‹ Vie de MaupertuisChapitre 7 sur 18 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

DE MAUPERTUIS AU ROI

10 avril 1747.

Sire,

Des trois choses que j'ai trouvées dans le pa? quet de Y. M., la première me remplit d'admira-

1 Probablement les Mémoires de Brandebourg, lus le 1er juin suivant. (Is. A.)

— SWtion, et les deux autres me pénètrent de reconnaissance. Je vous ai voué, Sire, depuis longtemps mon esprit et mon cœur. Mais chaque jour j'ai de nouvelles raisons pour sentir combien ils vous appartiennent. Si les rubans de toutes les couleurs, dont la plupart des souverains affublent au hasard bien des épaules, ne sont qu'une espèce de fumée, ceux que V. M. donne sont bien différents ; ils sont les marques de sa bienveillance et de son estime ; et je ne connais rien d'aussi précieux.

Il en est de même, Sire, de la recommandation que Votre Majesté a bien voulu m' accorder pour mon frère; elle tire son plus grand prix de la bonté que vous voulez bien témoigner pour nous. Mais elle sera sûrement suivie de l'effet, puisque M. Boyer s'est avancé au point de dire à M. Le Chambrier; que le Roi son maître lui cvait fait connaître sa volonté d'obliger V. M. J'espère que deux rois tels que Fédéric et Louis obtiendront quelque chose de cet intraitable prélat, pourvu que M. Le Chambrier le somme de sa parole dans le temps de la nomination aux bénéfices.

Je serais déjà parti pour aller rendre mes actions de grâces à V. M., si je n'eusse pensé que je lui fais mieux ma cour en me trouvant à l'assemblée et au comité de l'Académie, qui se tiendront jeudi et vendredi, où se doivent régler plusieurs affaires scientifiques et économiques. Les deslins de cette compagnie ne sont plus incer-

tains, puisque Y. M., non contente de l'avoir formée et d'en être le protecteur, veut bien en faire l'ornement par les pièces dont elle daigne l'enrichir. C'était la manière la plus sûre de la rendre supérieure à toutes les Académies de l'Europe.

DU ROI A MÀUPERTUIS.

(Mai 1747.)

Envoyez-moi promptement tout ce que vous avez recueilli sur Keyserlingk. Je ne suis pas en peine de peindre son âme et de narrer la meilleure partie de sa vie. Mais il me faut des dates. Ce sont des points d'appui nécessaires. Adieu. Conservez-vous avec le plus grand soin, si vous voulez me faire plaisir.

PE MAUPERTUIS AU BOï.

17 mai 1747.

Sire,

Voici quelques matériaux pour l'éloge de M. Keyserlingk, que j'ai rassemblés, mais que V. 31. mettra en œuvre et en valeur, si elle daigne en prendre la peine. J'y joins l'éloge de M. Du Han, que M. Formey m'a envoyé, sur lequel je supplie Votre Majesté de vouloir bien jeter les yeux. L'Académie ose vous traiter comme un de ses membres, et comme celui sur les lumières duquel elle compte le plus.

DE MAUPERTUIS AU ROI

26 mai 1747.

Un de vos régiments demande encore un coup d'œil de V. M.. C'est l'Académie des sciences,

qui prend la liberté de la consulter sur le sujet de littérature qu'elle doit proposer pour le prix de Tannée prochaine. J'ai l'honneur de vous envoyer les points d'histoire que cette classe a cru qui méritaient le plus d'être éclaircis, et de supplier V. M. d'en vouloir bien faire le choix, si elle ne juge pas à propos d'en indiquer quelque autre.

La classe de physique proposera en même temps le sujet de son prix pour l'année 1749. Et dorénavant les sujets seront annoncés deux ans d'avance. Les plaintes que les étrangers ont faites, de ce qu'ils n'avaient pas assez de temps pour y travailler, nous ont déterminés à cette innovation. Le dessein qu'on a de proposer pour sujet : Quelle est V origine du nitre, ne déplaira pas à V. M., tri à ses sujets, qui sont capables d'eu enseigner l'usage à toutes les nations1.

Il faut connaître V. M. comme je la connais pour savoir combien elle peut faire de choses à la fois, et pour ne pas craindre de l'importuner dans des temps où elle est occupée d'objets si différents.

C'est jeudi que l'Académie tiendra son assemblée publique, et prononcera son jugement pour le prix*. Nous y aurons une lecture, qui rendra

1 Le prix fut décerné le 3 juillet 17'»9 à Pietsch. (fs. À.)

* Cette séance est celle du 1" juin 1747, où Darget lut les Mémoires pour servir à F histoire de Brandebourg ; la princesse Amélie et les trois frères du roi y assistèrent. (Is. A.) '

ce jour-là le plus beau de ses jours. Louis le Grand se déclara protecteur des académies. Mais il ne put être académicien.

DE MAUPERTUTS AU ROI

14 août 1747.

Sire,

J'ai Thonneur d'envoyer à V. M. l'ouvrage d'un homme qui postule une place dans son Académie, qui promet d'enrichir notre classe de littérature, et dont le nom ne déparera point notre catalogue : c'est le comte de Senneterre, aveugle déjà comme Homère, qui choisit mieux ses héros que lui, et dont cet échantillon annonce les talents. Le marquis de Calvière, chef d'une des brigades des gardes du corps, et encore plus connu par des vers charmants, par son goût pour les arts, par tout ce qui fait l'homme de lettres, aspire au même honneur.

Quelque prévenu que je sois pour la gloire de votre Académie, je ne prends point le change, Sire, sur le motif qui, depuis quelque temps, fait désirer avec empressement d'y être admis. Les noms obscurs, dont j'ai trouvé notre catalogue

plein, empruntent de l'éclat de ceux de lout ce qu'il y a de plus célèbre et de plus illustre en France. C'est V. M. qui anime ce corps ; c'est à elle qu'on veut et qu on se flatte d'appartenir lorsqu'on y entfe.

Je ne saurais pourtant oublier mes chères mathématiques. Walz est mort dans le temps que je négociais pour l'attirer ici, et que je lui avais proposé, selon l'ordre île V. M., la place vacante au collège de Joachim. Un autre sujet excellent, nommé Sulzer, de Zurich, fort habile mathématicien, pourrait nous en consoler, si V. M. voulait lui accorder la place1. S'il m'est permis de m'expliquer, je crois que pour le service de V. M., et pour l'honneur du collège de Joachim, il conviendrait que ce fut l'Académie qui vous proposât les sujets propres à remplir la chaire de mathématiques, plutôt que d'y laisser placer un homme au hasard et souvent peu digne. Aux avantages qu'en retirerait le collège, se joint l'intérêt de l'Académie , qui par là serait en état d'acquérir sans pension un membre utile. Mais j'oserais représenter à V. M. que pour rendre cette place honnête et digne d'un habile homme, il conviendrait de l'affranchir de certains devoirs qui n'y ont aucun rapport, et que l'ignorance des temps passés avait bizarrement joints en-

1 II fut nommé professeur do mathématiques en 1747 et membre de l'Académie de Berlin en 1750. Né en 1720, Sulzer mourut à Berlin en 1779. (Is. A.)

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