‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 95 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Deuxième lettre au cardinal Spada. -— Mgr de Laval et le saint-siège. — La Déclaration de 1682. — 1681-1682.

Mgr de Laval, au retour de son deuxième voyage en France, avait écrit à Rome au cardinal Spada, qu’il avait bien connu comme nonce à Paris, pour le féliciter de son élévation à la pourpre romaine, et solliciter par son entremise quelques faveurs spirituelles pour l'Eglise du Canada. Il voulut, après son troisième voyage, et lorsqu'il eut achevé la visite de son dioce4c, profiter des bonnes relations qui l’unissaient à ce prince de l'Eglise, pour lui envoyer une nouvelle expression de ses sentiments de dévouemeni et de respect pour le saint-siège.

‘ Te dois beaucoup de reconnaissance à Votre Eminence, dit-il, tant pour ses lettres si pleines de bienveillance, que pour le diplôme pontifical qu'Elle m'envoie; car je ne doute pas que c’est à Elle que je le dois. Rien ne m’a plus touché que ce témoignage de la bonté paternelle du souverain pontife à mon égard: rien ne peut me prouver davantage l'intérêt qu’il porte à cette Eglise naissante, dont on m’a confié l'administration il y a plus de vingt

ans. C’est pour moi un puissant encouragement à continuer avec persévérance les travaux qu’exige le bon gouvernement de ce diocèse.

‘‘ La grande bienveillance de Votre Eminence, et le zèle qu'Elle porte pour le soutien de cette Eglise, m’engagent à l’entretenir de ce qui a été fait pour l'administration de ce diocèse, depuis que j’ai eu l’honneur de lui écrire.”

I] lui parle ensuite du chapitre qu’il a institué aussitôt après l'érection du diocèse !. Les chanoines, sans doute, étaient encore amovibles, et n’avaient pas reçu leur brevet ; mais ils remplissaient essentiellement les intentions de la bulle, ainsi que les obligations contractées par l’évêque en recevant les abbayes de Maubec et d’Estrées.

‘ Afin d’affermir, ajoute le prélat, ce qui a été si bien commencé, j'ai cru devoir placer des curés fixes partout où les choses paraissaient suffisamment avancées, afin que les paroisses fussent administrées suivant la discipline

ordinaire reçue dans l'Eglise. Ces curés ont tous été

formés dans mon séminaire. Quant aux endroits qui ne sont pas encore en état de recevoir des curés fixes, jy pourvois par des missionnaires qui leur sont envoyés au besoin.”

La Propagande, dans son rescrit de 1666, avait approuvé d’une manière provisoire le système de curés amovibles qu’il avait d'abord établi, en attendant que le diocèse fût

1—‘M. de Bernières fut élu doyen du chapitre, en 1674 ; il n’en reçut le brevet que le 7 novembre 1684.” (200e anniversaire de la fon dation du séminaire de Quebec, p. 35.)

nti- canoniquement érigé. Il comprit qu’advenant cette érecou- tion, il devait se conformer à ‘‘ la discipline ordinaire reçue dans l'Eglise ; ” et l’on ne peut douter que, lorsqu'il s'e plaça des curés fixes et résidents dans tous les endroits où ga il put le faire, ce fut encore bien plus pour obéir aux désirs ion du saint-siège, que pour se rendre aux exigences de la , Cour.

itôt Mgr de Laval comprenait parfaitement qu’un système ute, de curés amovibles et constamment révocables ne pouvait ret ; être que temporaire. Aussi, dans son mandement de 1663, à la le fonde-t-il sur une exception, très respectable, sans doute: que ‘la gainte pratique des premiers siècles, dit-il, suivie encore à présent dans plusieurs diocèses du Royaume. ” bien Mais il savait que la règle générale, c'était ‘ la discipline out reçue dans l'Eglise.” que Cela ne dérangeait rien, du reste, pour son séminaire. line Les curés fixes, résidents, inamovibles même dans les été paroisses, pouvaient très bien, surtout si l’évêque l’agréait, ine continuer à lui rester affiliés et à lui rendre compte de tous j'y leurs revenus. Leur liberté, en cela, restait intacte; et au nous avons vu que la plupart, en effet, demeurèrent agrégés à cette maison.

uvé Mgr de Laval entretient ensuite le cardinal Spada de son bles grand séminaire, dont il a posé la première pierre, au mois fût de mai 1678:

‘ Ce séminaire, dit-il, commencé il y a trois ans, est n'én enfin terminé !, Comme il est vaste et commode, il donne fon- a ————— = ————————

1 — Il voulait dire logeable ; car on y travailla jusqu’en 1698.

du logement non seulement pour un grand nombre de clercs, mais aussi pour beaucoup de jeunes gens que l’on instruit et que l’on forme pour l’état ecclésiastique. On les prend à neuf ou dix ans, et on les met dans cette maison ; il y en a maintenant quarante. J'ai lieu de croire qu’ils serviront un jour utilement la sainte Eglise. Neuf d’entre eux, déjà, ont été ordonnés prêtres: je fonde de grandes espérances sur leur savoir et sur leur piété 1.”

Mgr de Laval rend un beau témoignage au zèle et au dévouement de son clergé :

‘ Grâce à Dieu, dit-il, nous avons travaillé avec non moins de succès que de labeurs à convertir à Jésus-Christ les âmes des infidèles. Les Pères de la Compagnie de Jésus s’emploient à cette œuvre sublime, avec leur zèle ordinaire pour procurer la gloire de Dieu. Et ce qui fait, de plus, notre joie et notre consolation, c’est qu’il n’y a aucun prêtre de ce diocèse qui ne travaille également de toutes ses forces et avec succès à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. ”

Le pieux prélat supplie enfin le cardinal de vouloir bien employer son influence auprès du souverain pontife, pour obtenir que l’abbaye d’Estrées soit unie canoniquement à l'évêché de Québec. ‘ Les revenus de l’abbaye de Maubec, dit-il, ne suffisent pas pour faire vivre l’évêque.” Il demande de plus que les menses monacales des deux abbayes soient affectées au soutien du chapitre.

1 — Ils’est pourtant rencontré des gens qui ont reproché àk Mgr de , . 24 À . , .

Laval d'avoir été opposé à la formation d'un clergé national. Comme si tout, dans sa vie, n'était propre à lui épargner ce reproche !

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‘“ Je conjure Votre Eminence de vouloir bien intercéder auprès du souverain pontife, pour obtenir au plus tôt le règlement de cette affaire, qui intéresse si vivement le bien de cette Eglise naissante. Rien ne me semble plus nécessaire pour en assurer l’affermissement. Je devrai à Votre Eminence une reconna'ssance éternelle, si Elle m’obtient cette faveur; ou plutôt ce sera un nouveau titre.à celle que je vous dois déjà pour tant de bienfaits reçus. ”

Il devait s’écouler plusieurs années, avant que l’union de ces abbayes fût définitivement opérée. Mgr de Saint- Valier lui-même y travailla pendant longtemps.

Dans les lettres de Mgr de Laval au cardinal Spada, il est facile de remarquer son attachement inviolable à la Chaire de Pierre, son profond respect pour la sainte Eglise romaine, la mère de toutes les Eglises, et pour la personne du saint-père, sa reconnaissance pour la moindre faveur tombée du trône pontifical. Les mêmes sentiments éclatent dans toute sa correspondance avec le saint-siège, ainsi que sa disposition à se soumettre en tout aux volontés du souverain pontife.

On se rappelle ses démêlés avec M. de Queylus. Il ne cache rien de sa propre conduite, ni des prétentions de l'archevêque de Rouen. Il expose tout avec calme et sincérité ; puis il demande à la Propagande sa protection : ‘ La seule grâce que je sollicite de votre bonté, dit-il, c’est que, si quelqu'un veut troubler la paix et l’union qui règnent parmi nous, et qui font jue nous ne sommes tous qu’un cœur et qu’une âme, vous l’arrêtiez par votre autorité ;

car, ajoute-t-il, 1à; où manque l’esprit de charité, je com-

prends qu’il ne peut y avoir davantage cet esprit de Jésus- Christ, sans lequel tous nos travaux, nos soins et nos efforts sont inutiles 1,”

Il fait plus ; il s’adresse au pape lui-même: ‘ Oserais-je prier Votre Sainteté, dit-il, de faire comprendre aux éminentissimes cardinaux, qu'Elle a à cœur les affaires de notre Eglise ? Toutes petites et humbles qu’elles soient, elles ne sont pas indignes du vicaire de Jésus-Christ, puisque Notre-Seigneur lui-même s’en est occupé avec affection, et qu’il a versé son sang pour nos pauvres sauvages comme pour les Romains ?. ”

Nous avons vu avec quelle force et quelle persévérante énergie il soutint, au Canada, les droits de son autorité contre les prétentions de M. de Queylus et de l’archevèque de Rouen. Et cependant, en écrivant au saint-père, il semble se défier de lui-même: ‘ Pour moi, dit-il, il me paraît évident que si l’on admet ici la juridiction de l’archevêque de Rouen, c’en est fait de l’autorité du saint-siège et de la mienne ; mais je supplie Votre Sainteté de vouloir bien me donner là-dessus son sentiment. ”

Puis, après avoir exposé au pape les agissements de M. de Queylus au Canada, à Paris et à Rome, les encouragements qu’il a reçus de plusieurs personnages, et les craintes que tout cela ne nuise à l'Eglise de la Nouvelle-France : ‘ J'ai cru, dit-il, ne devoir rien cacher au vicaire de Jésus-

1 — Lettre de Mgr de Laval à la Propagande, 13 juin 1660. 2 — Le même à S. S. Alexandre VII, 29 octobre 1660.

Christ, mais tout lui faire connaître comme à Notre- Seigneur lui-même. Maintenant, quelle que chose que Votre Sainteté ordonne, je suis prêt à lui obéir 1. ”?

Rien n’égale son humilité, et sa déférence à l'égard des Congrégations romaines. En envoyant à la Propagande un de ces rapports qu’il faisait avec tant de soin, de clarté et de méthode : ‘ Cet exposé, dit-il, mettra sous vos yeux les principaux actes de notre administration, afin que, si votre charité et votre zèle pour notre sainte Religion vous engagent à nous donner des avis, vous puissiez le faire en connaissance de cause et avec plus d'efficacité, et aussi pour que vous puissiez nous aider à procurer le salut des âmes qui nous sont confiées ?, ”

S'il prend la liberté de donner son opinion ou de demander une faveur au souverain pontife, comme, par exemple, lorsqu'il sollicite l'érection du diocèse de Québec, il s’en rapporte toujours à la sagesse et à la volonté éclairée du saint-père: ‘‘ Voilà, dit-il, ce que j’ai cru devoir écrire à Votre Sainteté; à Elle maintenant de décider suivant les lumières de sa sagesse 3.” Et ailleurs: ‘‘ Si Sa Sainteté et les éminentissimes cardinaux de la Propagande jugent autrement que moi, je me soumets d'avance à leur décision en toute humilité {, ”

Mgr de Laval ne cherche pas à s’isoler; mais. il tient le

1 —- Lettre de Mgr de Laval au saint-père, 22 oct. 1661, 2 — Le même à la Propagande, 26 août 1664.

3 — Le même au saint-père, octobre 1666.

4 — Le même à la Propagande, août 1667.

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