‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 95 · Histoire de l'Hôtel-Dieu de Quebec · texte numérisé non relu

Histoire de l'Hôtel-Dieu de Quebec

L'étable où elle s'était logée en 1657 fut bientôt insuffsante pour le besoin des sœurs et celui des écoles. Elle fit alors bâtir une maison assez grande pour loger douze personnes ; puis elle en acheta une autre située tout auprès.

., les sœurs de la Congrégation témoignant toutes le a ur d’avoir une demeure plus spacieuse, elle consentit à leur dessein ; et l’on bâtit sur le terrain contigu à l’étable une grande maison en pierre.

En jetant les yeux sur la carte de Montréal à cette époque, on y voit groupées ensemble, au sud-est de l’emplacement de l’église actuelle de Notre-Dame, au nord et au sud de la rue Saint-Paul, tout près du fleuve, les trois communautés qui furent comme le noyau générateur de cette grande cité : Saint-Sulpice, l'Hôtel-Dieu, la Congrégation de Notre-Dame.

C'est sur ce petit coin de terre, à quelque distance du Fort et de l’endroit béni où fut célébré pour la première fois le saint sacrifice de la messe à Montréal 1, près de cette place Royale, où le fondateur de Québec, Champlain, avait fait en 1611 les premiers défrichements et jeté les premières semences, c’est sur ce coin de terre que reposèrent longtemps toutes les espérances de Montréal; c’est de là que partait le souffle de la prédication évangélique, de la charité et du dévouement sous toutes ses formes.

‘ Toute l’île de Montréal, dit Charlevoix, ressemblait alors à une communauté religieuse. On avait eu dès le commencement une attention particulière à n’y recevoir

1 — Voirt. I, p. 269.

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Ncus arons vu ! que Mgr de Laval approuva par écrit, en 1669, la communauté naissante de la Congrégation. L'année suivante, Marguerite Bourgeois se rendit en France pour faire reconnaître civilement l'existence de son institut: et dès le mois de mai 1671 elle obtenait du roi l’objet de sa demande.

Comment cette personne jusqu'alors inconnue, qui n’appartenait pas à la noblesse, et n’avait aucune relation à la Cour, réussit-elle si promptement à faire reconnaître sa nouvelle Congrégation, à une époque, surtout, où il y avait déjà dans le royaume tant de communautés de toutes sortes ? Il faut voir ici l'intervention manifeste de la Providence. Le gouverneur et l’intendant avaient recommandé d’une manière pressante auprès de la Cour l’œuvre de la sœur Bourgeois, et elle reçut aussi l’appui de plusieurs personnes distinguées qui s’intéressaient à l’avenir du Canada. Mais nul doute que la permission donnée par

1— Voirt. I, p. 676.

Mgr de Laval ne fut d'un grand poids pour la réussite de cette affaire; car le prélat jouissait à la Cour d’unegrande réputation de sagesse et de prudence.

Les lettres patentes approuvant l’établissement des sœurs de la Congrégation furent enregistrées d’abord au parlement de Paris, puis au Conseil souverain de Québec, et à Montréal.

En 1676, Mgr de Laval, devenu évêque de Québec, voulut reconnaître encore plus solennellement les sœurs de la Congrégation, et leur donna le beau mandement que nous avons déjà eu occasion de citer !. ‘‘ Le prélat, a dit une des religieuses de cette maison, a toujours été pour notre vénérable mère, un père et un protecteur 2.”

Dieu voulur que la Congrégation de la sœur Bourgeois, comme toutes les grandes œuvres destinées à vivre, passât, dès le principe, par l'épreuve de l’adversité. ‘ Comme il entrait dans les vues de la Providence, dit M. Faillon, de fixer l’établissement des sœurs dans un endroit plus vaste, et plus à proximité de la population, qui se portait à la haute ville, on eût dit que Dieu voulait disposer la sœur Bourgeois à l’accomplissement de ses desseins, en permettant que sa maison fût entièrement consumée par les flammes.”

L’incendie éclata dans la nuit du 6 au 7 décembre 1683, et anéantit en un instant la maison et tous les effets qu’elle contenait. L’embrasement fut même si violent et si

1— Voir t. I, p. 578.

2 — Procès préliminaire de Béatification de Mgr de Laval.

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soudain, que deux religieuses périrent au milieu des flammes; peu s’en fallut que les autres n’y fussent aussi enveloppées.

Tout le monde, au Canada et en Franre, fut profondément affligé de ce désastre, qui réduisait À une si grande misère une communauté que l’on avait appris à estimer et à vénérer. Seule la sœur Bourgeois ne montra aucun abattement ; elle s'était toujours reproché d’avoir bâti une maison si vaste et si confortable, et d’avoir pour ainsi dire tenté la Providence. ‘ Ce malheur, disait-elle, est une juste punition du Ciel pour la faiblesse que j’ai eue, lorsque j’ai conse:iti, par un esprit peu conforme à la pauvreté, à l’humilité et à la mortification, qu’on ait bâti cette grande maison... J'étais plus joyeuse que triste de cet incendie .”

Mgr de Laval, en apprenant ce malheur, écrivit de Québec à M. Dollier, supérieur du séminaire: ‘ J'ai été sensiblement touché de cet accident, et particulièrement de la perte des deux sœurs Geneviève et Marguerite, enveloppées dans l'incendie. C'étaient des fruits mûrs pour le ciel, mais qui étaient bien nécessaires à cette communauté. Les jugements de Dieu sont bien différents de ceux des hommes ; c’est pourquoi il faut adorer les secrets de sa Providence, et s’y soumettre.”

Ce qui affligea surtout la sœur Bourgeois, ce fut la proposition que lui fit, aussitôt après l'incendie, Mgr de Laval, de dissoudre sa communauté, pour s’agréger avec ses compagnes aux ursulines de Québec. Le pieux prélat voyait

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les sœurs dans un si grand dénuement, qu’il ne croyait pas qu’elles pourraient jamais se relever de cette catastrophe. Il revenait pour ainsi dire instinctivement à la première idée qu’il avait toujours caressée : n’avoir qu’une

seule communauté de femmes enseignantes dans son diocèse. Il oubliait que les ursulines, étant cloîtrées, n'auraient pu être aussi utiles que les sœurs de la Congrégation pour l'éducation des enfants de la campagne. La sœur Bourgeois fit à l’évêque les objections les plus

fortes et les plus respectueuses.

‘ Mgr de Laval, qui avait toujours eu une très grande estime pour la vertu de cette bonne sœur, dit M. Faillon, et qui songeait alors à se démettre de ses fonctions en demandant au roi un coadjuteur, ne crut pas devoir insister, et abandonna l'avenir de la Congrégation à la divine Providence.”

C'était l’abandonner entre bonnes mains. La Congrégation se releva bientôt de ses ruines, et se rétablit, non pas au même endroit, mais un peu plus haut, à côté de l'Hôtel-Dieu, sur des bases plus larges que celles qu’elle avait auparavant.

Lorsque Mgr de Saint-Valier vint pour la première fois au Canada, deux ans après l’incendie, la sœur Bourgeois était alors entourée de quarante compagnes; et le prélat fut frappé de la facilité avec laquelle cette maison s'était relevée du désastre de l'incendie.

‘ C'est ne merveille, dit-il, qu’elles aient pu subsister après l’accident qui leur arriva. Toute leur maison fut

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brûlée en une nuit... Le courage les soutint dans leur extrême pauvreté; et quoiqu’elles fussent plus de trente, la divine Providence pourvut à leurs pressantes nécessités. Il semble même que cette calamité n’ait servi qu’à les rendre plus vertueuses et plus utiles ay prochain; caril n’y a point de bien qu’elles n’aient entrepris depuis ce temps-là 1,”

La vénérable Marguerite Bourgeois survécut de nombreuses années à l'incendie de 1683. Lorsqu'elle mourut en 1700, il y avait 47 ans qu’elle était au Canada.

Le lecteur n’a pas oublié le glorieux témoignage que Mgr de Laval rendit alors à sa vertu 2. ‘‘ C'était, a dit de son côté la sœur Morin, une personne capable en toutes choses. Les affaires temporelles et spirituelles réussissaient toujours bien entre ses mains, parce que c’est l’amour du Seigneur qui la faisait agir et qui lui donnait l’intelligence. On aurait peine à trouver une fille comme celle-ci, qui a tout le caractère de la femme forte de l'Evangile 3.”

En même temps que l’œuvre de Marguerite Bourgeois fleurissait à Montréal, celle de Jeanne Mance prenait aussi de merveilleux développements.

Cette sainte fille, comme il a été dit plus haut, avait fondé, dès 1642, l'Hôtel-Dieu de Montréal. ‘ Une cuisine, une chambre pour Mile Mance, une autre pour les servantes, deux pièces pour les malades, le tout formant un

1 — Etat présent de l'Eglise.

2— Voir t. I, p. 622.

3— Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

bâtiment de soixante pieds de long sur vingt-quatre de large, enfin un petit oratoire en pierre, de neuf à dix pieds carrés, orné assez proprement et voûté, pour que le très saint sacrement pût être à couvert de la pluie: ce fat, dit M. Faillon, tout ce qui composa d’abord l’hôpital de Montréal 1,”

Repassée en France en 1657, Jeanne Mance revint au Canada en 1659, en même temps que Marguerite Bourgeois. Elle avait avec elle quelques sœurs hospitalières de La Flèche, à qui on avait résolu de confier la direction de l'hôpital. Les noms de ces pieuses héroïnes méritent, comme les compagnes de Marguerite Bourgeois, de passer à la postérité : c’étaient les sœurs Catherine Macé, Judith Moreau de Brésolles, et Marie Maillet.

Aussitôt après leur arrivée à Québec, elles se rendirent à l’église paroissiale, puis allèrent présenter leurs hommages à Mgr de Laval, et solliciter son approbation. Dans leur requête, après avoir rappelé que la Compagnie de Montréal les avait choisies pour desservir l'Hôtel-Dieu, et qu’une personne de piété leur avait donné un fonds suffsant pour subsister sans être à charge aux pauvres, elles disaient au prélat qu’elles venaient au Canada sous le bon plaisir de l’évêque d'Angers, et le priaient de vouloir bien autoriser leur établissement à Montréal.

Mgr de Laval les accueillit avec bonté, les félicita de leur courage, et les pria, en attendant sa réponse, d’aller

1— Vie de Mille Mance.

itre de se retirer chez les religieuses ursulines, qui leur donnèrent « pieds une cordiale hospitalité.

le très L’évêque prit un mois avant de leur donner la permisfat, dit | sion qu’elles sollicitaient, ‘Il aurait désiré, pour le bien de ; Mont- , la paix, dit la sœur Juchereau, de n'avoir qu’un seul institut d’hospitalières au Canada; il avait même envoyé int au deux hospitalières de Québec à Montréal pour sonder le Bour- terrain, et voir si elles ne pourraient pas s’y établir.” ères de M. de Queylus abondaiïit dans ce sens; ou plutôt c’est tion de lui-même, d’après la sœur Morin, qui avait suggéré de éritent, n’établir qu’un institut d’hospitalières au Canada. | passer ‘Je reviens, dit-elle, à Mgr de Pétrée, qui est grand Judith serviteur de Dieu, et un homme tout apostolique. Il ne fit jamais violence au sentiment de nos sœurs, se contentant dirent de leur dire qu’elles lui feraient un grand plaisir de faire s hom- ce que M. l’abbé de Queylus souhaitait ; qu'il y voyait à. Dans aussi leurs avantajes, en attirant sur elles et sur leurs nie de entreprises la protection de cet homme, qui était en pou- Dieu, et voir de leur faire beaucoup de bien, si elles voulaient s suffi- entrer dans ses sentiments ; qu’il lui avait donné parole s, elles de ne les point établir dans les formes, et qu'il ne le ferait le bon pas 1... ” ir bien Ce témoignage de la sœur Morin nous fait veir que Mgr de Laval était uni à M. de Queylus, non seulement par une ita de parfaite communauté de vues sur les sujets les plus impord'aller tants de son administration, mais aussi par une sincère

estime et un profond attachement. Il n’avait fallu rien

‘1 — Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

moins que la voix impérieuse du devoir, pour le forcer à se séparer de lui et à le combattre sur la question de la juridiction de l’archevêque de Rouen.

Les hospitalières de Montréal ne voulurent jamais consentir à s’agréger à celles de Québeo : ‘* La mère Judith de Brésolles, continue la sœur Morin, qui était vraiment une Judith en courage et en fidélité, sachant que ses compagnes étaient intrépides dans leur dessein, répondit pour elles qu’elles ne le feraient pas.”

De leur côté, les associés de Montréal refusaient de donner les secours qu’ils avaient p, omis pour l'Hôtel-Dieu, si l’on n’en confiait la direction aux filles de leur choix, les religieuses de La Flèche.

Mgr de Laval, qui ne voulait en tout que le bien de la Religion, et qui ne fut jamais attaché à ses idées que dans les questions où la doctrine et la morale exigeaient qu’il fût inflexible, finit par renoncer à son projet d’union, et donna à ces religieuses de magnifiques lettres d’obédience pour aller prendre possession de la direction de l’Hôtel- Dieu de Montréal. Ce document est rempli de sentiments si paternels, que nous prenons plaisir à le citer tout entier.

‘ À nos chères sœurs Judith Moreau, Catherine Macé et Marie Maillet, hospitalière de Saint-Joseph de La Flèche, salut.

‘ Nous ayant ci-devant, à la venue d’un vaisseau de France, présenté une obédience de Mgr l’évêque.d’Angers, datée du 25 du mois de mai 1659, qui nous rend témoignage de votre piété, zèle et charité, qui vous a portées jusqu’à passer dans ces nations infidèles, pour vous y

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consacrer au soin et gouvernement des pauvres malades sauvages et français de l’un et de l’autre sexe dans l'hôpital de Saint-Joseph de l’île de Montréal, pour y servir et administrer le dit hôpital de Saint-Joseph et y faire les fonctions de votre institut; ce considéré, nous vous avons jugées capables de vous acquitter dignement de cet emploi.

‘C’est pourquoi nous vous permettons d'aller au dit Montréal pour y servir et y gouverner les pauvres malades, hommes et femmes, sauvages et Français, selon la bien séance et pureté convenables à votre sexe et à votre profession, et pour y vivre selon votre institut, jusqu’à ce que nous vous en ayons ordonné autrement, et que toutes les conditions requises à votre parfait établissement aient été accomplies: cependant nous vous enjoignons et exhortons de vous comporter en telle sorte, que, par l’exemple de votre vie et par vos soins pour les pauvres malades, l’on puisse connaître que vous êtes vraies filles de la charité.

‘ Nous supplions Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sa sainte Mère, et le bienheureux saint Joseph, protecteur de cette Eglise naissante, de bénir votre zèle, et votre voyage, dans lequel nous vous commettons aux soins de notre’cher et bien-aimé Guillaume Vignal !, prêtre, lequel nous vous avons donné pour confesseur dans votre résidence au dit hôpital de Montréal.

1 — Il vint au Canada en 1648, fut longtemps chapelain des ursulines de Québec, devint ensuite membre de Saint-Sulpice, et fut tué pee les Iroquuis en 1661, à peu près en même temps que son confrère,

. Lemaître.

‘ Nous vous recommandons de garder partout la modestie et retenue convenable à des épouses de Jésus-Christ et filles de saint Joseph ; et ayant égard au choix que Mgr l’évêque d'Angers a fait de vous, notre dite sœur Judith Moreau, pour tenir la place de supérieure, et aussi à la prière que vous, nos sœurs Catherine Macé et Marie Maillet, nous avez faite de confirmer cette nomination, nous vous ordonnons, et à toutes celles qui pourront ci-après être du

nombre de vos sœurs, de rendre à la dite sœur Judith Moreau le respect et l’obéissance que vous devez à votre supérieure ; et à vous, notre chère sœur Judith Moreau,

d’avoir pour toutes vos sœurs la douceur et la charité qu’une mère doit porter à des filles bien-aimées, sans toutefois permettre aucunrelâchement à l'esprit de votre institut, afin que tout puisse réussir à la gloire de Dieu, au salut des âmes, et à votre sanctification. C’est pourquoi nous vous donnons notre bénédiction 1.”

Une grande épreuve vint assaillir l'Hôtel-Dieu de Montréal à ses débuts. M. de la Dauversière, fondateur des religieuses hospitalières de La Flèche, venait de mourir ?, laissant dans ses affaires un déficit considérable, et faisant perdre à l’'Hôtel-Dieu les 20,000 livres de fondation que lui avait faite Mme de Bullion.

Les hospitalières de Montréal n'ayant plus rien pour subsister, les associés de Montréal leur écrivirent de

1 — Archives du séminaire de Québec, Obédience de Mgr de Pétrée aux filles de Saint-Joseph pour l'hôpital de Montréal, 2 octobre 1659, 2 — Le 6 novembre 1659.

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repasser en France. Encouragées cependant par les MM. de Saint-Sulpice et par les citoyens de Montréal, elles résolurunt de rester quand même au Canada, et de s'appuyer uniquement sur le secours de la Providence.

Mgr de Laval les encouragea dans leur résolution, et se rendit aux prières des citoyens. ‘‘ Les bonnes mères hospitalières qui vinrent l’année dernière s'établir à Montréal, écrivait de Québec Marie de l’Incarnation, ont été à la veille de repasser en France, leur fondation étant saisie et regardée comme perdue. Mais Mgr notre prélat les a

- retenues sur la requête qui lui a été présentée par les

habitants de Montréal ; ‘car ce sont des filles d’un grande vertu et édification 1.”

Il espérait toujours cependant qu’elles finiraient par consentir à s’affilier à celles de Québec, de manière à ne former qu’un seul institut; et il continuait à les presser en ce sens.

‘Ce combat de nos sœurs a duré douze ans, pendant lesquels on les a sollicitées très fortement, ou de retourner en France, ou de s’unir aux religieuses de Québec, dit la sœur Morin: ce que Notre-Seigneur a permis pour exercer la vertu de nos mères, et faire connaître leur fermeté dans leur dessein. Pendant tout ce temps elles souffrirent beaucoup de résister au sentiment de Mgr l’évêque, de M. l’abbé de Queylus.et des RR. PP. jésuites, qui se mirent aussi de la partie par complaisance ?. ”

1 — Lettre historique, 17 septembre 1660.

2 — Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

Qui n’admirerait ici, comme en toutes choses, la prudence de Mgr de Laval? Il ne fait rien avec humeur ou précipitation. Avant d'autoriser définitivement une nouvelle communauté dans son diocèse, il veut s’assurer que c’est bien dans les vues de la Providence.

Il reconnut toutefois indirectement les sœurs hospitalières de Montréal, lorsqu'il permit à M. Soûart de recevoir les vœux de la sœur Morin.

Cette religieuse, dont le nom est souvent mentionné dans cet ouvrage, et qui à écrit avec beaucoup de talent les annales de sa communauté, était native de Québec, et sœur de M. Germain Morin, premier prêtre canadien. Elle était jeune encore, lorsque les hospitalières de La Flèche arrivèrent en Canada, et se sentit intérieurement appelée de Dieu à aller les rejoindre à Montréal.

Mgr de Laval, informé de son pieux dessein, voulut la voir, et l’encouragea dans sa vocation. Elle entra, en effet, comme postulante, à l’'Hôtel-Dieu de Montréal, au mois d'août 1662.

‘ Pendant quatre ans, dit M. Faillon, se voyant seule au noviciat, sans autre compagnie que celle de trois autres ‘hospitalières venues de France, toutes fort sérieuses et avancées en âge, presque sans espérance d’en avoir jamais d’autres dans cette maison, la perspective de cet avenir la remplissait de tristesse et l’affligeait vivement. A cela vint se joindre une tentation des plus violentes: une affection

pour ses parents si vive et si excessive, qu’elle n’avaitjamais rien éprouvé de semblable, quoiqu’elle les eût toujours

aimés très tendrement : tentation qui la sollicitait fortement à quitter l’Hôtel-Dieu pour aller les rejoindre. ”

Elle finit cependant par surmonter cette tentation, et pria M. Soûart de‘la lier à la communauté en recevant ses vœux. M. Soûart en écrivit à Mgr de Laval; mais le prélat, soit pour éprouver davantage la vocation dela sœur Morin, soit pour ne pas paraître reconnaître encore la communauté, refusa tout d’abord de donner sa permission. Près de deux ans se passèrent ainsi, pleins d’angoisses et d’incertitudes pour la pauvre novice.

Dans l’automne de 1664, l’évêque écrivit enfin à M. Soûart: pour l’autoriser à lui donner l’habit religieux, à recevoir ses vœux, et même à faire la cérémonie en public. ‘Je ne vois rien, disait-il, dans la bonne sœur Morin, qui empêche qu’elle ne se donne entièrement à Notre-Seigneur par une sainte union et association à lui. Vous pouvez donc recevoir ses vœux en notre nom, entre vos mains, sur le pouvoir que nous vous en donnons. Je ne manquerai pas de demander à toute la sainte Famille de recevoir le: sacrifice parfait et entier de son cœur. Je le crois bien disposé pour cela. Qu'elle se souvienne de demander à Notre-Seigneur et à sa très sainte Famille qu’il me fasse miséricorde.”

Elle reçut l’habit et prononça ses vœux le 20 mars 1665 1, Cette cérémonie, autorisée par Mgr de Laval, était, dit

1 — Son frère fut ordonné prêtre quelques mois plus tard, le 19, septembre 1665.

M. Füaillon, ‘comme un acte authentique de leur établissement, qui leur avait été contesté jusqu'alors 1; et depuis ce jour on n’éleva plus de difficultés sur l’existence canonique de la communauté 2.”

Leur existence civile fut aussi reconnue quatre ans plus tard. L'intendant Talon ayant fait convoquer une assemblée des citoyens de Montréal, il fut unanimement convenu de demander au roi des lettres patentes pour l’'Hôtel-Dieu.

Mgr de Laval appuya la demande des citoyens. M. Soûart

passa en France (1667), présenta la requête, et obtint, par l'entremise du ministre Colbert, les lettres patentes demandées (1669).

Dans ces lettres, non plus que dans la requête des citoyens, le nom de Mile Mance, la véritable fondatrice de

l’'Hôtel-Dieu de Montréal, n’est pas même mentionné, Cette humble et sainte fille s'était complètement effacée, depuis qu’elle avait réussi à confier à des religieuses la direction de cette maison. Elle continua cependant de demeurer avec elles, gardant le titre de fondatrice, et édifiant tout le monde par ses vertus. Elle mourut, au témoignage de la sœur Juchereau, en odeur de sainteté, au mois de juin 1678.

Mgr de Laval, qui avait déjà approuvé implicitement,

1 — Cette expression ne nous paraît pas exacte. Mgr de Laval n’a pas contesté l'établissement de l'Hôtel-Dieu, pas plus que celui de la Congrégation ; mais avant de leur donner l'institution canonique, il voulut temporiser et user de sagesse. Il agit avec la prudence d’un saint.

9 — Vie de Mlle Mance.

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n plusieurs occasions, l’Hôtel- Dieu de Montréal, le reconnut encore d’une manière plus éclatante, le 7 octobre 1671, en donnant à M. Soûart tous les pouvoirs nécessaires pour admettre les religieuses à la profession des vœux solennels, qu’elles devaierc faire, depuis que la communauté de La Flèche avait été érigée en Ordre religieux par le souverain pontife. ‘‘ Par là, dit la sœur Morin, le prélat acheva cet établissement pour ce qui est du spirituel, de manière à ne pouvoir s’en dédire.”

Il montra aussi en plusieurs rencontres l'intérêt qu'il portait à leurs affaires temporelles 1. Voyant la grande pauvreté où elles se trouvaient réduites, il songea à leur faire rendre par le séminaire de Saint-Sulpice une somme de 22,000 livres que Mme de Bullion avait donnée pour l'Hôtel-Dieu, et que Mile Mance avait passée de bonne foi, mais sans autorisation écrite, aux associés de Montréal, pour la défense de l’île contre les Iroquois, en 1658.

Les Associés avaient donné, ilest vrai, en compensation, une certaine étendue de terre à l'Hôtel-Dieu; mais Mgr de Laval jugeait que la compensation n’était pas suffisante, et il demandait que les MM. de Saint-Sulpice, qui avaient

1 —On trouve dans les archives du séminaire de Québec un grand nombre de documents qui prouvent le soin avec lequel Mgr de Laval s’occupait de ses communautés. Nous y avons remarqué, entr'autres, une procuration, en date du 21 octobre 1667, passée devant les notaires Duquet et Rasset, par laquelle il chargeait Mgr Abelly, évêque de Rodez, M. de Lauson-Charny, alors en Europe, et M. Poitevin, curé de Saint-Josse, de traiter les affaires de cet hôpital en France. Nous y avons vu aussi une ‘‘ lettre de remerciemert d’une sœur de l'hôpital de Villemarie à l’évêque de Québec, pour ce qu’il & fait en faveur des dilles de Saint-Joseph.”

succédé à la Compagnie, reprissent leur terre et rendissent la somme. A défaut de la somme, il obtint que l’on accordât aux religieuses une plus grande étendue de terre, ce

qui leur fut d’un grand secours pour l'entretien de leurs

malades.

Le 6 novembre 1678, il leur donna une lettre par laquelle il les exemptait de payer la dîme sur toutes les propriétés qu’elles possédaient, ‘en considération, disait-il, des grands services qu’elles avaient rendus au pays 1.”

Plus tard, en 1695, retiré depuis longtemps des affaires, et vivant humblement dans son séminaire de Québec, il apprend qu’un incendie terrible vient de détruire de fond en comble l’Hôtel-Dieu de Montréal. Le vieil évêque s’est dépouillé de tout en faveur de la jeunesse canadienne; il a cédé tous ses biens au séminaire, et n’a plus à sa disposition qu’un petit revenu annuel bien modique, dont il emploie la plus grande partie en bonnes œuvres. Il trouve moyen, cependant, de prouver à ses bonnes sœurs qu’il compatit à leur détresse, et leur fait parvenir la somme de 200 livres 2: témoignage non équivoque de l'affection que le saint prélat portait à ses communautés de Montréal.

1 — Archives du séminaire de Québec.

2— Annales de l’'Hôtel-Dieu de Montréal.

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