‹ Vie de Martin LutherChapitre 30 sur 31 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

«Souvenez-vous de vos conducteurs, «qui vous ont annoncé laParole de Dieu, « et imitez leur foi, considérant quelle a «été l'issue de leur vie.»

(Fé6r. XIII,7.)

Trois siècles vont être écoulés depuis que Dieu a rappelé à lui Luther , le grand apôtre et prophète de l'Eglise régénérée ; mais le temps n'a pu nous ravir les fruits de son œuvre , et nous jouissons jusqu'à ce jour des bénédictions dont le Seigneur a daigné couronner ses efforts.

« Elle est encore debout , dit un ami de l'Evangile , l'Eglise que Dieu a réédifiée par la doctrine du salut par la foi seule ^ objet constant des prédications de Luther. Elle se maintient sur l'antique fondement de la Parole , fondement posé dès le commencement, plus tard abandonné et rejeté, mais en ces derniers temps rétabli par Luther, savoir sur les promesses de l'Evangile de la grâce. Ni les orages et les sanglantes persécutions du dehors , ni la trahison des ennemis qu'elle nourrissait dans son propre sein, ne l'ont pu ébranler. Les persécutions n'ont servi qu'à prouver qu'elle est assise sur le rocher des siècles. Et quant aux faux docteurs qui s'ef-

forçaient, et qui s'efforcent encore, de substituer à la Parole de Dieu les imaginations du cœur humain , la plus désolante incrédulité aux richesses de la foi : l'avenir leur apprendra de plus en plus qu'ils font une œuvre qui les trompe. Sur toute l'étendue de l'Église évangélique , une vie nouvelle et forte se manifeste. La trahison est reconnue. Partout on s'occupe de réparer les brèches qu'elle avait faites à l'ombre de ses perfides réticences. On se ressouvient de Luther, on relit ses écrits, on réimprime ses livres. Et quoique depuis longtemps des rangs de l'Église militante il soit entré dans ceux de l'Église triomphante, sa puissante influence n'est point demeurée étrangère à la salutaire réaction que nos jours verront s'accomplir. » -

Luther sera toujours cher à ceux qui aiment la Parole de Dieu. Car, au mérite d'avoir brisé les chaînes où l'Église romaine la tenait enfermée , et de l'avoir mise à la portée de tous , il a su joindre celui de se soumettre à ses décisions avec une abnégation de soi-même, avec une humilité et un respect qu'on ne saurait trop recommander à tous ceux qui cherchent sérieusement la vérité de Dieu. Personne peut-être n'a pénétré plus avant dans l'intelligence de la Bible, personne n'en a plus purement rendu l'esprit, parce que personne ne craignait plus que lui de substituer des opinions humaines aux oracles divins. C'est à cause de cette fidélité que Dieu lui a dispensé de si grands dons, de si grandes gloires , une si grande autorité dans

son Église; car on ne craint pas de se rallier autour d'un homme qui s'efface lui-même devant la Parole de son Dieu.

Quant à ceux qui , nageant avec le torrent de l'opinion , et fondant leur espoir sur une religion qu'ils se sont faite à eux-mêmes, ont en horreur la salutaire lumière de cette divine Parole, nous concevons sans peine les restrictions qu'ils mettent à leur admiration , et nous ne sommes point effrayés de ces ténèbres du moyen âge, ni de ce dogmatisme roide et étroit dont ils prétendent reconnaître les traces dans les convictions religieuses de Luther : le blâme est un éloge dans certaines bouches. Mais ce qui nous afflige , c'est l'aveuglement de tant de personnes qui se sentent à l'aise dans les froides et ténébreuses cavernes que l'orgueil humain s'est creusées , et qui , repoussant le salut en Christ et les consolations que l'Evangile leur offre , se privent eux-mêmes des glorieuses clartés , des joyeuses assurances, des précieuses prérogatives, dont il ne tiendrait qu'à eux de jouir au sein de l'Eglise évangélique. 11 est impossible que l'incrédulité ne porte des fruits amers , tant pour la société que pour les individus. Une fois qu'on se met à arracher des institutions qui régissent les hommes, la pierre angulaire qui s'appelle Christ , il n'y a plus rien qui les soutienne. La sagesse humaine peut replâtrer les brèches pour quelque temps : elle ne les peut réparer pour toujours. Tôt ou tard son impuissance se décèle, et tout ce qu'elle a produit, s'engloutit dans l'abîme.

Toute œuvre humaine périt, toute plante que le Père n'a point plantée sera arrachée : mais celui qui a bâti sa maison sur le rocher des siècles , ne sera pas déçu dans ses espérances. Car l'œuvre du rocher est ferme , et la Parole de Dieu subsiste quand même le ciel et la terre passeraient. Puissent y réfléchir ceux qui n'aspirent point seulement à vivre de la vie du moment, mais qui désirent, après les rêves de la terre, entrer dans le royaume de la gloire éternelle , afin qu'ils s'empressent d'échangei' le désert d'un monde incrédule contre le paradis de la Foi î Sur l'horizon de cet Eden , dont Christ est le soleil, ils verront briller parmi les étoiles du premier ordre ce Luther, dont personne, ce nous semble, ne peut étudier la vie, le caractère et l'œuvre , sans se sentir attiré vers lui par une irrésistible pente. Son âme est auprès de Celui qu'il avait aimé sur la terre , en faiblesse, mais dans toute la sincérité d'une cordiale affection : son nom doit rester parmi nous, entouré de respects et d'hommages. Non , il ne faut pas que nous oubliions cet apôtre de Christ , dont toute la vie nous prêche si hautement la grâce et la miséricorde de Dieu. Il ne faut pas que nous oubliions celui qui a annoncé à son siècle , et qui annonce de nouveau à la génération présente l'Évangile de la rédemption d'un monde pécheur par Jésus-Christ. Il ne faut pas que nous l'oubliions, cet homme qui réunissait en lui le zèle d'Élie et la charité de St. Jean , qui tantôt élevait contre la corruption de son siècle la voix

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