N°. VI
A Erckeim , le 38 mars 1799.
a Nous voilà donc replongés au fond de l'ajbîme ! Obligés de quitter Constance , nous nous étions retirés dans la petite ville d'Uberlinguène , de l'autre côté du lac , trois lieues de Constance, n'étant plus dans le domaine de l'empereur, attendu que cette petite ville est libre et impériale, et que la . guerre se préparoit contre l'empereur et contre l'Empire. Nous espérions pouvoir y rester $ mais , au bout de quinze jours , il a fallu en partir précipitamment, attendu que les François onWnnoncé qu'ils alloient prendre, dans l'Aile-» magne, les positions qui leur convenoient, et nous nous sommes rendus ici avec beaucoup d'embarras, de fatigues et de dépenses. Le lieu que nous habitons est lin village situé à huit ou dix lieues en deçà des frontières de la Bavière. Nous y éprouvons toutes sortes d'incommodités, obligés, hommes, femmes et enfans, de coucher à terre ou sur la paille. Néanmoins nous voudrions bien encore pouvoir y rester, afin d'éviter les frais énormes d'un plus long voyage , qui excède nos moyens , car nous sommes entièrement épuisés 5 mais il ne faudroit qu'un échec rer.u par l'archiduc Charles, pour nous obliger de reculer précipitamment
jusque dans la Bavière, et nous précipiter dans de nouveaux frais, tandis que nous n'avons pas
de quoi subvenir au nécessaire. La position de tous nos François, prêtres et autres émigrés qui étoient à Constance et dans cette parti* de l'Ailemagne, est vraiment déplorable. Us ne Savent où aller, où reposer leur tète. Les provinces voisines ou ils seroient en sûreté leur sont fermées ; obligés de se porter rà et là , tantôt sur un point, tantôt Sur un autre, sans argent, sans moyens, etc. (Test le plus triste tableau que Fou puisse imaginer, îl me pénètre de tristesse et me perce le cœur, ffous avons distribué beaucoup de secours ; mais les 1 orras destines a cette œuvre excellente sont presque épuises, nous espérons toujours que ta divine Providence , qui ne nous a pas abandonnés uisqu ici, continuera a nous secourir, encore si , a la suite de tant de malheurs et de souffrances de toute espèce, nous pouvions élre assurés que notre Sainte religion persévérera et refleurira dans notre France ! O mon Dieu, c'est bien là l'objet de nos vœux les plus ardens » !
( i<>7 ) N°. VII.
Lettre de M. l'abbé Lambert, à M. Vabbé
Barruel.
Monsieur,
« Je viens de voir imprimée la lettre que vous avez reçue de Paris, suivie dune note d'envoi > signée de vous. J'avoue que rien ne peut égaler ma surprise , surtout d'après la conversation que nous avons eue ensemble quelques jours auparavant/
Vous vous rappelez, Monsieur, qu'informé de l'existence de cette lettre et de l'espèce de publicité que vous lui donniez par la plus étendue communication, je crus devoir vous en demander lecture. Ayant trouvé M. l'archevêque de Paris cité à deux endroits, je vous fis voir, par les lettres originales de ce prélat, que votre correspondant ou avoit été trompé ou vous trompoit. Je ne doutois pas que cela , réuni peut-être à beaucoup d'autres considérations, ne dût vouer cette lettre à l'oubli. Cependant la voilà imprimée , répandue avec affectation, et mon respect pour M gr . l'archevêque, à qui je suis personnellement attaché, et qui m'honore de sa confiance et de sa correspondance ici> ne me permet pals de garder le silence.
Je me bornerai uniquement à ce qui regarde
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M*\ l'archevêque , et cela pourra suffire pour juger la confiance que mérite votre correspondant et la prudence de l'impression. Cette lettre est datée de Paris, du i3 juin. Celle que je vous ai montrée de M* r . l'archevêque est du 7 juin, d'Augsbourg. Pour qu'elle ne fût pas postérieure à ce qu'auroit pu connoître ce prélat , votre correspondant, il faudroit, ce qu'on ne peut supposer, et que M* r . l'archevêque eût changé de façon de penser bien subitement, et qu'une lettre du 8 juin eût pu arriver à Paris le 12$ donc la lettre que je vous ai communiquée, Monsieur, est postérieure à ce que votre correspondant a pu savoir le i3. Cependant, ce même jour, il vous mande : Plusieurs èveques se sont prononcés j les uns en permettant , les autres en ordonnant cette promesse,- parmi les premiers est Ma r . T archevêque de Paritf kk. Or, ce prélat me mande du 7 juin : « Quant à la promesse de fidélité , je » n r ai point de délibération écrite et motivée de m MM. les grands-vicaires de Paris. Je leur ai dei mandé de me faire connoître les interprétations » qu'ils disent être légales et très-légales. Ils m'ont » parlé de ce qu'en avoit dit le journal du Gou- * vernement, et m'ont ajouté que plusieurs sénaê teurs, très-bons pour les sentimens, ont assuré
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> que tel étoit l'esprit du Gouvernement, et que
d Ton pouvoit être certain que l'explication du *> journal étoit approuvée par le Gouvernement, » J avoue que j'ai trouvé ces interprétations bien » douteuses pour la légalité , et bien peu sufiï- * santés. Voilà où j'en suis » .
Votre correspondant cite un passage d'une let* tre, dit-on, de M gr . l'archevêque, sous le nom <£ Antoine, qui pourroit faire croire qu'il a foibli sur le serment de haine. Le passage est ainsi conçu : Ce serment paroit inadmissible; mais, vit la moralité et tes lumières du grand nombre de ceux qui l'ont prêté, je n'ose les condamner. Ils n'ont , pas perdu leurs pouvoirs, et les fidèles peuvent continuer à s'y adresser. Des motifs puissans pourroient peut-être avoir dicté ces paroles à M* r . l'archevêque 5 mais votre correspondant auroit dû ne pas s'en tenir là, et dire l'opinion bien connue de M |r . l'archevêque sur ce serment. Voilà ce que j'ai ici de sa main sur cet objet, dans une lettre du ^4 octobre 1797.
Je compte que vous êtes bien peiné de ce qui s'est passé à Paris à l'occasion de la nouvelle formule que l'on a prescrite. Je n'aurois jamais pensé qu'on . eût pu se soumettre à une forme scandaleuse et révoltante. On donne des explications, mais elles sont forcées et insuffisantes. Les principes doivent passer devant tout.
Je trouve, en outre, dans un recueil d'opinions de nos seigneurs les évéques sur ce serment, une Instruction pastorale de M* '.l'archevêque de Paris, datée de Constance, 6i\ sont ces mots: « Le ser- » ment de haine à la royauté est une horreur : il » ne peut être justifié, de quelque manière qu'on » l'envisage, et les raisons que vous alléguez sont » forcées, inexcusables et inadmissibles ».
Constance , 7 juiu 1800.
AJST.-ÉLÉON.* archer, de Paris.
D'après tout cela. Monsieur, je crois avoir suffisamment éclairé sur la confiance que mérite votre correspondant, et sur la convenance de l'impression d'une lettre où se trouvent des faits dont la fausseté ou l'inexactitude vous étoient connues avant cette impression. Je ne me permettrai aucune réflexion. Il me suffit d'avoir rendu à la vérité et à M' r . l'archevêque de Paris ce que je leur dois, et d'avoir mis les autres à portée de le leur rendre. J'ai l'honneur d'être, etc.
L'abbé LAMBERT, secrétaire de Mgr. Varclieveque de Paris.
Londres, 2a juillet 1800.
Sur plus de six cents lettres que nous avons reçues de M. de Juigné , dans j'espace de quinze à vingt ans , nous croyons devoir ne citer que celles-ci , qui suffisent pour faire con/ioitre ses sentimens st ses opinions.