CHAPITRE SEPTIÈME
Mgr de Laval et les récollets (suite), — Difficultés au sujet du couvent de la haute ville, et des sormons du P. Adrian. — Les récollets à Montréal. — Récollets et Canadiens.
C'était au printemps de 1681. Le monastère de Notre- Dame-des-Anges s'élevait majestueusement sur les bords de la rivière Saint-Charles. Nous en avons fait la description.
Mais les récollets qui l’habitaient trouvaient qu'il était loin de la ville. Jeurs pénitents avaient un long voyage à faire pour aller à confesse; eux, également, quand ils voulaient aller quêter ; car, dit Latour, ‘‘ le roi qui leur avait donné une pension de 1,200 livres par an, à condition de ne pas quêter, ne s'attendait évidemment pas à être obéi sur cet article. La pension fut payée, mais la quête se fit comme à l'ordinaire 1.”
Les récollets songèrent donc à monter à la haute ville. Mais, sentant bien que dans un aussi petit endroit que Québec, un second couvent de mendiants alarmerait tout le monde, ils se bornèrent à demander la permission de se
1 — Latour, p. 200.
bâtir un hospice, pour s’y: retirer ‘‘ lorsqu'ils seraient surpris par la nuit et le mauvais temps, ” et y mettreleurs malades, qui, à Notre-Dame-des-Anges, n'étaient pas à proximité des médecins et des remèdes 1.
Sur ces représentations, ils obtiennent du roi (1681) l’emplacement de la Sénéchaussée, dans la haute ville. Avec l'agrément de l’évêque, ils en prennent aussitôt possession. M. de Bernières, assisté de M. Soûart, du séminaire de Montréal, va y planter la croix, et Mgr de Laval autorise par écrit l'établissement d’un hospice, mais suivant les termes mêmes posés par le roi, c’est-à-dire, permettant aux récollets d'y célébrer la messe, portes fermées, en faveur de leurs religieux malades, jusqu’à ce qu’ils soient en état de se rendre au couvent.
‘ C'en fut assez, dit Latour; entre les mains des reli gieux, tout est un germe fécond. L’infirmerie devint bientôt un hospice pour tous les religieux sains et malades, et l’hospice devint un couvent, l’autel pour dire la messe devint une chapelle, et la chapelle une église. Un chœur et une sacristie l’assortirent. Le dortoir suivit l’infirmerie, le réfectoire et la cuisine accompagnèrent le dortoir. Les portes qu’on fermait d’abord durant la messe, s’ouvrirent. Quelques pénitentes affidées y vinrent, et le public y fut reçu. La messe basse devint solennelle ; on donna la communion, on prêcha, on confessa, on célébra les fêtes de l’Ordre ; elles furent annoncées par le prédicateur récollet.
1 — Lettre de Mgr de Laval, 27 octobre 1681.
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VIE DE MGR DE LAVAL 97 * - - ——— -— On eut soin d’élever un clocher, pour servir, disait-on, aux observances régulières ; mais bientôt la cloche appela le public aux offices. On fit le catéchisme aux enfants; on prit des pensionnaires laïques... ”
Bref, on avait réussi, à la grande surprise des citoyens et contre la volonté de l’évêque àavoir un véritable couvent à la haute ville,
Un des récollets étant mort dans cette infirmerie, Mgr de Laval fit défense de l’y enterrer; mais on passa otre. L’inhumation eut lieu au nouveau couvent, et toute la ville fut invitée aux obsèques.
Le prélat fit signifier aux récollets de cesser leur constructions et de s’en tenir aux termes de la permission qu’il leur avait donnée. Ils prétextèrent, pour continuer l’ouvrage, les dépenses qu'ils avaient déjà faites.
Il offrit d’acheter leur emplacement et de leur rembourser leurs frais de construction. Tout fut inutile, et l’ouvrage avança toujours.
Pour satisfaire l'évêque, on mit un nouveau gardien, qui fit semblant de vouloir suspendre les travaux, mais qui bientôt laissa tout faire, déclarant qu'il n’était plus le maître, et que ses subordonnés exigeaient la continuation du couvent.
Enfin le prélat se vit obligé de révoquer la permission qu’il avait donnée le 27 octobre 1681. ‘‘ Il ne gagna autre chose, dit Latour, que de voir rappeler par leurs supérieurs tous les religieux qui étaient dans 1ss missions, et un refus
Le absolu d’en accorder aucun jusqu’à ce 4u’il les eût laissés
libres dans leur entreprise 1,”
C’est vers cette 6, jue que M. de la Barre écrivait au ministre: ‘ Le calme du dedans serait parfait ici, sans l’entreprise des récollets, qui, Sa Majesté leur ayant donné un emplacement, le 28 mai 1681, en un lieu très incommode pour les fonctions, qui est devant la porte de l’évêché et de la paroisse, et tout proche la maison des jésuites, ont voulu y bâtir un hospice régulier, quoique cela ne soit point porté dans les patentes du roi. M. l’évêque l’a voulu empêcher, et ces Pères se sont cabrés à le maintenir, ce qui les met aux mains avec notre prélat.
‘ Je ne vous dirai rien de cette affaire, qui n’est pas de ma compétence, ajoute M. de la Barre, mais seulement que ce lieu ne convient point à l’usage auquel ils prétendent qu’il est destiné, et que la multiplicité des maisons de mendiants en ce pays n’est pas avantageuse à un peuple aussi pauvre que celui de toute cette colonie 2.”
Mgr de Laval se vit obligé, pour faire respecter son autorité, d'interdire toutes fonctions ecclésiastiques aux récollets, dans son diocèse; puis il écrivit au roi pour se plaindre de leur conduite.
Le roi eut égard à ses remontrances, et fit abattre le ‘locher. Mais les récollets conservaient le principal, la maison ; et lorsque, quelques années plus tard, Mgr de Saint-Valie: catra en arrangement avec eux pour acquérir
1 —. Latour, p. 02.