Christ évêque
que ou s infail-
parler ’obéir à
Eglise tres de de pré-
. Car ce parle en
cher sur les vertus et de tonner contre les vices, de parler du paradis et de l’enfer. Il ne peut en conscience se dispenser de prêcher contre les partialités qui règnent depuis si longtemps dans le pays. Plusieurs séculiers lui ont dit qu’elles étaient la cause qu’il ne se faisait presque aucune bonne confession. ”
Le P. Adrian parla ainsi longtemps, et débita beaucoup d’autres choses à peu près de la même valeur.
On comprend la douleur de Mgr de Laval, lorsqu'il se vit en présence d’un pareil halluciné, qui se croyait inspiré de Dieu, et la voix de Jésus-Christ lui-même, n'ayant à rendre compte à personne qu’à sa conscience des paroles qu’il prononçait en chaire, et s’attribuant une infaillibilité qu’il refusait absolumen. à ses supérieurs.
‘‘ Je ne puis me soumettre à ce que vous demandez de moi, lui dit le P. Adrian. Je n’ai pas recherché la chaire ; je préfère la quitter, plutôt que da contre ma conscience. ”
Mgr de Laval eut beau lui représenter que le zèle dont il était animé n’était pas selon la science, qu’il se faisait illusion, et que sa conscience était erronée ; qu’il ne s'agissait pas de l'empêcher de prêcher contre le vice, la haine ou la vengeance, mais qu’on le priait seulement de s'abstenir de parler des différends qui existaient entre le gouverneur et l’intendant ; que c'était lui (évêque) qui avait la conduite de l'Eglise, et qui donnait par conséquent la mission de prêcher; qu'il était juge de ce que l’on devait prêcher ou ne pas prêcher; que l’obéissance d’un religieux à son
évêque était le vrai caractère de l'Esprit de Dieu: tout fut inutile ; rien n’/\ait capable de convaincre ce pauvre esprit
détraqué. Il s’opiniâtra dans son sentiment et dans son refus d’obéir.
‘€ La parole de Dieu n’est point enchaînée 1, disait-il, en s’appliquant faussement une parole des saintes Ecritures; je ne puis promettre ce que vous me demandez.
‘ Dois-je comprendre que vous me défendez la chaire, ajouta-t-il en partant ? — Ce n’est pas moi, mon enfant, qui vous la défend, lui répondit Mgr de Laval; c’est votre : désobéissance ?. ”
Ainsi se termina cette entrevue, qui dut laisser l’évêque et ses grands vicaires sous une bien pénible impression.
L'exemple du P. Adrian et celui du P. commissaire prouvèrent à Mgr de Laval qu’il n’était guère prudent de confier le ministère de la prédication aux récollets; et il dut se féliciter de n’avoir pas contribué à leur retour au Canada.
On ne doit donc@as être. surpris qu'il ne les aitemployés dans le ministère pastoral qu'avec la plus grande circonspection. Les pouvoirs qu’ils exerçaient, par exemple, à Percé, au Fort de Frontenac, aux Trois-Rivières, ne leur étaient donnés que pour trois ans. ‘Il faut, disait-il, qu'ils n’aillent nulle part que par voie de mission, et pour un temps limité 3.”
En 1682, les récollets n’avaient plus que trois missions: Notre-Dame-des-Anges, le Fort Front-nac et Percé. Celle
1—2Tim., li .
2 — Archives de l’archevêché de Québec.
3 — Lettre à Mgr de Saint-Valier, 1685.
tout fut
des Trois-Rivières leur avait été ôtée: ‘On l’a quittée re esprit depuis trois ans, par ordre de Mgr l'évêque ” dit un ans son mémoire Î,
Quelques citoyens de Montréal s'adressèrent en 1681 à en s’ap- M. de Frontenac, lui demandant de leur envoyer des ures; je récollets ‘ pour le repos et le soulagement de leurs cons-
ciences.” Ils le suppliaient de s'employer auprès de Mgr de
chaire, Laval, ‘‘ pour en obtenir le consentement que sa charité ne
ant, qui leur saurait dénier, vu le grand zèle qu’il témoigne pour le st votre : salut de leurs âmes ?.”
Le procédé avait quelque ressemblance avec celui qui l'évêque avait amené le retour des récollets au Canada. sion. Les MM. de Saint-Sulpice, avec un désintéressement qui re prou- les honore, n’en favorisèrent pas moins le vœu des citoyens > confier de Montréal. Ils donnèrent pour l'établissement projeté l dut se un terrain assez considérable, situé sur le bord du fleuve.
anada. M. Dollier, supérieur du séminaire, écrivit au P. Valentin
nployés Le Roux, commissaire des récollets à Québec, pour lui ircons- annoncer cette bonne nouvelle, et lui exprimer le désir
mple, à sincère qu’il avait de voir bientôt ces religieux venir parne leur tager leurs travaux apostoliques à Montréal. Il faisait isait-il, l’éloge des PP. Chrétien Leclerc et François Vesson, qui et pour étaient venus lui remettre la lettre par laquelle M. Tronson
consentait au nouvel établissement, et il en profitait pour
ssions : flétrir cet esprit d'antipathie qui existe quelquefois parmi
Celle
le clergé.
1 — Etat de la mission des PP. Recollets du Canada, par le P. Ferd. Coiffard, 1682.
2 — On peut voir cette requête à la fin du livre du P. Le Tac.
{fl 106 VIE DE MGR DE LAVAL
Ill | ‘ Ce sont, disait-il, de grands serviteurs de Dieu et de | dignes religieux. Ils ne sont point enfarinés de cette peste, la plus nuis'ble à l'Eglise, aussi bien que la plus scandaleuse et néanmoins la plus universelle, qui avilit également le elergé et 114 religieux, qui est une certaine zizanie
fl | et semence diabolique d’antipath.e qui gâte tout, et fait | |! | accroire à un prêtre qu’en avilissant les religieux il exalte | | (|| son état, en quoi sa superbe est bien trompée; et à un | religieux, que, rendant les prêtres contemptibles, et les contrecarrant dans leurs fonctions, cela relève beaucoup
l’état religieux, en quoi il ne se trompe pas moins que le
premier ; car enfin nous sommes tous exposés sur le chandelier de l'Eglise 1,”
M. Dollier demandait au P. Le Roux de ne commencer à bâtir que l’année suivante, à cause des travaux de l’église paroissiale, qui n'étaient pas encore achevés.
Mgr de Laval avait plus d’une raison de temporiser,
À avant de donner son consentement à l'établissement des | récollets à Montréal. Il connaissait leur esprit, leur oppo- |
sition à ses vues, leur tendance à favoriser les idées des
hommes politiques du temps.
Aussi réussit-il, tant qu’il fut évêque de Québec, à les empêcher de s'établir à Montréal. Il écrivait de Paris en 1685 à Mgr de Saint-Valier : ‘ La Cour a réglé qu’ils ne s’établiront point à Montréal ; ce qui les a fort mortifiés, et qui est un grand bien.”
1 — Lattre de M. Dollier, 26 octobre 1681.
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Il était réservé à son successeur de faire cet établissement, qui fut confirmé d’une manière définitive par les lettres patentes du roi en date du mois de mars 16921.
Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de faire voir les rapports de Mgr de Sairt-Valier avec les religieux de l'Ordre de saint François. Qu'il nous suffise de dire qu’après leur avoir témoigné de grandes marques de confiance et de bonté, il en reçut plus d’un sujet de chagrin.
‘ Je m'estime heureux de vous avoir dans le Zanada, leur écrivait-il en 1685, et je compte de vous y conserver longtemps ?.”
Outre les missions qu'ils avaient déjà, il leur en donna plusieurs autres, celle du Cap-Breton, par exemple, et celle de Plaisance, à Terreneuve. Il employa dans ces missions plus de quatorze religieux à la fois. |
Bientôt cependant le refroidissement se fit dans les relations de l’évêque avec les récollets. A Montréal, au printemps de 1694, Mgr de Saint-Valier se vit obligé d’interdire leur église, puis, par suite de leur contumace, leurs personnes elles-mêmes, leur ôtant tout pouvoir de prêcher et de confesser. L'église des récollets de Montréal demeura
1 — Edits et Ordonnances, t. I, p. 275.
2 — Il est question, dans cette lettre, du F, Didace : ‘‘ Je vous prie, dit l’évêque, de donner un compagnon au PF. Joseph Denys, qui est à l’île Percée, surtout quand le F. Didace, qui est avec lui pour achever la petite église et la maison, en sera retiré. ” Ce F, Didace, canadien de naissance, mourut en odeur de sainteté,
Dans une autre lettre (4 septembre 1686), Mgr de Saint-Valier recommande au P. Denys de prêcher l’union et la charité entre les habitants de Percé : ‘* Ces pêcheurs, dit-il, ne sont pas des gens bien aisés à convertir.” .
interdite pendant plusieurs mois. La conduite de ces religieux, à cette époque, répandit le chagrin dans l’âme de toutes les personnes pieuses du Canada 1.
Hâtonus-nous de dire, avant de terminer ce chapitre, que si les récollets commirent bien des fautes, surtout pendant les deux administrations de Frontenac ?, leurs travaux
apostoliques dans l’Eglise du Canada ne furent pourtant ni
sans gloire ni sans mérites. Frontenac, qui était leur protecteur dévoué, fut en même temps leur mauvais génie. Ils épousèrent trop souvent ses préventions et ses haines, et réussirent à répandre la zizanie dans le champ du père de famille.
Quand ce gouverneur eut disparu de la scène, la conduite des récollets fut toute différente. Ils s’assimilèrent de plus en plus avec le reste du clergé, se soumirent parfaitement à la direction de l'évêque, et produisirent par leur ministère d’heureux fruits de salut.
Lorsque M. de Latour vint à Québec vers 1730, il trouva dans leur couvent des hommes de choix, aui menaient la vie la plus édifiante. ‘‘Je leur dois cette justice, dit-il ; pendant le temps de mon séjour à Québec, les récollets édifiaient la colonie, et travaillaient avec fruit. J’y ai vu en particulier le P. Justinien Durand, que je regardais avec tout le public comme un saint 5. ”
Les récollets, par leur vie pieuse et régulière, leurs habi-
1— Latour, p. 209.
3 — Latour, p. 205.
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travaux urtant ni leur prois génie.
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tudes simples et frugales, acquirent bientôt l'estime de tout le monde, et devinrent très populaires en Canada. Vivant de quêtes, allant de famille en famille, parcourant les campagnes à des époques à peu près déterminées, ils étaient reçus partout à bras ouverts. Leur visite était attendue avec imnatience, comme un jour de fête. On avait hâte de revoir ces bons moines, à la robe de bure, au visage serein et réjoui, à l’humeur toujours égale, qui reflétait si bien la limpidité de leur âme. Ils.étaient les favoiis du peuple canadien.
De leur côté, ces bons religieux s'étaient attachés à notre pays. Ils aimaient les Canadiens, et leur rendaient, dans l’occasion, le meilleur témoignage. Lorsqu'ils retournaient en France, surtout, ce n’était pas pour nous dénigrer qu'ils prenaient la plume, c'était pour faire notre éloge.
L'un d’eux, le P. Chrétien Leclerc, écrivait au sujet des Canadiens :
‘ Les chefs de famille qui ont passé au Canada étaient en France de bons bourgeois de ville médiocrement accommodés, ou des artisans de différents métiers, des laboureurs peu aisés, ou des soldats, mais tous honnêtes gens de leurs personnes, ayant de la probité, de la droiture, de la religion, gens d'honneur dans leur état et dans leur condition : l’on sait même que quantité de chefs sont passés en Canada, à dessein de contribuer à la conversion des sauvages.”
Puis il ajoutait: ‘ Un grand homme d'esprit m'a dit qu’il ne connaissait pas de provinces du royaume où il y
eût à proportion et communément plus qu’en Canada de fond d'esprit, de pénétration, de politesse, de luxe même dans les ajustements, un peu d’ambition, désir de paraître, de courage, d'intrépidité, de libéralité, et de génie pour les grandes choses. Il no':3 assur.it que nous y trouverions même un langage plus poli, une énonciation nette et pure, une prononciation sans accent...”
Et comme pour faire voir que son attente n'avait pas été trompée, le P. Chrétien Leclerc disait encore plus loin:
‘{ Les Canadiens sont pleins d'esprit et de feu, de capacité et d’inclination pour les arts, quoiqu’on se pique peu de leur inspirer l’application aux Lettres, à moins qu’on ne les destine à l'Eglise 1.”
Ces paroles du P. Leclerc sont évidemment d’un homme sincèrement attaché à notre pays.
1 — Chrétien Leclerc, Premier Etablissement de la Foi.
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