‹ Vie de MaupertuisChapitre 8 sur 18 · NT · texte numérisé non relu

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semble. Par exemple, dans ce collège, le professeur de mathématiques doit expliquer les fables de Phèdre, comme si elles avaient quelque connexion avec les propositions d'Euclide.

XCIIÏ

DU ROI A MÀUPERTUIS.

1G août 1747.

Vous êtes le souverain dispensateur des places de l'Académie. C'est à vous de les donner ou de les refuser. En vous réside la plénitude du sacerdoce scientifique. Mais je voudrais qu'au lieu de tant d'associés étrangers, nous eussions de botis académiciens résidant à Berlin, qui de là répandissent la lumière sur tous mes Etats et formassent ici des successeurs dignes d'eux. Des noms illustres font honneur à une liste ; mais ce ne sont pour nous que des noms. Nous devons penser à l'utilité. Et s'il est question de gloire, quatre savants, qui seront bien à nous, nous feront plus d'honneur que mille étrangers dont nous ne jouissons point et qui appartiennent à l'univers. Quant à M. Sulzer, j'approuve votre choix; mais je ne sais s'il voudra établir ses équations algé-

briques à Berlin. Il serait donc nécessaire de le pressentir là-dessus. Quant aux fables de Phèdre, expliquées par celui qui démontre Euclide, il semble que le gymnase, en unissant deux choses si différentes, a voulu nous dire que ce sont les vers faciles et les traits d'imagination qui apprivoisent les sciences abstraites et sauvages. Pour moi, je ne suis pas payé pour accuser de ridicule une pareille alliance. Et dussiez-vous me gronder de préférer les fables de Phèdre aux quarts de cercle d'Euclide, je vous avouerai que j'ai pour les arts d'imagination et de goût un tendre, ou, si vous voulez, un faible, qui inspire trop d'indifférence peut-être pour les sciences. Je veux bien qu'on les cultive, mais non qu'on les préfère. Il n'y a que vous qui soyez citoyen de tous les lieux, et qui, sans être transfuge, pouvez passer du pays des sciences dans celui des beaux-arts, et du pays des arts dans celui des frivolités et des plaisirs.

Fé

(M. le comte de la Fertë-Senneterre, ayant lu cette lettre, mit ces vers au dos de V original 1 ; )

Je me flattais dans mon enfance De suivre au combat ce vainqueur, Que l'estime et la confiance Rendent si cher à notre cœur.

1 Cette indication est de La BcaumeUc.

Mais puisque le destin contraire Me force, en m'ôtant la lumière, D'admirer de loin ses exploits, Seuls comparables l'un à l'autre, A chanter sa gloire et la vôtre Je consacre ma faible voix.

DE MAUPERTUIS AU ROI

(Berlin.) 18 octobre 1747.

Sire,

Ayant trouvé les affaire de l'Académie dans un grand désordre, par rapport à l'impression de nos Mémoires et des autres ouvrages que nous faisons imprimer, j'ai cru devoir demeurer ici quelques jours. J'ai pensé, Sire, que pendant ce temps-là ma présence y serait plus utile pour votre service qu'à Potzdam, où je serai toujours pressé de voler au moindre signe par lequel je pourrai juger que je vous suis agréable.

nu ROI A MAUPERTUIS.

(Octobre 17*7.)

Vous ne m'ôtes pas agréable seulement : vous m'êtes nécessaire. Votre commerce est un des hesoinsdema vie philosophique. Cependant j'ap* prouve que vous soyez demeuré à Berlin pour y vaquer aux affaires de l'Académie. Je préfère à tout mes sujets : il est juste que vous préfériez les sciences à moi.

DE MAUPERTUIS AU ROI

29 octobre 1747.

Sire,

J'ai l'honneur d'envoyer à V. M, les observations de nos antiquaires, par lesquelles elle verra combien un sujet, qui paraissait assez stérile, donne lieu à ces Messieurs de faire de belles conjectures. V. M. saura qu'elle possède une agrafe

qui a servi à attacher quelque manteau romain, mais encore des instruments de musique assez singuliers.

J'y joins les petits tableaux des Lancret des Delay, par lesquels est le portrait de ce grand homme que nous venons de perdre, peint sur les lieux, tandis qu'il les saccageait et mangeait ses confitures. Ce sont les peintures dont j'ai eu l'honneur de parler à V. M., et je la supplierais de les mettre dans quelqu'un de ses cabinets, si je pensais qu'elles peuvent lui faire quelque plaisir par le goût étranger dans lequel elles sont peintes.

V. M. me permet-elle de lui envoyer quelques vers de Gresset, qui me paraissent dignes d'elle ? Il n'a osé dire dans sa lettre qu'il désire passionnément une place dans votre Académie. Mais la duchesse de Chaulnes m'en a instruit ; et connaissant la protection dont V. M. l'honore , et combien il mérite toutes les distinctions littéraires, je l'ai proposé pour être élu jeudi avec M. Beguelin, parmi lesquels V. M. ma permettra de glisser un géomètre.

Je serais déjà retourné à Potzdam, si les affaires de l'Académie ne m'avaient retenu ici, et si l'imprimeur n'en était actuellement à l'endroit le plus précieux des Mémoires.

1 Nicolas Lancret, peintre de genre, né en 1690, mort en 1743. (M. A.)

Dit ROI A MAÇPEBTCIS.

(Octobre? 1747.)

Les conjectures des antiquaires sont souvent aussi fausses que les décisions des philosophes. Je ne vois partout qu'incertitude. Mais des recherches des uns et des autres il résulte souvent des choses utiles, et c'est une raison qui doit engager un prince à ne pas exclure de sa protection les études de ces visionnaires.

Je vous remercie de vos tableaux ; ils sont très curieux, et je les accepte d'aussi bon cœur que vous me les offrez.

Chargez-vous de mes remerciments à Gresset. C'est le poëte des grâces ; et il a prouvé qu'il pouvait être autre chose, de moins parfait, à la vérité, mais qu'on croyait incompatible avec tant d'agréments et de légèreté. Je me soucie peu qu'il soit sur notre liste : c'est à Potzdam que je le voudrais. Mais la duchesse de Chaulnes le tient apparemment dans ses fers, comme madame du Chàtelet, Voltaire. Il est juste que les belles aient la préférence sur les rois.

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