‹ Vie de Martin LutherChapitre 29 sur 31 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

« Or, mes frères, je ne veux pas que « vous soyez dans l'ignorance sur ce qui «concerne les morts, afin que vous ne «vous affligiez pas, comme font les au- «tres hommes qui n'ont point d'espé- «rance.»

(I Thés. lY, 13.)

Luther n'était plus. Cette noble et pieuse âme d'où avaient jailli tant d'éclairs de vie, de courage et de foi, lasse du monde, s'était réfugiée dans le" sein de Celui qui reçoit les pécheurs. Le corps qui lui avait servi d'instrument gisait inanimé. La mort avait brisé cette organisation puissante et forte, contre laquelle s'étaient amortis tant d'orages.

A l'en tour de lui étaient ses amis, ses disciples, ses frères, ses fils en Christ. En contemplant ces traits habitués à réfléchir tous les sentiments, toutes

les joies du Chrétien , ils ne peuvent se persuader qu'ils n'ont plus que le cadavre de celui qu'ils aimaient. Ils prodiguent à son corps glacé les soins de l'amitié la plus empressée. Ils le transportent dans son lit , l'arrosent d'essences, l'entourent et le frottent de linges chauds. Ils guettent un signal de vie, ils espèrent, ils prient. Peines inutiles, vaines espérances ! Le Maître avait rappelé son serviteur.

Bientôt la fatale nouvelle se répand. On n'attend pas l'arrivée du jour pour se presser autour des illustres dépouilles. Le prince d'Anhalt , tous les comtes de Mansfeld , une foule de gentilshommes accourent. Ils viennent payer le tribut de leurs larmes à celui que tous vénéraient comme un père. — Ces hommages ne doivent pas nous étonner. Quand la première puissance du siècle s'éteignait , personne n'était de sang trop noble pour ne pas porter deuil.

De quatre à neuf heures , le corps resta sur le lit où on l'avait d'abord transporté. Piiis on le revêtit d'une robe blanche, et le déposa dans un appartement plus vaste sur une simple couche de paille, en attendant que le cercueil d'étain fût coulé. La chambre funéraire ne désemplissait pas de monde , avide de contempler une dernière fois les traits du digne apôtre de Christ. Des personnes de tout âge , de tout sexe , de toute condition , bourgeois et nobles, se trouvaient confondus par une commune douleur. Deux peintres vinrent prendre le portrait du défunt.

Le lendemain, 19, à deux heures, commencèrent les solennités religieuses. Le corps fut transporté dans l'église principale de St. André. Les comtes de Mansfeld et un immense cortège le suivaient. Quand on l'eut déposé dans le chœur, Jouas monta en chaire et prêcha devant la nombreuse assemblée sur les paroles de St. Paul : 2 Thess. IV, 13-18. Il entretint successivement son auditoire de la personne du défunt et de ses grandes qualités , de la résurrection et de la vie éternelle. A la fin de son discours, apostrophant les ennemis de l'Evangile, il leur conseilla de ne pas trop se réjouir , puisqu'après sa mort même Luther ne cesserait d'être redoutable à l'empire de Satan. — Le cercueil resta dans l'église , et fut gardé pendant la nuit par dix bourgeois d'Eisleben.

Cependant on avait envoyé un courrier à l'électeur. Ce prince se montra profondément affecté de la mort du Réformateur, qu'avaient hâtée sans doute les fatigues du voyage et d'une mission pénible. « Il regrettait , disait-il , que les comtes n'eus- « sent point épargné de leurs querelles un vieillard « épuisé et infirme. » — Ceux-ci avaient manifesté le désir que le corps de Luther restât à Eisleben, son lieu de naissance. Mais l'électeur n'y voulut point consentir , et donna les ordres nécessaires pour qu'il fut transporté dans l'église du château de Wittemberg.

Avant que ce transport ne s'effectuât, un second service funèbre fut célébré à Eisleben, dans la ma-

tînée du 20. Cœlius prêcha sur le passage d'Esaïe : « Le juste meurt , et il n'y a personne qui y prenne garde ; et les gens de bien sont retirés du monde , sans que l'on considère que le juste a été retiré avant que le mal arrive. Il entrera dans la paix; ils se reposent dans leurs sépulcres (chambres) , savoir quiconque aura marché devant Dieu (Es. LYII ,1,2).»— L'orateur parla avec une grande force , et il dit entre autres :

« Que l'homme dont les saintes dépouilles sont ici « exposéea à nos regards , ait rempli sa mission dans « l'Eglise , comme un autre Elie ou Jérémie , Jean- « Baptiste ou l'un des Apôtres , nul qui a connu , et « qui aime la Parole de Dieu et sa vérité, ne le sau- « rait nier. Elie et Jérémie , par le zèle qui le consu- « mait ; le Jean-Baptiste du grand jour du Seigneur, « l'Apôtre de son Evangile ! Car la désolation qui , «dans ces derniers temps, s'était établie dans la « sainte Eglise chrétienne , n'était pas moins grande «que celle qui, aux jours duThisbite, du Prophète «d'Anathoth, du prédicateur du désert, affligeait «le peuple élu. Toutes les erreurs, toutes les héré- « sies , toutes les sectes, toutes les idolâtries s'étaient, « sous la protection du papal Antéchrist, donné ren- «dez-vous dans la vaste et abominable sentine de «Rome.... Luther a mis la main sur la puissante «idole de l'indulgence papale, et l'a renversée dans « la poussière. Comme Elie égorgea les prêtres de «Baal, ainsi il a frappé du glaive de la Parole les « suppôts de la messe xt leur faux dieu. En même

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ft temps , semblable à Jean-Baptiste , il prêchait avec « force la repeiitance. Il montrait au peuple com- « ment on parvient à la connaissance de ses péchés , «comment on obtient le pardon, quels sont les « fruits d'un sincère repentir , de quelle manière il « faut servir et invoquer le Seigneur , quels sont «les devoirs c|ue chacun a à remplir en son nom. «La sainte Écriture, livre fermé et scellé avant lui, «s'est, grâces à son ministère, déroulé devant nos « yeux; la lettre morte est devenue un esprit de vie ; « le sens en est compris, mieux qu'il ne l'avait jamais «été depuis l'âge des Apôtres....

«Et maintenant il est parti, cet homme qui, « dans ces derniers temps , a marché dans l'esprit et «dans la vertu d'Elie, précurseur du grand jour, « digne émule du Baptiste. Nous ne le reverrons plus « avant la fin du monde. Comment ne nous écrie- « rions-nous pas avec Elisée, le Prophète : «Mon « père, mon père , chariot d'Israël et sa cavalerie ! » — « Saisissons, au moins, le manteau de ce second Elie, « et puisque sa personne nous est enlevée, recueillons « avec d'autant plus de soin le précieux héritage de « ses livres. Car , quoiqu'il ne vive plus parmi nous « selon le corps , il vit encore selon l'esprit , il vit «dans les nombreux écrits qui sont sortis de sa « plume. Peste du pape durant sa vie , il sera sa « mort après sa mort.

Considérons maintenant quelle a été sa fin. — Ce n'est pas d'hier , mes chers auditeurs , que notre « vénérable père a commencé à mourir. Déjà depuis

FUNÉilAlLLES. 295

«plus d'un ail il u'a fait que cela, pensant conslani- « ment à la mort , prêchant de la mort , parlant de « la mort, écrivant sur la mort. Souvent il suppliait « le Seigneur de l'enlever le plus tôt possible de ce « monde corrompu , étant las et rassasié de vivre. « Il le priait aussi , si telle était sa volonté , de ne <i le point laisser longtemps languir sur le lit de ma- « ladie. Combien de fois , gémissant sous le poids « d'un corps vieilli et épuisé de bonne heure par «une infatigable activité: «Je ne vivrai plus long- « temps , » s'écriait-il. Peu de jours encore avant sa « fin, il dit: « Si je tombais entre les mains du pape « ou de mes adversaires , et qu'ils voulussent me «tourmenter, ils ne le pourraient longtemps; car « telle est ma faiblesse que j'expirerais bientôt sous « leurs coups. »

Après avoir fait le récit des derniers moments de Luther : « Je suis entré dans ces détails , continua . «Cœlius, afin que nous apprenions aussi à nous «préparer à cette heure dernière, comme notre «fidèle docteur s'y est préparé. Car quoique nous « sachions tous qu'il nous faudra mourir , il n'en est « que peu qui s'y disposent sérieusement , et qui s'y « résignent avec foi. —

«Luther est mort. — Mais pourquoi, mes frères, « a-t-il fallu qu'il mourût en ce moment , alors pré- « cisément que nous avions le plus grand besoin de «son secours? — Quand Dieu fait mourir les pro- « phètes pour les rappeler à lui , c'est le plus souvent « un signe avant-coureur de grandes calamités. Dieu

« suspend ses châtiments pendant la vie de ses saints, « mais il donne cours à sa justice du moment où ils « ne sont plus. L'Écriture est là pour l'attester. Il est « donc bien à craindre que le Seigneur ne nous ait « enlevé son serviteur à cause de nos péchés. Car « nous , qui avons embrassé ses doctrines , nous con- « naissons, grâces à la Parole qu'il a remise au jour, « la volonté de l'Eternel ; mais nous marchons , hé- «las! dans les voies de nos propres désirs.... C'est « pourquoi , mes chers frères , ne négligez point cet «avertissement, et que tous ceux qui, jusqu'à ce «jour, ont vécu dans une fausse sécurité, rentrent « en eux-mêmes , qu'ils prennent à cœur la Parole « de Dieu , qu'ils se repentent , et qu'ils se détour- « nent de toutes leurs mauvaises voies! —

« Vous me demanderez peut-être quel est actuelle- « ment le sort et la condition de notre cher défunt? « — Et d'abord, quant au corps que nous voyons «là devant nos yeux, étendu sur la bièr^, il dort « d'un sommeil plus doux qu'il n'en a jamais goûté « durant sa vie ; et ce sommeil se prolongera jusce qu'au dernier jour. Il est à jamais délivré de tout « souci , de toute fatigue , de tout travail , de tout « danger. Il n'a plus à craindre ni pape , ni cardi- «nal, ni monde, ni diable.... Il est entré dans la «paix, et se repose dans sa cellule. Pendant leur « vie , ils dorment dans une chambre qui n'est pas «la leur, dans une maison étrangère où leur som- « meil est souvent troublé , et où ils sont à chaque «instant réveillés pour souffrir toutes sortes de tri-

« bulalions et de persécutions. Tel fut le sort de no- « tre véaérable père jusque dans les derniers jours «qu'il passa ici à Eisleben. On s'est empressé de «le bien traiter; mais il était dans une hôtellerie «étrangère, où il ne pouvait demeurer toujours. «J'avais élevé joyeusement mon cœur à Dieu, « nous disait-il un soir les yeux baignés de larmes , «et je le priais en regardant à travers la croisée, « lorsque je vis le diable, qui me contrarie dans tout «ce que je fais, ouvrir contre moi la bouche. Mais «Dieu sera plus fort que Satan; j'en ai la glorieuse « certitude ! » — Aujourd'hui tous ces tourments ont « cessé , et il a trouvé le repos et la paix dans sa cel- « Iule.

« Voici pour le corps que nous verrons ressusciter « au dernier jour en même temps que les nôtres, « semblable au corps dans lequel Christ sortit du sé- « pulcre au jour de la Pâque , plus beau que le soleil « lorsqu'il inonde un ciel pur de ses resplendissantes « clartés , plus rapide que la course de cet astre , plus « vigoureux qu'aucune créature. Mais quant à l'âme , « elle ne sommeille pas comme le rêvent quelques «visionnaires qui prétendent qu'elle ne se réveil- «lera qu'au jour du jugement. Eh quoi! elle n'a « pas dormi pendant qu'elle était enfermée dans le « corps comme dans une prison , et elle dormirait « maintenant qu'elle est délivrée de ses liens ! L'âme « n'a point été créée par Dieu pour dormir , mais «pour vivre, pour veiller, pour agir continuelle- « ment. Lors même que le corps sommeille , elle de-

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«meure en pleine jouissance de ses facultés, selon « que nous l'atteste la sainte Ecriture ( Luc XVI «22. Eccl. XII, 9. Lue XXIII, 43. Rom. XIY, s! « Apoc. VJ)..,.

« Et maintenant , dit Cœlius en terminant , prions « Dieu qu'il daigne envoyer à son Église un autre «prophète à sa place; et qu'il nous donne, après ( cet Elie, un Elisée qui ait de son esprit autant que « deux , et qui le rende au double à la Babjlone ro- «maine. Prions-le aussi qu'il nous éclaire par son « Saint-Esprit , qu'il nous donne l'intelligence de sa «Parole, et c[u'il nous fasse la grâce de couronner « par une fin heureuse une vie passée dans la foi et « dans la piété. Amen. »

Entre midi et une heure, le corps de Luther fut transporté hors d'Eisleben. Il était suivi par les comtes, et une grande quantité de peuple, qui faisait hautement éclater sa douleur. Dans tous les villages , par où passait le convoi , on faisait sonner les cloches, le monde accourait, et partout se manifestaient les signes non équivoques d'une profonde affliction. A cinq heures du soir , le cortège s'arrêta devant les portes de Halle. Les pasteurs de cette ville, le sénat, et les élèves des écoles, entonnant des cantiques de mort , se portèrent en cérémonie à la rencontre du cercueil. Ils étaient escortés d'une multitude de citoyens et de femmes , dont les pleurs et les gémissements venaient se mêler aux lugubres accords des hymnes religieuses. Les lues étaient tellement encombrées, qu'à tout instant on se voyait

obligé de s'arreler, et qu'on n'arriva à l'église de Notre-Dame qu'à sh heures et demie. Le temple était rempli de monde. On entonna le cent trentième Psaume : Du fort de ma détresse, « ou plutôt, dit Jonas, on le sanglotta d'une voix entrecoupée par la douleur. » Le cercueil fut déposé dans la sacristie où plusieurs bourgeois le gardèrent pendant la nuit. Le lendemain, à six heures, les autorités de la ville vinrent le reprendre pour l'accompagner jusqu'à la porte avec les mêmes cérémonies que la veille. Une députation envoyée par l'électeur vint le recevoir sur la frontière de ses Etats, et l'amena le même jour jusqu'à Kemberg.

Enfin , le lendemain , 22 février , le char funèbre s'arrêta devant Wittemberg, à la porte de l'Elster, où se trouvaient déjà réunis pour l'attendre toute l'université, le sénat et la bourgeoisie. A un signal donné, le cortège se mit en mouvement pour se rendre dans l'église du château, où on avait préparé la sépulture. Les ministres de la Parole et les élèves des écoles, chantant des hymnes chrétiennes , ouvraient la marche. Au devant du cercueil , s'avançaient les gentilshommes députés par l'électeur et les comtes de Mansfeld, formant une cavalcade d'environ soixante chevaux. Suivait le char funèbre. Derrière lui , dans une petite voiture, la veuve éplorée de Luther, entourée de quelques-unes de ses amies. Puis ses trois fils , leur oncle Jacques Luther , et plusieurs autres personnes de la famille, A la tête de l'université, sur laquelle le défunt avait jeté l'éclat de son grand

nom , marchait le recteur accompagné de quelques jeunes princes, comtes et seigneurs, qui faisaient leurs études à Wittemberg. Parmi les nombreux docteurs et professeurs qui suivaient, on distinguait les docteurs Biûck, Mélanchton, Jonas, Poméranus et Cruciger. A eux se joignaient les étudiants, des bourgeois, des femmes, des jeunes filles, des enfants en nombre immense, tous plus ou moins pénétrés du sentiment de la perte que le monde chrétien venait de faire. Jamais on n'avait vu foule pareille se presser dans les rues de Wittemberg, que le cortège traversa dans toute leur longueur.

Quand le convoi eut été introduit dans l'église, le cercueil fut placé vis-à-vis du banc pastoral. Des hymnes de mort furent entonnées , et Poméranus , pasteur de Wittemberg , monta en chaire. Il avait pris pour texte les paroles de St. Paul : 1 Thess. lY, 13 et 14. Profondément ému, il ne lui fut pas difficile de faire passer dans son sermon l'émotion dont il était pénétré, et que partageaient d'avance les milliers de personnes dont se composait son auditoire.

«Mes chers frères, dit-il, on m'a chargé de pro- « noncer l'oraison funèbre de notre bien-aimé père «feu docteur Martin Luther, et volontiers je m'ac- « quitte de cette tâche. Mais que dirai-je dans l'af- « fliction de mon cœur , et comment élèverai-je une « voix que la douleur rend incertaine et tremblante? « Et pourtant , qui vous consolera , si votre pasteur «reste muet? Hélas! où faut-il que je tourne mes

« regards ? Je ne sens que trop , que tout ce que je « pourrai dire , ne fera que redoubler vos pleurs et « ajouter à votre tristesse. Comment , en effet , nos « larmes ne couleraient-elles pas quand Dieu nous « afflige , et qu'il retire du milieu de nous l'homme « puissant qu'il nous avait envoyé dans sa miséri- « corde ! Mais le monde n'était pas digne de possë- « der plus longtemps ce cher homme de Dieu. Il ne «fallait pas qu'il souffrît davantage des calomnies « et des persécutions dont on l'accablait en retour « des bienfaits que le Seigneur dispensait par sa « main. Il est mort ; mais ses adversaires n'auront « pas lieu de s'en réjouir. Car si sa personne nous a « été ravie , la doctrine puissante , salutaire et divine « qu'il a remise au jour , vit avec force et efficace. « C'est lui que l'Apôtre St. Jean (Apoc. XIV, 6—8) « nous représente sous la figure de l'ange qui volait «par le milieu du ciel, portant l'Evangile éter- «nel, etc....

«Réjouissons-nous avec notre bien-aimé père, de « ce qu'après avoir rempli au milieu de nous la mis- « sion d'Apôtre et de Prophète , il ait rejoint mainte- « nant son Seigneur Jésus-Christ , pour vivi^e en sa « présence avec tous les saints patriarches , les Pro- « phètes , les Apôtres et le grand nombre de ceux à «qui il a lui-même prêché l'Evangile....

« Mais si nous craignons que Dieu ne nous l'ait « enlevé à cause de nos péchés et de noire ingrati- « tude , que cela nous engage à amender notre vie « par Jésus-Christ, et à prier Dieu notre Père céleste,

« de vouloir bien nous faire persévérer dans la salu- « taire et pure doctrine de la foi, et de nous proté- «ger par son Oint contre toute secte et tyrannie, et « contre toutes les portes de l'enfer.

«Oui, Seigneur Jésus, protège Ta pauvre chré- « tienté , afin qu'elle Te loue en toute éternité. Aide- «nous, Dieu notre Sauveur, et nous délivre pour la «gloire de Ton Nom. Pardonne - nous nos péchés à « cause de Ton saint Nom. Maintiens dans Ton Église «des ministres fidèles et dévoués, et donne- leur « force et puissance par Ton Esprit , selon la parole « du Psalmiste : « Le Seigneur a donné de quoi par- «1er. Les messagers de bonnes nouvelles ont été « une grande armée (Ps. LXVIII , 12) . »

Quand Poméranus fut descendu de chaire , Mélanchton prit à son tour la parole.

« Le docteur Luther , dit-il entre autres choses , a « remis à la lumière la vraie et pure doctrine chré- « tienne , laquelle avait été obscurcie dans plusieurs « de ses principes les plus essentiels. Il a enseigné « en quoi consiste la vraie repentance , et quelle est «la consolation assurée, véritable et constante des « cœurs et des consciences alarmées par la crainte « de la colère de Dieu. Il a expliqué la doctrine de «St. Paul, qui déclare que l'homme ne peut être «justifié devant Dieu que par la foi. Il a établi avec «une admirable précision la distinction qu'il faut « faire entre la Loi et l'Evangile , entre la justice spi- « rituelle et la piété extérieure. 11 nous a détournés « de l'invocation de ces images et idoles de bois et

« de pierre, de ces hommes morts , de ces saints tré- « passés, qu'adorent et qu'implorent jusqu'à ce jour, «dans leur déplorable aveuglement, la grande « masse des impies. 11 n'a cessé de diriger , au con- « traire, notre confiance vers Christ, qui est notre « unique Médiateur , le Fils de Dieu , assis à la droite « du Père , qui intercède pour nous. Il s'est appli- « que avec un zèle constant à nous montrer quelles « sont les véritables bonnes œuvres qui plaisent à «Dieu.... Aussi tous les cœurs pieux et chrétiens ne «cesseront -ils de bénir l'Eternel en toute éternité « des bienfaits signalés qu'il a dispensés à son Eglise « par son fidèle serviteur.

«Plusieurs personnes, et même des personnes « bienveillantes , ont trouvé que le docteur Luther « avait été souvent trop rude et trop acerbe dans ses « écrits. C'est là un point que je ne débattrai pas. «Je ne veux, à cet égard, ni l'excuser, ni le louer. « Pour toute réponse , je me bornerai à citer ces «. paroles d'Erasme : « Que Dieu , pour arrêter la vio- « lence du mal et la croissante épidémie qui régnait «dans ces derniers temps, a envoyé un médecin « rude et déterminé. » D'ailleurs , tous ceux qtii l'ont « connu dans l'intimité , et qui étaient souvent au- « tour de sa personne , ne pourront nier qu'il n'ait « été d'un caractère extrêmement doux. En société , « il était affable , bon et plein d'aménité ; il n'avait « pas l'humeur querelleuse ; il ne s'emportait point « dans la conversation ; il était sans arrogance et sans «entêtement: et, toutefois, il y avait dans toutes

«ses paroles et dans ses moindres gestes quelque- « chose de grave et de sérieux , de martial , dirai-je , « qui convenait parfaitement à un homme tel que «lui. Son cœur était plein de loyauté; la grâce dé- « coulait de ses lèvres ; toutes les choses qui sont vé- « ri tables, honnêtes, justes, pures, aimables et de « bonne réputation, se trouvaient en lui. Ceci prouve « que la véhémence , avec laquelle , dans ses écrits , « il combattait les ennemis de la pure doctrine , pro- « venait uniquement du grand zèle dont il était « animé pour la cause de la vérité , et non d'aucune « disposition haineuse et méchante. Qui d'entre « nous oserait lui refuser ce témoignage ? Quel «homme qui l'a connu hésiterait à le confirmer?

« Quant à sa conduite , elle a été constamment « pure de tout vice et de toute souillure. Jamais on « ne l'a entendu pousser les gens à la révolte , ni à la «désobéissance. Toujours, au contraire, il prêchait «la paix et l'union, et il y contribuait lui-même « puissamment. Il ne mêlait point ses querelles per- « sonnelles , ni celles des autres , aux affaires de la «religion. Il n'avait pas recours à l'intrigue pour « augmenter son influence ni celle des siens. Une « vertu si rare , une sagesse si extraordinaire ne pou- « vait être le produit de ses seuls efforts : c'était une « œuvre de la grâce divine , seule capable de retenir « dans les bornes de la modération un homme d'un «caractère aussi bouillant, vif et impétueux, que le « sien l'était naturellement.

« Il serait trop long d'énuraérer toutes les excel-

« lentes qualités qui le distinguaient. Je n'en rappor- « terai que quelques-unes. — Que de fois l'ai-je sur- «pris moi-même, faisant ses prières poLir l'Eglise « avec une ardente dévotion , et en versant des larmes «.brûlantes! Car tous les jours il consacrait unecer- « taine portion de son temps à la récitation de quel- « ques Psaumes , auxquels se mêlaient ensuite ses « propres prières , ses soupirs et ses pleurs. Il blâ- « mait ceux qui , par indolence ou sous prétexte d oc- « cupations trop nombreuses , prétendent qu'il suf- «fit d'invoquer Dieu par quelques courts soupirs. « En effet, disait-il, pourquoi Dieu nous a-t-il donné « dans ja Parole des modèles de prières , si ce n'est « pour qu'en les lisant et les récitant , nos cœurs en «soient touchés et réveillés, et que notre bouche « professe le Dieu que nous adorons ? — Aussi , «quand des dangers pressants exigeaient une « prompte résolution, le voyait-on déployer un cou- « rage et une force admirables. Il n'était pas l'homme « qu'un peu de bruit effrayait. Aucune menace , au- « cun péril , aucune terreur ne le jetait dans l'épou- « vante : car sa confiance s'appuyait sur le secours et « l'assistance de Dieu , comme sur un roc inébran- « lable ; et rien ne pouvait arracher cette confiance «de son cœur. — Il était, en même temps, doué « d'une étonnante sagacité. Dans toutes les affaires «difficiles et épineuses, il était le premier à donner «son avis, et toujours son conseil était trouvé le «meilleur. — Quant à son éloquence, ses livres et « ses écrits en rendent témoignage. On n'a qu'à les

« lire pour se convaincre qu'il mérite d'occuper une «place distinguée parmi les orateurs les plus cé- « lèbres.

« Quand la mort nous enlève un homme pareil , « remarquable , autant par la puissance de son gé- «nie, que par sa vaste érudition; riche de toutes * les expériences d'une longue lutte, doué des vertus «les plus éminentes du christianisme, instrument « choisi par Dieu pour réparer les brèches de son « Église , notre père à nous tous : ah certes ! les « larmes sont permises , et la douleur est légitime. « Nous pleurons autour de sa tombe comme de pau- « vres et misérables orphelins qui auraient perdu le «meilleur des pères. Mais si nous menons deuil « quant à nous , nous devons , quant à lui , bénir «Dieu, et nous réjouir de la communion éternelle «et bienheureuse, dans laquelle il est entré avec « Dieu et le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, (i et avec les saints patriarches , les Prophètes et les « Apôtres.

«ODieu tout -puissant, dit l'orateur en termi- « nant , Père éternel de notre Seigneur et Sauveur « Jésus-Christ , qui T'es , de concert avec ton Fils uni- «que Jésus-Christ et le Saint-Esprit, créé et choisi «une Eglise éternelle; qui es le seul sage, plein de «bonté, miséricordieux, un juste juge, fidèle, fort « et puissant pour faire ce qui ïe plaît : nous Te « rendons grâces de ce que , du sein du genre hu- « main , Tu rassembles à Ton Fils une Eglise , pour «lui être un héritage à perpétuité; de ce que Tu

« maintiens au milieu de nous le ministère ëvangé- « lique, et de ce que Tu l'as rétabli dans nos temps « par Ton fidèle serviteur, Martin Luther. Nous Te «supplions aussi de conserver et de gouverner en «tout lieu, et de siècle en siècle, Ton Eglise; de « sceller en nos âmes la vraie et pure doctrine , et «d'embraser nos cœurs des feux de Ton Saint-Es- « prit, afin que nous T'invoquions en vérité, et que « nous réglions et accomplissions notre vie selon Ta « Parole et Ta volonté. Amen. »

Quand Mélanchton eut fini de parler, quelques maîtres-ès-arts s'approchèrent du cercueil pour le déposer dans la sépulture. Là repose maintenant , dans l'église du château de Wittemberg, et non loin de la chaire où sa puissante voix avait si souvent retenti devant électeurs, princes et peuple, le corps du docteur Luther. « Il faut que le grain de froment meure, après avoir été jeté dans la terre; mais ce qui est semé infirme , ressuscitera plein de gloire. »

Une simple plaque de laiton désigne la place où gisent ses ossements.

«J'ai cru , c'est pourquoi j'ai parlé.» (Ps. ex VI, 10.)

Ajouter à la vie de Luther sa confession de foi, pourrait sembler chose superflue. Car toute la vie de cet homme, qu'a-t-elle été sinon une continuelle confession de foi , sinon un solennel et énergique témoignage en faveur des doctrines fondamentales du christianisme? C'est en invoquant le nom de Christ qu'il est descendu dans l'arène , c'est en l'invoquant qu'il a combattu , c'est en l'invoquant qu'il est mort. Qu'est-il besoin de dire après cela, qu'il croyait à la corruption de la nature humaine , à la nécessité d'une rançon, à la vertu expiatoire du sang de Christ, à la divinité du Sauveur, à tout l'ensemble enfin des dogmes qui constituent le système orthodoxe?

Et pourtant il est bon de rappeler en termes explicites, sa profession de foi. Il est bon d'opposer à ceux qui en appellent du Luther du seizième siècle, à Luther mieux informé par les lumières de notre âge, les déclarations formelles du Réformateur. 11 est bon de leur dire , que celui qu'ils outragent , sous prétexte de l'honorer, prévoyant ce qui se

passe aujourd'hui, a protesté d'avance contre les perfides éloges que lui décernent les ennemis de la croix.

Non, il n'est pas vrai, que Luther, aujourd'hui, tiendrait un langage différent de celui qu'il a tenu il y a trois siècles. Il n'est pas vrai que le champiou de la Parole inspirée de Dieu se ferait , à notre époque, le champion d'une raison orgueilleuse que le péché a corrompue. Il n'est pas vrai que celui qui a attaqué le papisme en se plaçant sur le terrain de la justification par la foi , se mettant à la tête des détracteurs de l'Evangile , renverserait l'édifice, à l'établissement duquel il a dévoué toutes ses forces. Il n'est pas vrai , que l'homme , à qui Dieu a donné, comme à peu d'autres, de comprendre la profondeur du mystère de la Rédemption , eût jamais attaché son nom à une doctrine, qui n'a à nous offrir pour toute consolation que les arides raisonnements de l'intelligence humaine. — Le prétendre, c'est abuser de la crédulité des simples.

Nous serions bien curieux, en effet, de connaître les nouvelles lumières, les nouvelles découvertes, les nouvelles preuves , en faveur desquelles on affecte de penser que Luther aurait abdiqué des convictions acquises au prix de longs combats, mûries par de nombreuses expériences, et passées au creuset d'un génie aussi vaste que profond î — Quelques progrès faits dans l'exégèse , dans les sciences historiques et naturelles, ne changent rien, ni à la corruption de la nature humaine, ni à la justice de

Dieu, ni aux besoins de notre àme pécheresse et avide de salut; et c'est chose puérile que de se targuer de quelques enrichissements du dictionnaire , de quelques découvertes de syntaxe , de quelques ternies nouveaux introduits dans le langage de la philosophie, pour faire regarder la foi de Luther comme un système suranné, dont il serait le premier à rougir, s'il vivait encore aujourd'hui. Quoi qu'on dise, les théories des modernes incrédules n'ont pas le mérite de la nouveauté. L'hérésie est aussi vieille que le péché. Elle était née du jour où l'homme a dit : « Soyons comme des dieux ! » Elle se reproduit dans tous les systèmes qui se sont écartés de la Parole écrite de Dieu, pour y substituer, tantôt la tradition , tantôt les lois suprêmes de la raison, aujourd'hui les prétendues illuminations du Saint-Esprit, et demain les maximes du bon sens. Luther, sans avoir devant lui toutes les formes qu'elle a revêtues et qu'elle revêtira encore dans la suite des temps, en connaissait à fond la substance, et c'est à bon escient qu'il a préféré la folie de Dieu à la sagesse des hommes.

Qu'on cesse donc d'insulter à ses cendres, et que ceux qui ne veulent point adopter sa foi , ne prétendent pas faire passer sous son patronage les inventions humaines qu'ils ont mises à la place de l'Évangile ! C'est à nous qui professons le salut par la grâce, qu'il appartient de revendiquer le nom et l'autorité de Luther , non que nous pensions que la vérité de Christ ait besoin d'aucun témoignage

d'homme, mais parce que l'Esprit de Dieu lui-même l'a placé dans nos rangs, l'a mis à notre tête pour porter devant nous la bannière de la foi ëvangélique.

Qu'il parle donc du fond de sa tombe, et que celui qui a des oreilles, écoute!

«Voyant, dit-il, que les sectes et les erreurs se multiplient, et que Satan ne cesse d'exercer contre nous sa rage et sa fureur; considérant que les sacramentaires et les anabaptistes ont dans le temps abusé de mon nom et de mes écrits , pour les faire servir d'appui à leurs hérésies; et craignant que d'autres n'imitent leur exemple durant ma vie ou après ma mort : j'ai résolu de mettre par écrit article par article , et de testifier devant Dieu et devant le monde entier, la foi que je professe, et dans laquelle j'ai rintention de persévérer jusqu'à ma fin , pour, s'il plait à Dieu , en icelle mourir et comparaître devant le tribunal de notre Seigneur Jésus- Christ. Car il se pourrait faire qu'après ma mort quelqu'un vmt dire: a SI Lut lier vivait de nos jours ^ il professerait sur tel ou tel article une opinion et une doctrine différente de celle qu'il a enseignée en son temps y et qu'il n avait pas assez mûrement méditée. » — Or, à rencontre de toute semblable assertion, je déclare, aujourd'hui comme alors et alors comme aujourd'hui, que j'ai très-attentivement considéré tous ces articles , les comparant et les recomparant avec le texte des saintes Écritures, et que je suis prêta les défendre envers et contre tous, comme je viens de

faire à l'égard du sacrement de l'autel. Je ne suis pas ivre, ni inconsidéré. Je sais ce que je dis, et n'ignore pas qu'il faudra que j'en réponde au jour du jugement dernier, quand notre Seigneur Jésus- Christ viendra. Qu'on ne traite donc point mes paroles de plaisanterie , et qu'on n'en dénature pas le sens par de méchantes interprétations , vu que je parle le plus sérieusement du monde. Hélas ! Je connais, par la grâce de Dieu, la malice de Satan. S'il a réussi à embrouiller et à pervertir le sens de la Parole et de l'Ecriture de Dieu, comment respecterat-il davantage ma parole ou toute autre parole d'homme.

«Et d'abord, je crois de tout mon cœur l'adorable article de la Majesté divine, portant, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, en trois personnes distinctes, ne sont qu'un seul et même Dieu, véritable, réel , vivant et vrai , Créateur du ciel et de la terre; et rejette les erreurs des Ariens, des Macédoniens, des Sabelliens et autres hérétiques (Gen. Ij, professant, à cet égard, la doctrine enseignée jusqu'ic; dans l'Eglise romaine et dans toutes les Eglises chrétiennes du monde.

« En second lieu , je crois et sais , que l'Ecriture nous enseigne , que la personne moyenne en la Divinité , savoir le Fils, a seul été fait vrai homme , conçu du Saint-Esprit et non engendré d'aucun homme, né de la pure et sainte Vierge, sa vraie et naturelle mère, selon que St. Luc (I, 26) le rapporte clairement, et que les Prophètes l'avaient annoncé:

d'où il s'ensuit que ce n'est point ni le Père ni le Saint-Esprit qui s'est fait homme, comme ont enseigné quelques hérétiques.

«Je crois aussi, que Dieu le Fils n'a pas revêtu un corps sans âme (comme ont voulu dire quelques hérétiques), mais qu'il a eu une véritable âme, adoptant la nature humaine en son entier, et qu'il est la vraie semence ou enfant promis à Abraham et à David, né de la vierge Marie, vrai homme en tous points et sous tous les rapports , semblable à moi et à tout autre (Hébr. YII , 26) , si ce n'est en tant qu'il a été conçu sans péché d'une vierge, par la puissance du Saint-Esprit.

« Confessant , que cet homme est en même temps le vrai Dieu, étant Dieu et homme en une seule personne éternelle et inséparable , en telle sorte que Marie, la sainte Vierge , est la mère propre et véritable, non -seulement de V homme Christ comme l'enseignent les Nestoriens, mais du Fils de Dieu, selon les Paroles de Luc (I, 35) : « Le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu ; » c'est-àdire que mon Seigneur et le Seigneur de tous, Jésus-Christ, est le fils unique et véritable de Dieu et de Marie, vrai Dieu et vrai homme.

« Je crois, que ce Fils de Dieu et de Marie, notre Seigneur Jésus-Christ , a souffert pour nous pauvres pécheurs, a été crucifié, est mort, a été enseveli, pour nous sauver par son sang innocent du péché, d€ la mort, et de la colère éternelle de Dieu; que, le troisième jour, il est ressuscité des morts, et qu'il

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s'est assis à la droite de Dieu , le Père Tout-Puissanl , étant le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois, élevé au-dessus de toutes les créatures, qui sont dans le ciel, sur la terre et sous la terre, maître de la mort et de la vie , du péché et de la justice.

«Car je confesse, et puis prouver par la sainte Ecriture, que tous les hommes sont issus d'un seul et même Adam , qu'ils ont hérité de lui et apportent avec eux en naissant la chute , coulpe et péché , que ledit Adam a commis dans le paradis par méchante séduction du diable; et qu'étant ainsi nés dans le péché, ils seraient obligés d'y vivre, dy mourir, et de subir la mort éternelle , si Jésus-Christ n'était venu à notre secours, se chargeant de notre coulpe et péché comme un pauvre et innocent agneau , l'expiant par ses souffrances , et intercédant journellement pour nous en sa qualité de fidèle et miséricordieux Médiateur, Sauveur, unique Pontife et Evêque de nos âmes.

« Je rejette donc , et condamne comme erronée , toute doctrine qui prise la liberté de notre volonté, d'autant qu'elle tend à infirmer la nécessité de la rédemption et des grâces que notre Seigneur Jésus- Christ nous a acquises. Car comme , tant que nous sommes hors de Christ, la mort et le péché sont nos maîtres, et le diable notre dieu et roi, il ne peut y avoir en nous puissance, ni sagesse, ni intelligence , capables de nous conduire à la justice et à la vie; nous sommes, au contraire, aveuglés el captifs, asservis au diable et au péché, pour faire et

penser ce qui leur plaît, et ce qui est contraire à Dieu et à ses saints commandements.

«Je condamne par conséquent les Pélagiens, tant modernes qu'anciens, qui disent le péché originel n'être pas péché , mais seulement infirmité et vice de la nature humaine. Car comme la mort passe sur tous les hommes , il est évident que le péché originel doit être , non une simple infirmité et défaillance, mais un véritable et énorme péché, selon que St. Paul dit : « Le salaire du péché , c'est la mort (Rom. VI , 23) ; » et ailleurs : « L'aiguillon de la mort, c'est le péché (1 Cor. XV, 56) . » Et David dit: «Voilà, j'ai été formé dans l'iniquité, et ma mère m'a échauffé dans le péché (Ps. Lï, 7). » Il ne dit pas : « Ma mère m'a conçu en péchant ; mais moi , moi, moi je suis né de semence pécheresse, et ma mère m'a échauffé i/<2/is l'iîiiguitéj, «c'est-à-dire, selon le sens du texte hébreu, j'ai crû dans le ventre de ma mère de semence pécheresse.

«En troisième lieu, je crois au Saint-Esprit, seul vrai Dieu avec le Père et le Fils , et procédant éternellement du Père et du Fils , quoiqu'étant une personne distincte en l'Essence et nature divine. Par lui, comme étant un don et présent vivant , éternel et divin, tous les fidèles sont illuminés en la foi et enrichis de toutes sortes de dons spirituels , ressuscites de la mort, affranchis du péché, comblés en leur conscience de joie et d'assurance, de paix et d'allégresse. Car, voici la consolation dont nous jouissons lorsque nous sentons dans nos cœurs le

témoignage de cet Esprit , c'est que Dieu veut être notre Père, nous pardonner nos péchés, et nous donner la vie éternelle.

« Telles sont les trois Personnes en un seul Dieu , lequel s'est donné lui-même entièrement à nous tous, avec tout ce qu'il est et possède. Le Père se donne à nous avec ciel et terre et toutes les créatures , pour qu'elles nous servent et concourent à notre bien. Mais ce don ayant été obscurci , et nous étant devenu inutile par la chute d'Adam, le Fils aussi s'est donné à nous par après, a mis au service de notre salut toutes ses œuvres, sa passion, sa sagesse et sa justice, et nous a réconciliés au Père , à cette fin que nous fussions réintégrés en vie et en justice , et que nous pussions connaître et posséder le Père avec ses dons.

« Mais comme cette grâce ne serait profitable à personne , si elle nous demeurait cachée et inaccessible, le Saint-Esprit à son tour vient se donner à nous dans toute sa plénitude. C'est lui qui porte à notre connaissance les mérites de Christ, nous les démontre et enseigne , nous aide à les recevoir et conserver, à les approprier à notre usage et à les distribuer, à les augmenter et accroître. Il opère cela en nous, intérieurement et extérieurement : intérieurement ^ par la foi et autres dons spirituels; extérieurement ^^^àv la prédication de l'Evangile, parle baptême et le sacrement de l'autel , par lesquels, comme par autant de voies et moyens, il vient à nous , appliquant à notre usage et pour le service de notre salut , la passion de notre Seigneur Jésus-Christ.

« C'est pourquoi j'estime et crois que , comme il n'y a qu'un seul ÉYangile et un seul Christ, de même il n'y a aussi qu'un seul baptême : lequel baptême est en soi une institution divine, tout comme est l'Évangile. Et comme l'Évangile n'est faux , ni chose mauvaise , encore que quelques-uns s'en servent mal, l'enseignent mal, ou n'y croient point : si aussi , le baptême n'est-il ni faux ni chose mauvaise, encore que quelques-uns le recevraient ou l'administreraient sans foi, ou en abuseraient de toute autre manière. Et suivant cela, je rejette et condamne du tout la doctrine des anabaptistes, donatistes , et ceux qui leur ressemblent.

« De même je dis et confesse à l'égard du sacrement de l'autel, qu'on y mange et boit en sa bouche, dans le pain et dans le vin, la chair et le sang du Seigneur : encore que les prêtres qui l'administrent , ou ceux qui le reçoivent , n'y croiraient pas, ou en mésuseraient en quelque manière que ce soit. Car si est-il que sa vertu ne dépend pas de la foi ni de l'incrédulité des hommes , mais qu'elle repose sur la Parole et l'ordre établi par Dieu. Il faudrait donc, pour qu'il en fut autrement, qu'on changeât et altérât la Parole et l'ordre de Dieu , comme font les sacramentaires , lesquels n'ont en réalité que du pain et du vin, puisqu'ils n'ont point les Paroles ni l'ordre institués par Dieu , les ayant pervertis et changés selon leurs propres fantaisies.

« Je crois ensuite qu'il y a sur la terre une sainte Église chrétienne , c'est-à-dire la congrégation, mul-

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titude ou assemblée de tous les Chrétiens par toutes les parties du monde , l'unique épouse de Christ et son corps spirituel , duquel il est le chef unique , les évêques ou pasteurs n'en étant point les chefs , ni seigneurs , ni époux , mais simplement les serviteurs, les amis, et (comme l'indique le nom d'évêque) les surveillants, inspecteurs ou préposés.

«Cette chrétienté ne se trouve point renfermée dans l'Eglise romaine ni sous le pape ; mais elle est répandue par toutes les parties de la terre, selon que les Prophètes ont annoncé que l'Évangile ira jusques aux bouts du monde (Ps. II, Ps. XIX, 5) : tellement , que la chrétienté se trouve , quant à ses membres, dispersée partout, sous le pape, parmi les Turcs, les Perses et les Tartares, et que, ce nonobstant, elle est unie spirituellement dans un seul Évangile et dans une même foi , jsous un chef unique qui est Jésus-Christ.

« Et dis , que dans cette chrétienté et en tout lieu où elle se trouve, il y a pardon des péchés, c'est-àdire un royaume de grâces et de vraies indulgences. Car en cette chrétienté sont l'Evangile, le baptême, et le sacrement de l'autel , pour y offrir, chercher et recevoir le pardon des péchés: — Christ y est, et Dieu et son Esprit. Et hors elle, il n'est point de salut, ni pardon des péchés , mais au contraire mort éternelle et damnation , en telle sorte que , quand même il y aurait grande apparence de sainteté et multitude de bonnes œuvres, on n'en serait pas moins perdu. Néanmoins ne doit-on pas s'attendre à recevoir le

pardon des péchés par une seule fois , comme dans le baptême par exemple, selon qu'enseignent les Novatiens; mais on le reçoit aussi souvent que besoin il y a jusqu'à la mort.

« Finalement je crois la résurrection de tous les morts au dernier jour, tant des bons que des méchants, pour chacun y recevoir en son corps ce qu'il a mérité, et ainsi les bons vivre éternellement en Christ, et les méchants mourir éternellement avec le diable et ses anges, car je ne suis pas de l'avis de ceux qui enseignent que les diables aussi parviendront , à la fin , à la félicité.

« Telle est la foi que je professe. Car ainsi croient tous vrais Chrétiens, et ainsi enseigne la sainte Ecriture. Quant aux articles que j'ai omis ici, mes livres y peuvent suppléer, particulièrement ceux que j'ai publiés dans les quatre ou cinq dernières années. Et prie toutes âmes pieuses de me servir de témoins de ma foi , et de prier pour que j'y demeure ferme jusqu'à ma fin. Car si — ce qu'à Dieu ne plaise! — en tentation ou en danger de mort , il m'arrivait de dire différemment, il n'en faudrait pas tenir compte , mais le regarder comme faux et inspiré du diable. — Que mon Seigneur et Sauveur Jésus- Christ me soit en aide. A lui soit louange éternellement! Amen.

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