‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 95 · PE A ET AE · texte numérisé non relu

PE A ET AE

Frontenac vient de construire un Fort au confluent de la rivière Cataracoui et du Saint-Laurent, à l’entrée même du lac Ontario. C’est un poste très important, et comme l’avant-garde des pays de l'Ouest, dont on a pris possession au nom dè la France.

L'idée de ce Fort avait été conçue par M. de Courcelle, qui voulait par ce moyen tenir les Iroquois en respect, et faciliter les communications entre le Canada et les pays des grands lacs. Elle n'avait pu être réalisée par ce gouverneur, qui avait été rappelé en France; elle le fut par Frontenac. 11 donna son nom au Fort Cataracoui 1,

Mais il n’y a pas encore de missionnaires pour les Français qui l’habitent et pour les sauvages des pays circonvoisins. Frontenac désire que les récollets y soient envoyés ; et Mgr de Laval donne aussitôt aux PP. Duchesne et Buisset tous les pouvoirs nécessaires pour cette lointaine et importante mission.

C’est aussi dans le même automne de 1676 que M. Petit, ancien capitaine au régiment de Carignan-Salière, qui avait quitté le métier des armes et était devenu prêtre, reçut de l’évêque de Québec des lettres de grand vicaire pour Port-Royal, en Acadie.

Il est évident que la pensée de Mgr de Laval s'étendait à toutes les parties de son immense diocèse, et, comme le dit quelque part le P. Lalemant, qu’il n’eût pas hésité à courir lui-même aux endroits les plus reculés, pour sauver

1 — Aujourd’hui la ville de Kingston.

les âmes, s’il eût pu abandonner la direction de son, troupeau.

En même temps qu’il s'occupait ainsi d'envoyer de saints et zélés missionnaires partout où le besoin s’en faisait sentir, il ne négligeait pas de prévenir et de corriger les désordres qui cherchent toujours à s’introduire même dans les Eglises les mieux disciplinées.

Il en avait remarqué un, dans sa visite pastorale, qui avait déjà attiré son attention et réclamé l'intervention de son autorité. Il résolut de le frapper de nouveau d’un coup vigoureux ; et, quelques mois après le retour de sa visite, il adressa à tous ses prêtres l'ordonnance suivante :

‘Ayant appris, dit-il, au mépris de notre ordonnance du 29 mars 1664, les abus qui se commettent au regard du sacrement de baptême ; pour obvier aux accidents fréquents qui arrivent en ce pays, et à ce que personne ne prétende cause d’ignorance du temps auquel les enfants doivent être baptisés, nous vous mandons de publier au prône, que nous ordonnons à tous les pères et mères, de quelque qualité et condition qu’ils soient, de faire baptiser leurs enfants aussitôt après leur naissance.

‘ Nous leurdéfendons pareïillement d’en ondoyer ou faire ondoyer aucun en la maison, s’il n’est en péril de mort, et en ce cas nous ordonnous que celui qui aura été ondoyé soit sans délai porté à l’église, pour y recevoir les saintes cérémonies du baptême.

‘* Ordonnons tout ce que dessus sous peine d'interdiction, encourue ipso facto par les dits pères et mères, pour un mois,

de l'entrée de l’église, et, en cas de coutumace, d'excommunication, après avoir été avertis de la part des curés, ce que nous enjoignons aux dits curés de faire, aussitôt qu’ils

en auront connaissance. Û

‘ Voulons en outre que notre présente ordonnance soit enregistrée au livre des baptêmes de chaque paroisse, et que lecture en soit faite au prône de six mois en six mois 1.”

Quelques années plus tard, le prélat, pour faire observer son ordonnance, fut obligé d’en venir aux mesures extrémes dont il avait fait la menace.

Jean Dumets et sa femme, de la côte de Lauson, négligeaient depuis un mois de faire baptiser leur enfant. Ils avaient été avertis, À trois reprises différentes, d’abord par le grand vicaire, puis par M. Basset, puis enfin par leur curé, M. Morel, de se conformer à la loi ecclésiastique ; mais, nous ne savons pour quelle raison, ils s’opiniâtraient

dans leur refus de porter leur enfant à l’église.

Mgr de Laval juge alors à propos de donner un exemple, I1 ordonne à ces chrétiens rebelles de faire porter sans délai leur enfant à Saint-Joseph, l’église de leur district, pour lui faire recevoir le saint baptême. ‘S'ils demeurent, dit-il, dans leur désobéissance, au bout de huit jours que notre présente ordonnance leur aura été signifiée, nous les déclarons dès lors tous deux privés et interdits de l’entrée de l’église et de la participation des sacrements, jusqu’à ce qu’ils aient obéi et fait baptiser leur enfant ?.”

1 — Ordonnance du 5 février 1677.

2 — Ordonnance du 21 octobre 1681.

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Voilà la vigueur que le prélat savait apporter dans l'administration de son diocèse, pour prévenir ou arrôter les abus, et faise observer les saintes règles de l'Eglise. ‘11 fallait ici, dit Marie de l’Incarnation, un homme de cette force.”

Que serait-il arrivé, en effet, dans cette Eglise naissante, À une si grande distance du centre de la catholicité, si celui qui était chargé de la conduire, n'avait pas eu la parole inflexible d’un saint Ambroise, la main vigoureuse d’un saint Charles Borromée ?

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