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confiance au P. Joseph du Tremblay, religieux capucin 1, Or, le P. Joseph n’aimait pas les récollets. Ceux-ci ayant demandé de retourner au Canada, et présenté à Rome un mémoire à ce sujet, Richelieu écrivit au souverain pontife, pour le prier de ne pas venir à l'exécution 2. #
Les récollets furent quarante ans sans revoir le Canada, Ils y reparurent au mois de juillet 1670, sous l'autorité du roi et la protection de Talon. ‘‘ M. Talon était leur protecteur déclaré, dit Latour. Il se servit de son autorité pour leur faire rendre leur maison et leur terrain. ”
Malheureusement, cette maison était en mauvais état. ‘“ Elle est ruinée, faute de réparations, dit Marie de l’Incarnation, et les terres ont été occupées par divers particuliers, qui ne croyaient pas qu'ils y dussent jamais revenir. Cependant, les voilà, avec la permission du roi dans le dessein de se rebâtir sur leurs anciens fondements. ”
Ils se mirent à l’œuvre avec l’ardeur de Néhémie, rebàtissant la ville de Jérusalem. Dèsl’année suivante (1671), M. Talon posait la première pierre de leur monastère ; et Mgr de Laval, pour témoigner-de sa bonne volonté, présidait lui-même à la partie religieuse de la cérémonie.
Le couvent et l’église s’élevèrent bientôt comme par enchantement,. Ils occupaient une position magnifique, près de la rivière Saint-Charles. ‘‘ Le couvent des récollets
1 — Le P. Joseph a été maltraité par quelques historiens ; mais on. ne saurait lui refuser de grands talents et beaucoup d’inflence, 2 — Faillon, Histoire de la colonie française.
s'appelle Notre-Dame-des-Anges, écrit Mgr deSaint-Valier.
icin 1,
ayant Le lieu est agréable: c’est la promenade la plus belle de me un la ville, et l’on y va souvent par dévotion en pèlerintife, nage. ”
Talon ayant quitté définitivement le Canada, en 1672, nada. les récollets perdirent en lui un ami puissant et dévoué. té du Mais ils en retrouvèrent un autre non moins précieux dans r pro- la personne de Frontenac, qui voulut remplir à leur égard itorité la charge de père spirituel et de syndic apostolique 1. Avec
l'appui d’un si haut personnage, leurs affaires ne pou- 3 état. vaient manquer de réussir.
ie de : Aussi, dès l’année 1673, recevaient-ils un titre nouveau, 8 par- leur assurant la propriété de leur ancienne concession de amais terre de 106 arpents, avec droit de pêche dans la rivière lu roi Saint-Charles. Ce document fut ratifié par lettres patentes onde- du roi, au mois d'avril 1676.
L'année suivante, le roi donnait aux récollets de nourebâ- velles lettres, portant amortissement à perpétuité pour leurs 1671), 106 arpents de terre et pour toutes les constructions qu’ils re ; et pourraient y établir.
prési- Enfin, en 1678, Sa Majesté accorda encore des lettres patentes pour confirmer les établissements des récollets au par Fort Frontenac et à Percé, amortir toutes les concessions >, près de terre qui leur avaient été faites dans ces endroits, et ollets assurer la stabilité de leurs institutions. Ces documents hais on. 1— Le père spirituel des récollets était leur procureur pour les
affaires temporelles, qu’ils ne pouvaient transiger par eux-mêmes.
furent enregistrés au Conseil souverain en décembre de la même année 1,
Tout aurait été pour le mieux, si les récollets, restant unis au clergé du Canada, s'étaient contentés de travailler, comme de bons religieux, dans la sphère qui leur avait été assignée, sous la sage et uniforme direction de l’évêque. Malheureusement, ils n'étaient pas envoyés ici pour cela, mais plutôt pour faire opposition à l’évêque et aux jésuites.
Les premiers récollets, toutefois, donnèrent peu de sujets de mécontentement : ‘‘ Ce sont des religieux fort zélés, écrit Marie de l’Incarnation. Leur provincial, qui est un homme considérable parmi eux, et qui a des qualités éminentes, est venu lui-même les établir 2.” Et M. de Latour : ‘ C’étaient de bons religieux, dit-il, qui furent toujours unis au clergé: le caractère de leurs successeurs fut bien différent 5. ”
En effet, à peine Frontenac fut-il arrivé aux affaires, qu’ils crurent devoir soutenir ses idées dans les choses qui intéressaient directement la morale et le bien de la religion. A l'encontre de la plus haute autorité ecclésiastique du pays, ils ne craignirent pas d’appuyer le gouverneur dans la question des cures et de la traite de l’eaude-vie.
1 — A la demande de Jean Le Chasseur, qui se présenta au Conseil ‘* comme ayant charge du sieur gouverneur au nom et comme protecteur et père spirituel des dits Pères récollets en ce pays, et leur syndic apostolique.” (Jugements du Conseil Souverain, t, IT, p. 266.)
2 — Lettre historique 84e,
3 — Latour, p. 200.
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‘ Ça toujours été l’idée de Frontenac, de De Meulles et autres, écrivait un jour Mgr de Laval à son successeur, que la Cour ne devrait pas aider le clergé, que celui-ci doit se contenter du peu que lui donnent les habitants, et même que les récollets feraient l’affaire pour rien ; et les récollets ne demandent pas mieux que de souffler dans ce sens 1, ”
Mais ce n'étaient pas seulement leurs paroles, c'était surtout leur manière de vivre qui devenait un obstacle au règlement de la question de la dîme et du revenu des curés suivant les désirs de Mgr de Laval.
L’évêque exigeait avec raison qu'avant de fixer un curé dans un endroit, on Jui assurât, soit par dîmes, soit par supplément, un revenu suffisant pour vivre. Or voilà des religieux mendiants qui venaient tout à coup s'implanter dans son diocèse, et qu’, ne vivant que de quêtes, s’offraient à desservir les paroisses pour rien. Au fond, c'était tromper le public; car, que les fidèles paient en aumônes ou en dîmes, il faut toujours qu’ils pourvoient à l'entretien de leurs pasteurs.
Mais les esprits superficiels faisaient des comparaisons peu respectueuses entre les exigences de l’évêque et le désintéressement des récollets. Ils ne réfléchissaient pas sur les inconvénients que pouvait présenter le système de cures desservies par des religieux mendiants.
D'uillenrs, à quels dangers n'étaient pas exposés, dans le ministère des campagnes, des religieux accoutumés à la
1 — Archives du séminaire de Québec, Lettre de Mgr de Laval à Mgr de Saint-V'alier, 15 février 1686.
vie et à la règle du cloître, abandonnés tout à coup à euxmêmes, et lancés sans guides dans le tourbillon d’une liberté parfaite ? Malgré toutes les précautions que l’on put prendre, et la mesure avec laquelle on les employa dans le ministère pastoral des campagnes, il y eut quelquefois des abus et des scandales !,
Mais ce qui fit surtout à cette époque un grand üicrt à la Religion, ce fut l'opposition que montrèrent les récollets aux principes de Mgr de Laval et des jésuites sur la traite
de l’eau-de-vie avec les sauvages. Les idées de Frontenac
et des politiques du temps allaient donc enfin triompher ! On avait trouvé des prêtres qui partageaient ces idées, qui les prônaient et s’en faisaient les défenseurs. Ce qu’on avait soutenu jusqu'ici à l'encontre de l’évêque n'était donc pas si mal; et les jésuites, en se montrant si exclusifs au sujet du commerce de l’eau-de-vie, n’avaient donc en vue que de tyranniser les consciences!
Voulons-nous avoir une idée de la conduite des récollets vis-à-vis de Mgr de Laval et des jésuites sur cette question ? Ecoutons la voix si sage et si autorisée de M. Dudouyt. Il écrit de Paris à son évêque :
‘ Un des principaux et des mieux intentionnés (des récollets) dit hier, que le mal était qu’on ne convenait du principe, qui consiste en ce que M. l’évêque et les jésuites défendent l’eau-de-vie pour en traiter seuls. Ces bons Pères sont si bien affermis dans cette impression, que, quelque chose
1 — Latour, p. 164-205.
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qu'on leur puisse dire au coatraire, ils n’en reviennent pas; et cela se publie non seulernent parmi eux, mais, le croyant de la sorte, ils le disent au dehors, et à la Cour; et M. de Frontenac, qui le publie en France et en Canada, comme font ceux qui entrent dans ces sentiments, vous pouvez juger quel effet tout cela peut avoir.”
M. Dudouyt ajoute : ‘ Je ne vois pas qu’il soit facile de remédier à leur conduite; et tout ce que vous pouvez faire, c’est de donner de l’emploi à ceux-là seulement que vous jugerez capables, et que tous les autres demeurent à garder leurs règles dans leur couvent. C’est ce que m’a dit le P. provincial,'et qu’il ne prétendait pas que les religieux s’ingérassent de travailler, sinon lorsque vous les appellerez ; que, hors de cela, ils demeurassent au couvent à garder leurs règles 1,”
Ainsi, faire un triage parmi les récollets, choisir parmi eux ceux dont la doctrine était la plus saine, pour n’employer que ceux-là dans le saint ministère; laisser les autres dans leur couvent à observer leurs règles: tel était l’avis que M. Dudouyt donnait à Mgr de Laval, et que celui-ci s’efforça de mettre en pratique. Il leur avait confié, comme nous l’avons vu, quatre missions importantes. En dehors de ces missions, il ne les employa que d’une manière accidentelle, le moins possible, exigeant toujours qu’ils se rendissent à leur poste deux par deux.
1— Lettre de M. Dudouyt à Mgr de Laval, Paris, 15 juin 1681.
‘ L'on ne doit pas, écrivait-il un jour au séminaire, les laisser aller une ou deux lieues de Québec sans qu'ils en aient donné avis à l’évêque ou à ses grands vicaires, et qu’ils n’exercent pas de fonctions, hors de dire la messe, sans qu'ils aient l’agrément de celui qui a soin du lieu. Le curé doit les instruire des désordres et de ceux qui donnent du scandale; à moins de quoi il arrive presque infailliblement qu'ayant des considérations purement humaines, et de leur intérêt, ils reçoivent aux sacrements les plus scandaleux, s’excusant sur ce qu’ils l’ignorent, quoiqu’ils le sachent très bien 1,”
Malgré toutes les précautions prises par le prélat, malgré les défenses formelles qu’il leur avait faites d'exercer le saint ministère sans sa permission, les récollets, se réclamant des privilèges de l’exemption, allaient confesser et prêcher de côté et d’autre, sur le simple désir du gouverneur ; et Frontenac, qui s'était plaint si souvent de l’envahissement du pouvoir spirituel sur le temporel, ne se faisait pas scrupule d'empiéter ainsi sur l'autorité de l’évêque.
Ecoutons encore M. Dudouyt. Il s’agit, cette fois, du P. Louis, qui était allé sans permission exercer le ministère à Chambly, et avait tenu à l'égard de l’évêque la conduite la plus répréhensible. |
‘ M. de Bernières m'avait écrit, dit-il, touchant la conduite du P. Louis, et m'avait envoyé la lettre que vous lui aviez adressée touchant ce que le P. Louis avait dit et fait
1 — Lettre de Mgr de Laval au séminaire de Québec, Paris, 1685,
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à Chambiy ; et M. Trouvé m'avez dit comment il s'était comporté depuis Québec jusques en France ; qu'il avait continué de dire contre vous, les jésuites et M. l’Intendant (Duchesneau) tout ce qu’il avait coutume de dire en Canada. Il avait confessé depuis Québec, dans les côtes, jusqu’au bout des habitations, quoique vous le lui eussiez défendu. J’allai trouver le P. provincial. Je lui déclarai la conduite du P. Louis, et lui dis ce qui était contenu en votre lettre, de ce qu’il avait fait à Chambly.
‘* Le P. Louis, étant arrivé à Saint-Germain, commença à débiter partout contre vous, les jésuites et M. l’Intendant, toutes sortes de calomnies, et généralement tout ce que M. de Frontenac a coutume de dire et d'écrire. Il publiait un mémaire qui contenait 52 articles. Je n’y étais pas épargné, ajoute M. Dudouyt, touchant ce qui s’est passé à Caen, il y a 22 ans.
‘ À propos des récollets qui se sont ingérés de faire sans permission les fonctions dans les missions et les paroisses, j'ai dit au P. provincial ce que le P. Louis, le P. Martial, le P. George, le P. Luc, le P. Zénobie avaient fait, et lui ai fait remarquer qu’il m'avait dit l’an passé qu’il ne prétendaïit pas qu'ils s’ingérassent de faire aucune fonction, si vous ne le leur ordonniez.
‘* Je ne l’ai pas trouvé dans la même disposition, et lui ayant dit que ses religieux devaient avoir la même dépendance dans votre diocèse qu’ils avaient dans les diocèses de France, il m’a répondu que ce n’était pas de même en Canada, qu’ils dépendaient non seulement de la puissance
ecclé“iastique, mais que, quand le gouverneur demandait un récollet, ils ne pouvaient le refuser 1, ”
Remarquons que ce n’était pas un simple religieux qui professait cette doctrine, mais le provincial des récollets lui-même; etce qui est plus grave, c’est que, sur cette question importante, il se dédisait du jour au lendemain. Il avait d’abord admis, pour les besoins de sa cause, que ses religieux ne devaient pas aller exercer le ministère sans la permission de l’évêque ; il soutenait msintenant qu’au Canada ils pouvaient aller là où le gouverneur les appelait. . Quelle confiance le prélat pouvait-il avoir dans la parole de ce religieux ? S'il se plaignait à lui de la conduite deses subordonnés, avait-il quelque justice à attendre ? IL eut bientôt occasion de se convaincre qu’il était bien difficile d’avoir raison avec les protégés de M. de Frontenac.
1 — Lettre de M. Dudouyt à Mgr de Laval, Paris, 26 mai 1682,
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