‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 95 · WEST MAIN · texte numérisé non relu

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saint-siège au courant de tout ce qui se passe au Canada: les guerres meurtrières des Iroquois, l’arrivée de M. de Tracy, dont il fait le plus bel éloge, son expédition heureuse contre les barbares, les progrès de la colonie, l’établissement de la dîme et des paroisses.

C’est du saint-siège qu’il attend la confirmation de ses actes ; et il reconnaît que l’on ne peui poser de fondement solide ailleurs que sur l’autorité apostolique. Il écrit au cardinal préfet de la Propagande :

“Il y a trois choses que je demande, par lettres, à Sa Sainteté et aux éminentissimes cardinaux de la Congrégation ; et j’ose prier Votre Eminence, par la grande bonté qu’Elle m’a si souvent témoignée, de m'aider à les obtenir: l’érection d’un évêché au Canada, l’union de mon séminaire à celui de Paris, et l’union de la cure de Québec au séminaire.

‘ Rien ne pourrait être plus utile et plus avantageux à cette Eglise, afin de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, que de voir le saint-père agréer ces projets, et la sacrée Congrégation leur donner la force et la sanction dont ils ont besoin. Ces trois projets sont la base de tout l'édifice de notre Eglise. $

‘ Ce sera pour moi un grand bonheur de devoir au zèle et à la charité de Votre Eminence l’heureuse issue de cette affaire, et de me trouver lié par la reconnaissance à rappeler sans cesse devant Dieu et devant les hommes la mémoire de ce bienfait obtenu par votre médiation 1,”

I — Lettre de Mgr de Laval au préfet de la Propagande, oct. 1665.

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Il écrivait en même temps au souverain pontife :

‘ J'ai pensé que, dans ce pays nouveau, où tout est à créer, il était très à propos, et même nécessaire, pour établir d’une manière stable la vraie piété et la religion, de fonder un séminaire de prêtres. Cette institution a dejà pris naissance, et je l’ai annexée au séminaire des Missions étrangères de Paris, qui a reçu l’approbation du cardinal légat.

‘ J'ai pensé de plus qu’il était très opportun d’unir à ce séminaire la paroisse de Québec ; non pas qu’elle puisse lui donner, pour le moment du moins, un revenu temporel, qui lui serait pourtant bien nécessaire, mais parce que les jeunes lévites de ce pays pourront s’y former aux fonctions ecclésiastiques qu’ils auront un jour à remplir, et nous fournir ainsi le contingent d’ouvriers évangéliques dont nousavons besoin, vu qu’il ne sera pas toujours facile d’en faire venir de France.

‘ Votre Sainteté fera une chose digne de son zèle, si Elle veut bien sanctionner et confirmer notre séminaire par son autorité apostolique 1, ”

Le séminaire de Québec était l’objet des principales préoccupations de Mgr de Laval. Il y revient dans presque toutes ses lettres au saint-siège. Il écrit encore l’année suivante :

‘ J'ai informé l’année dernière Votre Sainteté que j'ai uni mon séminaire de Québec au séminaire des Missions étrangères de Paris, lequel a été formé en Congrégation par

1 — Lettre de Mgr de Laval au souverain pontife, oct, 1665.

l’illustrissime cardinal Légat. J'ai cru devoir faire cette union, d’abord parce que je sais que le séminaire de Paris est très agréable à Votre Sainteté et à la Propagande, puis parce que je lui suis lié moi-même depuis longtemps par "ne-étroite amitié.

‘ Maintenant, ce que je ne cesserai de demander avec

instance à Votre Sainteté, c’est de vouloir bien le plus tôt possible, si Elle le juge à propos, ériger en cure fixe, par un bref ou diplôme spécial, la paroïsse de Québec, puis l’unir par le même bref à notre séminaire des Missions étrangères. Rien ne pourrait être plus avantageux pour établir ici d’une manière ferme et inébranlable la vraie piété et la saine doctrine, surtout dans ce temps où beaucoup de personnes mal intentionnées cherchent toutes les occasions de s’empaxer de la placc. ”

Puis il ajoute :

‘{ Cette paroisse de la ville de Québec est remarquable. C'est ici la demeure du vice-roi, du gouverneur et de l’intendant ; c’est le port où arrivent les vaisseaux d’outre-mer ; c'est un grand entrepôt de marchandises, et le lieu où résident les principaux citoyens de la colonie. Il y a, à part le collège des jésuites, deux communautés religieuses, une pour soigner les malades, et une autre pour l'instruction des jeunes filles. En un mot, il ne manque rien, ce semble, pour que cette paroisse soit érigée en titre. Elle a des revenus suffisants pour être desservie d’une manière convenable, et elle est destinée, lorsqu'il plaira à Dieu, à devenir le siège d’un évêque. D'ailleurs, du train que

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vont les choses, il faudra songer avant longtemps à former plusieurs paroisses de son territoire et des lieux circonvoisins 1, ”

On se rappelle le bonheur qu’éprouva plus tard le prélat,. lorsqu'il réussit à faire ériger le diocèse de Québec, e: qu’il vit par là même s’affermir et se consolider les œuvres qu’ik avait créées avec tant de zèle, de courage et de désintéressement. Le lecteur n’a pas oublié l’admirable lettre qu’il écrivit à cette occasion à la Propagande ?.

Pour achever de dépeindre les sentiments de soumissiom et de respect filial dont il était animé à l'égard du saïntsiège, nous ne croyons mieux faire que de reproduire ici la lettre de félicitations qu’il adressa, à l'occasion de son accession au trône pontifical, au pape Clément X, celui-là même qui devait quelques années plus tard ériger le siège épiscopal de Québec.

‘ Très Saint Père, dit-il, je viens d’apprendre l'heureuse nouvelle de votre accession au souverain pontificat. Cet événement était désiré de tout le monde; il est; accueilli par les applaudissements de toute l'Eglise. Que Votre Sainteté veuille bien répandre ses bénédictions sur moi et sur le troureau que ses prédécesseurs n’ont confié il y a plus de onze ans. Dans mes humbles fonctions de vicaire apostolique, je me suis dépensé tout entier, ainsi que mes faibles ressources, afin de remplir aussi parfaitement que possible les vues du souverain pontife, dela

1 —- Lettre de Mgr de Laval au souverain pontife, oct. 1666. 2 — Voir plus haut, p. 37.

sacrée congrégation de la Propagande et du roi Très Chrétien.

‘“ Notre nouvelle Eglise du Canada se compose de colons français et d’un grand nombre de peuples barbares, disséminés çà et là, jusqu’à cinq ou six cents lieues et davantage. Pour convertir ces sauvages à la foi chrétienne, les missionnaires do la Compagnie de Jésus n’épargnent ni sueurs ni travaux. Plusieurs mêmes ont donné leur vie: les uns sont tombés sous la hache du bourreau; les autres ont été brûlés à petit feu et ont enduré toute espèce de tourments avec un courage invincible. Leurs successeurs continuent leur œuvre avec constance et succès.

‘ Cette Eglise naissante, déjà pleine de vigueur, grâce aux soins attentifs du saint-siège, vos prédécesseurs ont songé à en faire un siège épiscopal ; mais leur mort prématurée a retardé l’accomplissement de leurs vœux.

‘Je demande donc humblement à Votre Sainteté qu’'Elle nous accorde sa protection, et qu’'Elle veuille bien activer les choses, de manière que nous puissions jouir de la

susdite faveur dans un avenir prochain.

‘Ma pauvreté, je le crains, est un obstacle ; et ceux qui gèrent mes affaires en France ne sont peut-être pas en état de pourvoir aux frais exigés pour l'obtention des bulles. . Telle est la condition où je vis ici depuis des années, que mes revenus même personnéls passent presque tous, soit pour soutenir les pauvres, qui sont si nombreux dans ces pays nouveaux, soit pour nourrir et assister mes prêtres qui desservent les missions françaises, et à la subsistance

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desquels je ne puis pourvoir d’une manière stable etassurée, à moins d'être revêtu des pouvoirs ordinaires d’évêque en titre.

“Que Votre Sainteté me permette donc de lui demander, pour cette première fois, que la faveur en question nous soit accordée gratuitement, comme on a coutume d’en use”, si je ne me trompe, pour les affaires qui se traitent à la Propagande. Chaque année, j’ai rendu compte avec le plus grand soin à cette sacrée Congrégation, de tout ce que j'ai entrepris ici et mené à bonne fin. Je préparerais immé-

diatement un nouveau rapport, si les vaisseaux n'étaient

sur le point de partir.

‘Que Votre Sainteté me permette donc de finir ici ma

lettre, tout en lui promettant de faire ce rapport pour la prochaine malle 1. ” |

D'après ces paroles de Mgr de Laval, il n’y a aucun doute qu'il 1endaiïit compte tous les ans au saint-siège des affaires de son diocèse. Malheureusement, deux de ces rapports seulement nous sont connus. La manière intéressante, le soin et l’ordre avec lesquels ils sont rédigés nous font regretter davantage de ne pas avoir tous les autres.

Voici comment le souverain pontife Alexandre VII accusait réception de son premier rapport:

‘ Nous avons appris avec bonheur, dit-il, par vos lettres du 31 juillet dernier, qu'après une longue navigation vous êtes arrivé, enfin, sain et sauf dans votre lointaine mission.

1 — Lettre de Mgr de Laval à S. $S. Clément X, 27 août 1670.

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Les renseignements précieux que vous nous donnez sur l’état du christianisme dans ces pays nous ont particulièrement intéressé.

‘ Votre zèle n’a pas besoin, nous le savons, d’être stimulé ; il s’enflamme spontanément, à la vue de ce qu’il faut entreprendre pour la propagation de notre sainte Religion. Livrez-vous à cette noble tâche avec ardeur et amour. Vous savez l'affection paternelle que nous vous portons, ainsi qu’à votre Eglise, et à ses nouvelles plantations chrétiennes. Vos travaux apostoliques vous assureront de plus ‘en plus cette affection, mais surtout la bénédiction du Tout-Puissant.

# Que toute la Cour céleste vienne en aide à vos pieux efforts ! Comme gage de notre bienveillance, nous vous accordons avec amour, à vous, et à votre troupeau, la bénédiction apostolique 1,”

Plus tard, pendant les longues négociations qui précédèrent l'érection de l'évêché de Québec, le souverain pontife Clément X faisait écrire à Mgr de Laval par son cardinal-neveu Altieri :

‘ En attendant que tout soit terminé, marchez avec courage dans votre glorieuse carrière. Continuez à bien mériter de notre sainte Religion, sous le ciel de l'Amérique, au milieu de tant de dangers sur terre et sur mer; et

comptez que le saint-siège vous accordera tout ce qu’il sait

1-— Archives du séminaire de Québec, Lettre de S. S. Alexandre VIT à Mgr de Laval, 3 avril 1660.

devoir à la grandeur de votre entreprise et à vos éminentes vertus 1, ”

Puis, après l'érection du siège épiscopal de Québec, le cardinal écrivait de nouveau au prélat :

‘ Sa Sainteté 8e réjouit beaucoup d’apprendre que vous êtes arrivé sain et sauf dans votre Eglise du Canada; et Elle fait des vœux pour que tout vous soit propice et favorable, de manière que vous puissiez cultiver de plus en plus chaque jour cette vigne du Seigneur que vous avez plantée, pour ainsi dire, de vos mains, et arrosée de vos speurs, et que vous lui fassiez porter d’abondants fruits de salut.

‘ Ce que vous nous avez écrit sur l’état excellent de votre séminaire, et sur la conversion d’un grand nombre de sauvages, a ajouté le combleau bonheur de Sa Sainteté.

‘“ Le grand zèle pastoral que vous témoignez pour le salut du troupeau confié à vos soins et pour la propagation de la Foi donne lieu au saint-père d’espérer encore beaucoup de consolantes nouvelles de cette mission lointaine.

‘ Vous pouvez attendre de sa bienveillance qu’il vous accordera tout ce qui est nécessaire pour le bon gouvernement de votre Eglise 2. ”

Deux ans plus tard, un nouveau pape, Innocent XI, étant monté sur le trône pontifical, Mgr de Laval s’em-

1 — Lettre du card. Altieri à Mgr de Laval, 9 janvier 1674. 2— Le même au même, 8 avril 1676.

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presse de lui écrire pour lui rendre compte de l’état de son diocèse, Il er reçoit cette consolante réponse :

‘* Vénérab'e frère, Salut et Bénédiction apostolique. La sollicitude que nous devons avoir pour la propagation de la religion chrétienne nous fait apprécier l’aimable lettre par laquelle vous avez bien voulu nous informer du succès de vos travaux apostoliques, sur les rivages lointains de la Nouvelle-France. Ces travaux sont un témoignage éclatant de votre vigilance et du zèle courageux avec lequel vous cultivez la vigne du Seigneur confiée à vos soins. Ils vous assurent notre bienveillante affection et méritent tous nos éloges. Aussi, voulons-nous que, dans vos pieux efforts, vous comptiez toujours sur notre secours et sur tous nos vœux les plus ardents. Rien, soyez-en sûr, ne vous fera défaut, dela part du saint-siège, pour tout ce qui peut contribuer au salut des âmes confiées à vos soins.

“ Vous nous informez que les Pères de la Compagnie de Jésus sont pour vous de précieux et actifs collaborateurs dans l'exercice de vos fonctions pastorales. Cela nous confirme dans l'opinion que nous avions déjà de cette très pieuse Société. Continuez-lui donc votre affectueuse protection : c’est notre désir le plus ardent. Travaillez de concert avec elle dans votre glorieuse er ‘reprise.

‘“ Il ne nous reste qu’à vous assurer que nous aurons toujours devant les yeux vos travaux apostoliques, et que nous ne perdrons jamais aucune occasion de vous témoi-

grer notre sincère bienveillance 1, ”

1 — Lettre de S. S. Innocent XI à Mgr de Laval, 30 mars 1678.

Le lecteur voit aisément, par les citations que nous venons de faire, dans quelle estime était Mgr de Laval à la Cour de Rome.

Ona pu admirer, dans les extraits que nousavons donnés de sa correspondance, les sentiments de respect, d'affection et de dévouement dont il était animé envers le saint-siège. Ses actes ne démentaient pas ses paroles. Comme nous l’avons déjà dit, tout était romain dans sa cathédrale, dans son séminaire, dans son diocèse: le missel, le rituel, le bréviaire, le cérémonial.

Vers l’époque où il fit son troisième voyage en Europe, et surtout lorsqu'il écrivit sa lettre au cardinal Spada, l'Eglise de France était bien agitée par les idées gallicanes qui flottaient dans un grand nombre d’esprits, par les prétentions excessives du roi au sujet de la Régale, et par le souffle pestilentiel d'indépendance qui éloignait de Rome le clergé français et le mit à deux doigts du schisme. C’est dans l’assemblée de 1682 que l’on discuta et adopta les quatre fameux articles de la Déclaration. Parmi les évêques qui prirent part à cette assemblée, il y avait des amis personnels de Mgr de Laval, entre autres les évêques d’Angoulême et de La Rochelle, qui portaient beaucoup d'intérêt à l'Eglise du Canada.

‘ Mais, dit Mgr Taschereau, l’évêque de Québec eut toujour un grand soin de ne point se mêler dans cette grande querelle ; et son Eglise, quoique unie si intimement à celle de France, ne ressentit aucune commotion.

‘“ Il fut quelque temps question, à la Cour, de faire enre-

gistrer la Déclaration au Conseil souverain de Québec, et’ par là même d’obliger les jésuites à l’enseigner à leurs élèves en théologie. Il n’en fut rien ; soit qu’on l’eût oublié, soit que l’on ne crut pas devoir jeter un nouveau germe de division entre les deux autorités dans la colonie.

* Mgr de Laval, informé de l’opposition que le pape montrait à ces articles, était bien décidé à ne point les appuyer dans son diocèse, et à suivre l'avis que M. Dudou, . lui donnait, de ne point se trouver présent lors de leur enregistrement 1,”

Les idées gallicanes devaient nécessairement nuire beaucoup en France à l'esprit ecclésiastique, même dans les maisons religieuses qui, comme le séminaire de Paris, cherchaient à se prémunir contre elles. ‘On respire un air contagieux en France, écrivait M. Tremblay; on voit si peu de gens désintéressés, et qui cherchent Dieu sans vue d'établissement 2...”

Mgr de Laval, qui suivait avec intérêt les différentes phases du séminaire des Missions étrangères, auquel il était lié si étroitement, avait vu quelque temps avec chagrin que l’on s’y était départi de l’esprit de pauvreté qui avait présidé à sa fondation. Lorsqu'il apprit plus tard que l’on était rentré dans une voie plus régulière, il en écrivit à M. Dudouyt pour lui exprimer sa satisfaction :

‘Je bénis Notre-Seigneur et sa sainte Mère, dit-il, de ce que le séminaire de Paris reprend de plus en plus son pre-

2 — Rapport sur les archives du Canada, 1887.

mier esprit. Ils feront très bien d’en bannir les abbés mondains. C’est une bonne chose que vous y demeuriez ; cela fortifiera l’union. ”

Il faut bénir nous-mêmes la divine Providence d’avoir donné à l'Eglise du Canada, pour premier évêque, un prélat aussi dévoué au saint-siège, et de lui avoir adjoint pour collaborateurs des prêtres animés d’un véritable esprit ecclésiastique, comme étaient les fondateurs du séminaire de Québec.

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