‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 95 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

Mgr de Laval et les autorités civiles de la colonie. — Son patriotisme, à l’occasion de la guerre contre les Iroquois. — Feu de la basse ville de Québec. 1682-1684.

‘ Dans la conjoncture des affaires, écrivait de Paris M. Dudouyt à Mgr de Laval, au printemps de 1682, ça été un grand bien que l'Eglise, et vous particulièrement, r’ayez eu aucune part dans toutes les brouiileries qui sont arrivées depuis votre retour au Canada. Il est de conséquence quel’Eglise n’ait pas de démélé avec M. de la Barre et M. de Meulles, quelque bonne raison que l’on eût. Le roi et les ministres le trouveraient mauvais, et il semblerait qu’on ne pourrait s’accommoder avec personne.”

Les brouilleries auxquelles M. Dudouyt faisait ici allusion, étaient les démêlés entre Frontenac et Duchesneau, au Conseil supérieur, lesquels donnèrent lieu aux fameuses prédications du P. Adrian, dont nous avons parlé dans un autre chapitre. Mgr de Laval se garda bien de prendre . part à ces querelles. Une fois seulement, il essaya d’intervenir privément, pour le bien du pays, afin de rétablir, si possible, la bonne entente entre les deux magistrats. Dans

un mémoire qu’il adressa au gouverneur et à l’intendant, il exposa charitablement à l’un et à l’autre le tort qu’ils se faisaient à eux-mêmes et à la Religion par ces démêlés, et les raisons qui devaient les engager à y mettre fin 1,

L’évêque était ici dans son rôle naturel de pacificateur. Lui qui n’avait jamais prêché autre chose que l’union entre tous les membres du clergé, devait désirer la voir régner également entre les différents officiers de l'Etat.

Ses démarches n’eurent pas de succès ; mais elles furent appréciées à la Cour.

Nous avons déjà dit que Frontenac et l’intendant furent rappelés en France. Mais il fallait que le gouverneur se montrât hostile à l’évêque jusqu’à la fin. Voici quelle fut l’occasion de sa dernière mauvaise humeur.

Le prélat avait demandé à Paris, en 1680, et obtenu l'emplacement du vieux magasin royal de la basse ville 2, qui avait été incendié; mais cet emplacement ne lui avait pas encore été livré.

Comme une partie du vieux magasin avait été épargnée par les flammes, l’évêque, qui était obligé de dire la messe dans une maison privée, voyant que les effets du roi étaient logés commodément ailleurs, demanda au major des troupes, en l’absence du comte de Frontenac, la permission de faire dire la messe dans l'édifice. L'officier répondit que cela était au pouvoir du seul gouverneur ; et voulant faire une mauvaise affaire au prélat, avec lequel il

1 — Soirées Canadiennes, t. X, p. 694.

2 — Voir plus haut, p. 219.

était brouillé, il envoya, de son propre chef, un piquet de soldats, ‘ pour garder, disait-il, le vieux magasin, dont on voulait s'emparer de force. ”

M. de Frontenac écrivit en France d’une manière peu favorable à Mgr de Laval; et le ministre crut devoir demander des explications à M. Dudouyt. Il les trouva très satisfaisantes; mais :orsqu’on parla de nouveau de l'emplacement, il répondit qu’il faudrait maintenant attendre le rapport de M. de la Barre.

Celui-ci, en effet, qui avait d’abord été chargé de passer la propriété à Mgr de Laval, avait reçu un contre-ordre ; et l’affaire traîna en longueur jusque dans l’automne de 1684.

Mgr de Laval put alors prendre possession du vieux magasin !, ainsi que de la cour y attenante, et y établit temporairement la chapelle de la basse ville.

Deux ans plus tard, le 20 octobre 1686, ‘ Mgr de Saint- Valier, sur le point de partir pour la France, érigea cette chapelle en succursale, l’unit au séminaire comme étant une dépendance nécessaire de la cure de Québec, et se démit de l'emplacement entre les mains des supérieur et directeur: 2”.

En envoyant au Canada MM. de la Barre et de Meulles, le roi écrivit lui-même à Mgr de Laval pour lui faire part de ses bons sentiments; et le pieux prélat lui répondit dans toute l’effusion de sa reconnaissance :

‘ L’honneur que Votre Majesté m’a fait de m'écrire que

1 — Lettre de Mgr de Laval à Louis XIV, 10 novembre 1684. 2 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec,

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