X AVANT-PROPOS
d'esprits étroits et mondains, frivoles et vaniteux, qui détestent toute contrainte, qui repoussent toute autorité, et qui ne se sentent à l'aise que dans le libre exercice de leurs facultés animales ! — Sans doute Luther a attaqué , et fortement attaqué, les abus de l'Église romaine; il n'a ménagé ni l'institution du jeûne, ni le célibat des prêtres, ni les vœux monastiques , ni les scandales de la pénitence ; mais il ne l'a fait qu'après s'être convaincu que toutes ces choses sont contraires à la Parole de Dieu , et non pour s'affranchir lui-même d'une gêne incommode, — Il est vrai encore qu'il a fait au pape une guerre à toute outrance. Mais ce n'est pas par là qu'il a débuté; ce n'est pas à son chef qu'il en voulait , mais à l'adversaire déclaré de Christ , mais à l'usurpateur du trône de son Maître, mais, pour nous servir de son énergique langage, à l'Antéchrist, fauteur de toute erreur et de toute hérésie. Et telle était la profonde humilité de son cœur, qu'il a dû passer par les luttes intérieures les plus pénibles, avant d'avoir pu se résoudre à secouer, par obéissance pour Dieu, les habitudes de soumission dans lesquelles il avait grandi. Car s'il voulait la liberté, s'il haïssait le despotisme, c'était la liberté des enfants de Dieu , c'était le despotisme du péché. Quant à la licence, quant à l'esprit de sédition, quant à la démagogie religieuse et civile, ses écrits montrent assez combien il réprouvait ces impurs produits de l'orgueil humain. Représenter la révolution de 89 comme une conséquence et comme un développement de la Réforme, mettre les auteurs de la déclaration des droits de l'homme sur la même ligne que Luther, faire des libéraux de nos jours les continuateurs de son œuvre : ce serait à la fois, qu'on nous permette de le dire, une odieuse profanation et un sanglant outrage.