frêle nacelle ne fut engloutie par les flots. <i Quel plaisir pour le diable , mon cher «docteur, s'écria Luther en cette circonstance, si «moi, docteur Martin, je me noyais ici avec vous « et mes trois fils! » Avant d'arriver à Eisleben il lui prit une grande faiblesse et déjà l'on craignait pour ses jours. « C'est le tour, dit-il , que Satan me joue «chaque fois que j'ai quelque affaire importante sur « les bras. Il me tracasse de tout son pouvoir, et me «met quelque tentation en chemin.» Toutefois, grâces aux soins qu'on put lui prodiguer, il se remit assez bien pour pouvoir, dès le même soir, paraître à table avec ses amis.

Les comtes de Mansfeld avaient été le recevoir sur la frontière avec cent treize chevaux , et ils ne cessèrent de lui témoigner tous les égards possibles. Quant à lui , il se dévoua avec une abnégation que son âge et la nature des affaires qui se traitaient rendaient plus méritoire, à l'ingrate mission dont il s'était chargé. En outre, il prêcha quatre fois pendant les vingt-un jours qu'il passa à Eisleben, depuis le 29 janvier jusqu'au 1 7 février, assista deux fois à la Cène , et consacra deux pasteurs. Sa conversa-

tion était, comme toujours, vive et animée. Cependant il s'occupait beaucoup de la mort et y revenait souvent dans ses discours. Dans le sermonnaire de Jean Gassmann , receveur d'Eisleben , il inscrivit ce passage de St. Jean : « En vérité , en vérité je vous dis, que si quelqu'un garde ma Parole, il ne mourra jamais (JeanYIII, 51).» Il y ajouta les réflexions suivantes : « Tout incroyable et contraire « à l'expérience journalière que paraisse cette décla- « ration , elle ne contient que la pure vérité. Car, si «un homme considère sérieusement la Parole de « Dieu en son cœur, qu'il y croie, s'endorme ainsi et « meure , il s'en va avant d'avoir pu seulement s'a- « percevoir de la mort, et est certainement bien- « heureux dans la Parole qu'il a ainsi considérée et «crue.» — Tous les soirs à huit heures, il se retirait dans l'embrasure d'une des croisées de la chambre où l'on soupait, et y passait une demi-heure à prier avec un zèle et une ferveur , dont les convives ne pouvaient assez s'étonner. Après la prière il quittait la croisée, la figure rayonnante de joie, comme s'il se trouvait soulagé d'un grand fardeau. Puis, après s'être entretenu une demi-heure avec ses amis , il allait se coucher.

L'inaltérable bonne humeur dont Luther était animé, et qui prenait sa source dans cette sainte joie que donne la foi en Jésus-Christ , se peint d'une manière originale dans les dernières lettres qu'à cette époque il écrivit à sa femme. Nos lecteurs en liront volontiers quelques extraits.

Dans une lettre datée de Halle , le 25 janvier, il dit: «Grâce et paix dans le Seigneur. Ma chère «Catherine! Nous sommes arrivés à Halle aujour- « d'hui à huit heures , mais nous n'avons pu pour- « suivre notre route vers Eisleben, vu que nous « avons rencontré une grande anabaptiste laquelle « a couvert de flots et de glaçons tout le pays envi- «ronnant, et nous a menacés nous-mêmes d'une « rebaptisation. D'un autre côté, la Mulde, égale- « ment débordée, ne nous permettait pas de retour- « ner sur nos pas. Il fallut donc rester à Halle entre « deux eaux. Ce n'est pas que nous eussions soif d'en « boire. Nous avons préféré de bonne bière deTorgau « et de bon vin du Rhin , qui nous réconfortent et «nous consolent, en attendant qu'il plaise à la Saale « de calmer sa colère. Car, comme nous avions tous « peur , les gens , les voituriers et nous , nous n'avons « pas voulu nous hasarder dans l'eau , ni tenter Dieu. « Car le diable nous a en aversion , et il habite les «eaux. Précaution vaut mieux que compassion. « Aussi était-il hors de propos que nous donnions à « rire, à nos dépens, au pape et à ses suppôts. J'ima- « gine que tu nous aurais approuvés si tu avais été « avec nous, et pour une fois nous aurions suivi tes «conseils, etc. »

H écrivait d'Eisleben, le 6 février : « A très-savante « dame Catherine Luther, ma gracieuse maîtresse de « maison à Wittemberg. Chère Catherine ! Nous som- « mes ici , nous laissant martyriser et désirant de tout « cœur de partir. Mais cela ne pourra guère se faire

282 CHAPITRE YllNGT-SEPTlèfflE.

« avant huit jours. Tu peux dire à Maître Philippe « qu'il n'a qu'à corriger son sermonnaire; car il n'a pas « compris pourquoi le Seigneur nomme les richesses, « des épines. C'est ici qu'il faut venir à l'école pour « l'apprendre. Toutefois, je tremble en songeant que « nulle part la sainte Ecriture ne mentionne les épi- «nes, sans parler de feu et de flammes. Ceci m'en- « gage à redoubler de patience, afin de pouvoir, sous « la bénédiction de Dieu , opérer quelque bien. Tes « fils sont encore à Mansfeld , etc. » —

Dans une autre lettre , écrite sans doute en réponse aux inquiétudes qu'elle lui avait manifestées au sujet de son voyage : «Tu veux avoir soin, lui «dit-il, à la place de Dieu, comme s'il n'était pas «tout-puissant pour créer au besoin dix docteurs « Martin , si l'unique et vieux exemplaire qui existe «à cette heure, venait à se noyer dans la Saale. Ne « me parle plus de tes soucis. Celui qui a soin de « moi est plus que toi , et tous les anges , — couché « dans une crèche et suspendu au sein d'une vierge , « — mais néanmoins assis à la droite de Dieu le Père « tout -puissant : c'est pourquoi tranquillise - toi. « Amen. — J'estime que l'enfer et le monde entier «sont dépeuplés de diables à l'heure qu'il est. Il «semble qu'en mon honneur, ils se soient tous « donné rendez - vous à Eisleben : tant les diffi- « cultes se compliquent.... Priez, priez, priez, et « aidez-nous, afin que nous réussissions dans ce que « nous avons entrepris. J'étais aujourd'hui sur le « point de faiie graisser les roues de la voiture dans

« ma colère, mais la vue des maux auxquels ma pa- « trie est exposée m'a retenu. Et moi aussi je suis « devenu avocat. Ils n'auront pas lieu de s'en réjouir. « Il vaudrait mieux qu'ils me laissassent dans ma «théologie, car si une fois je me mets des leurs, je « leur dresserai un acte qui, s'il plaît à Dieu, ena rayera leur orgueil. Ces Messieurs prennent le ton « si haut , qu'ils ne le pourraient faire plus , s'ils « étaient le bon Dieu en personne. »

Enfin le 10 février il écrivit: « A sainte et soigneuse «dame Catherine Luther de Zeilsdorf, à Wittem- « berg , ma chère et gracieuse souveraine ! Grâce et « paix en Christ , très-sainte dame. Nous vous sommes « infiniment obligé des grands soucis qui vous em- « pèchent de dormir. Car depuis que vous avez soin « de nous , le feu a pensé nous consumer dans notre « hôtellerie , ayant pris à deux pas de la porte de « notre chambre ; et hier, en vertu de vos soins , on « n'en saurait douter , une pierre a failli nous tom- « ber sur la tète et nous écraser comme dans une « souricière. — Je crains que si tu ne cesses de crain- «dre, la terre ne finisse par nous engloutir, et que «tous les éléments ne nous persécutent. Prie,, et « abandonne les soins à Dieu. Il est dit : « Décharge- « toi de ton fardeau sur l'Éternel , et il aura soin de « toi. » Nous sommes , grâces à Dieu , sains et bien «portants, sans avoir d'autre ennui que celui des « affaires qui se traitent. Nous quitterions volontiers « pour nous en retourner chez nous , si Dieu vou- « lait nous le permettre. »

Luther avait assisté jusqu'au 17 février à toutes les conférences des partis. Mais ce jour-là, -— c'était un mercredi, ~ il se trouvait si faible que les comtes de Mansfeld et ses amis le prièrent de n'y point venir. 11 resta dans son cabinet, tantôt couché sur son lit de repos, tantôt se promenant par la chambre , priant et adressant de temps à autre la parole à ses amis. « C'est ici , à Eisleben , s'écria-t- «il tout à coup, que je suis né et que j'ai été bap- « tisé , que serait-ce s'il m'y fallait rester ! » A l'heure du dîner, il descendit dans la salle à manger, et parla beaucoup pendant le repas. « Si je réussis à « remettre l'accord entre mes bien-aimés seigneurs , «dit-il entre autres, je m'en retournerai chez moi, « me coucherai dans mon cercueil , et donnerai mon « corps à dîner aux vers. »

Le soir il se sentit fort oppressé sur la poitrine. Mais ayant éprouvé quelque soulagement, il voulut assister au souper « parce que , disait-il , la solitude « n'égayé pas. » Sa conversation fut animée comme de coutume. Plus que jamais il parlait de la mort et de la vie future et éternelle. « Vingt ans , disait-il , « sont un court espace de temps , et cependant ce «court espace suffirait pour dépeupler le monde, « si homme et femme ne s'unissaient selon Tinstitu- «tion divine. Dieu se forme son Eglise chrétienne « en grande partie des petits enfants. Car je suppose « que lorsqu'il meurt un enfant d'un an , il y a tou- « jours mille ou deux mille enfants du même âge «qui meurent avec lui. Mais si moi docteur Martin,

« âgé de soixante-trois ans , je venais à mourir, je ne « pense pas qu'il y aurait de par le monde plus de « soixante à cent personnes qui m'accompagneraient, «car les hommes ne deviennent plus vieux aujour- «d'hui. Il faut que nous autres vieillards vivions si «longtemps, afin que nous connaissions par expé- « rience toute la méchanceté , perfidie et misère du «monde, et que nous puissions déposer comme té- « moins contre la malice du diable. Le genre hu- « main est comme une étable de brebis destinées à « la tuerie. »

Quelqu'un lui ayant demandé si dans l'autre monde les hommes se reconnaîtront , il répondit : «Que fit Adam? Jamais il n'avait vu Eve. Il repo- « sait et dormait d'un profond sommeil. Cependant «il ne lui demanda pas, quand il se réveilla: D'où «viens-tu? Qui es-tu? — Yoici, s'écria-t-il, de la « chair de ma chair, et des os de mes os ! — Com- «ment savait-il que cette femme n'était pas issue «d'une pierre? C'est qu'il était rempli du Saint- « Esprit et d'une connaissance de Dieu véritable. « Eh bien î dans la vie à venir nous serons renou- « velés à cette connaissance et à l'image de Dieu en « Jésus-Christ , de telle manière que nous reconnaî- « trons père et mère et amis , de face , mieux même « qu'Adam ne connut Eve. »

Peu après ces paroles, Luther se leva pour se rendre dans son appartement, où ne tardèrent pas à le suivre ses deux jeunes fils Martin et Paul, ainsi que maître Cœlius. Selon son habitude, il s'était

retiré dans l'embrasure de la croisée pour prier. Tout à coup , éprouvant un violent serrement de cœur : « Je me trouve de nouveau mal , s'écria-t-il , « et l'oppression que j'ai sentie dans la soirée me re- « prend. » Aurifaber, qui était venu tenir la place de Cœlius, s'offrit aussitôt à aller chercher chez la comtesse de la poudre de licorne, et prévint en même temps Jonas et Cœlius , de ce qui se passait. Ces derniers accoururent, et pour soulager les souffrances de leur ami, le frottèrent de linges chauds, jusqu'à ce qu'il se sentît soulagé.

Sur ces entrefaites arriva le comte Albert de Mansfeld en personne. « Comment vous trouvez- « vous , mon cher docteur? dit-il. — Il n y a pas de «danger, mon gracieux seigneur, répliqua Luther. « Je commence à me sentir un peu mieux. » — Le comte alors , après avoir lui-même ratissé la poudre de licorne, se retira. Luther en prit dans deux cuillerées de vin et s'étendit sur son lit de repos. « Si je puis «dormir, dit-il, j'espère que je me remettrai. » — Il s'assoupit en efiPet, et reposa tranquillement jusqu'à dix heures, Jonas, Cœlius, son serviteur Ambroise et ses deux jeunes fils veillant auprès de lui.

Quand il se réveilla : «Eh quoi! dit-il, vous voici « encore debout; ne voulez-vous pas vous coucher? » — Puis il se leva pour entrer dans le cabinet attenant à l'appartement. Arrivé sur le seuil , il s'écria : « Au nom de Dieu , je m'en vais me mettre au lit ; » et en latin : « Je remets mon esprit entre Tes mains; « Tu m'as racheté, 6 Seigneur, Dieu fidèle ! » — Quand

il se fut couché, il donna la main et la bonne nuit à chacune des personnes présentes, et dit : « Docteur «Jonas, maître Cœlius et vous autres, priez pour le « Seigneur notre Dieu et pour son Evangile , car le « concile de Trente et le pape sont fort irrités contre « lui. »

JonaS; les deux fils de Luther, Martin et Paul, Ambroise et d'autres serviteurs restèrent levés. On laissa brûler la lumière et entretint le feu dans l'appartement. Bientôt le malade s'endormit. Sa respiration était libre et naturelle. Mais à une heure, s'étant réveillé et ayant fait renouveler le feu dans la chambre, il s'écria : «Oh Seigneur Dieu, comme « je me trouve mal ! Ah mon cher docteur Jonas, « j'estime que je resterai ici à Eisleben où je suis né « et où j'ai été baptisé. » Jonas et Ambroise le consolèrent : «Notre Père céleste vous aidera, révérend «père, par Jésus - Christ son Fils, que vous avez « prêché. »

Il se leva, sortit sans assistance de son cabinet pour passer dans la chambre à côté, et s'écria de nouveau sur le seuil : « En Tes mains je remets mon «esprit. Tu m'as racheté, ô Seigneur, Dieu fidèle! » — Après avoir fait un ou deux tours dans l'appartement, il se remit sur son lit de repos , se plaignant des fortes oppressions qu'il éprouvait. Cœlius accourut de sa chambre. On réveilla le maître de la maison, le comte Jean Albert, le greffier de la ville et sa femme, et les deux médecins d'Eisleben. Ils arrivèrent tous dans un quart d'heure, d'abord le

maître de la maison , puis maître Simon Wild et le docteur Ludovic , les deux médecins. Le comte et la comtesse suivirent bientôt, avec des baumes bienfaisants pour soulager le malade. Mais l'oppression allait en augmentant. « Bon Dieu , disait Luther, je « me sens bien mal et bien angoissé. C'en est fait , «je m'en vais. Je ne sortirai plus d'Eisleben. — « Révérend père , invoquez notre bien-aimé Seigneur «Jésus-Christ, notre souverain Sacrificateur, notre « unique Médiateur, s'écrièrent Jonas et Cœlius. Vous « avez eu une bonne et abondante sueur. Dieu, par sa « grâce, daignera vous rétablir. — C'est la sueur de la «mort, repartit Luther. Je rendrai l'âme, car le « mal augmente. » Puis il pria à haute voix :

«0 mon Père céleste. Dieu et Père de notre Sei- « gneur Jésus-Christ , Dieu de toute consolation ! Je « Te rends grâces de ce que Tu m'as fait connaître «Ton cher Fils Jésus-Christ, auquel je crois, lequel «j'ai prêché et confessé, que j'ai aimé et loué, que « déshonorent , persécutent et blasphèment le pape « et tous les impies. Je te prie, mon Seigneur Jésus- « Christ , d'avoir pitié de ma pauvre âme. 0 mon « Père céleste , quoiqu'il me faille laisser ici ce corps «et sortir de cette vie présente, je sais pour certain «que je demeurerai toujours avec Toi , et que per- « sonne ne pourra me ravir de Tes mains. »

Il récita ensuite en latin le passage de St. Jean : «Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné «son Fils unique, afin que quiconque croit en lui «ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle

« (Jean III , 16 ) , » et celui des Psaumes : « Le Dieu « fort est notre Dieu fort pour nous délivrer , et la « délivrance de la mort vient de l'Eternel notre Sei- «gneur (Ps. LXYIII, 21).»

Maître Simon Wild lui lit prendre une cuillerée d'une potion qu'il portait toujours sur lui. Mais l'heure de la mort approchait. «Je m'en vais. Je «rendrai l'âme, » disait-il. — Et puis trois fois de suite avec une grande rapidité : « Je remets mon « esprit en Ta main ; Tu m'as racheté , ô Seigneur «Dieu fidèle (Ps. XXXI,6)!»

Quand il eut ainsi recommandé son âme à la miséricorde de son Père céleste , il devint tout tranquille. On le secoua , on recommença les frictions , on lui adressa la parole — mais il ferma les yeux et ne répondit point. La comtesse s'approcha pour lui frotter le pouls d'une essence que sa femme lui avait envoyée et dont il avait coutume de se servir , mais il demeurait immobile. Alors Jonas et Cœlius lui demandèrent à haute voix: «Révérend père, voulez- « vous mourir en Christ et dans la doctrine que vous « avez constamment prèchée? »

A cette question le mourant répondit par un oui intelHgible, se tourna ensuite à droite, et se rendormit pour un quart d'heure. Les assistants, auxquels étaient venus se joindre le comte Jean Henri de Schwarzbourg et sa femme , recommençaient à se livrer à l'espérance , malgré les doutes exprimés par les médecins, lorsqu'arriva le moment décisif : La figure de Luther pâlit, son corps se glaça , il fit un

dernier effort pour respirer, puis s'endormit paisiblement en son Seigneur, comme il le lui avait si souvent demandé, les mains jointes, sans angoisses, sans douleur, sans agonie, le 18 février 1546, entre deux et trois heures de la nuit.

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