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Le P. Martin, parlant des trois premiers jésuites qui vinrent au Canada, en 16251, nous dit: ‘ Le P. Charles Lalemant, leur supérieur, quittait pour cette mission le gouvernement du collège de Clermont, qu’il devait reprendre dix ans plus tard, après avoir traversé huit fois l'Océan, subi deux naufrages, et donné partout de tels témoignages de sa prudence et de sa vertu qu’il fut proposé pour être évêque du Canada. Champlain l’appelle un très dévot et très zélé religieux ?.”
C’est aussi durant le séjour de Mgr de Laval en France que mourut à Paris, le 17 avril 1675, la duchesse D’Aiguillon, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Québec. Cette illustre dame, nièce du cardinal de Richelieu, ne vint jamais au Canada. Mais que de fois sans doute sa pensée s’envola vers les saintes religieuses que sa munificence y avait dotées, vers les pauvres que secourait son cœur généreux |!
L'évêque de Québec visita souvent cette insigne bienfaitrice de son Eglise. Le jour de ses funérailles, il applaudit du fond de son âme, aux belles paroles de Fléchier sur cette noble duchesse: ‘‘ Elle n’a été grande, disait l’orateur, que pour servir Dieu noblement; riche, que pour assister libéralement les pauvres; vivante, que pour se préparer à bien mourir à. ”
Par RER RE EN RE RE RU
1 — Le 19 juin. Les compagnons du P. Charles Lalemant étaient les PP. Masse et de Brébœuf.
2 — Le P, Jean de Brébœuf, Paris, 1877, p. 21.
3 — Oraison funèbre de la duchesse D'Aiguillon.
Enfin, pour compléter la liste des principaux personnages disparus de la scène, Jeanne Mance, la sainte fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, était aussi décédée durant l'absence de Mgr de Laval, le 18 juin 1673 ; et M. Dudouyt avait aussitôt chargé M. Pérot de recevoir les comptes de l’administration de l'hôpital !.
On le voit, la Providence n’avait pas ménagé les épreuves aux communautés religieuses du Canada.
Mgr de Laval n’en éprouve que plus de tendresse et de dévouement pour sa chère Eglise de Québec, privée de pareils soutiens. Il sent le besoin de lui assurer de puisgants protecteurs. À une époque où il est de mode, pour ainsi dire, de se passer de Rome, c’est vers Rome qu'il se tourne tout d’abord, et qu’il adresse $es premiers vœux. Il écrit au cardinal Spada ?, le 5 novembre 1675, peu de temps après son retour :
‘ À mon départ de la France pour le Canada, on m'a remis vos lettres, par lesquelles j’ai appris avec une joie inexprimsble l’entrée de Votre Eminence dans le sacré
1 — Archives de l’archevêché de Québec.
2 — Fabricius Spada naquit à Brizighella, dans les Etats romains, le 18 mars 1643. Il avait un oncle cardinal, qui fut légat en France, et un autre, jésuite, sous lequel il étudia les belles-lettres, les sciences et le droit. Son oncle, le cardinal, l’initia à tous les secrets des cours ecclésiastiques.
Envoyé comme nonce en Savoie, il s'y montra plein de prudence et de douceur, suaviter agens. 11 s’employa auprès da duc dé Savoie pour que les missionnaires envoyés de Rome pour convertir les calvinistes ne se servissent que des moyens de persuasion, et non pas de violence.
11 devint ensuite nonce en France, et y fut bien accueilli par le roi, à cause du bon souvenir qu'avait laissé son oncle,
Bientôt, cependant, des difficultés étant survenues entre le cardinal
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collège. Je vous félicite d'autant plus volontiers de la haute dignité à laquelie vous avez ét6 élevé, que je vous en sais plus digne. Tout vous désignait aux honneurs de la pourpre : la noblesse de vos ancêtres, la dignité de votre caractère, votre esprit élevé, votre science, votre vertu éprouvée, non moins que les services, ‘signalés que vous avez déjà rendus à l'Eglise universelle.
‘* Aussi, à peine ai-je touché le sol de la Nouvelle-F ance —je suis arrivé heureusement, après une traversée d’un peu plus de deux mois —, que je m’empresse de féliciter Votre Eminence sur sa promotion au cardinalat. Jamais, tant que je vivrai, je ne pourrai oublier ce que le nouveau monde doit à Votre Eminence, ce que lui doit le monde entier.
‘ Maintenant que vous êtes cardinal, continuez de protéger et de réchauffer, pour ainsi dire, dans votre sein cette jeune Eglise, dont vous avez accueilli la naissance avec tant de faveur. Vous vous êtes occupé de lui procu-
patron et l'ambassadeur de France, à Rome, Spada en ressentit les contre-coups.
Créé cardinal le 27 mai 1675, il eut le chagrin de subir le mécontentement du roi. Celui-ci ne voulut permettre aucune démonstration à l’occasion de l’envoi de la barette cardinalice, ni le reconnaître comme cardinal.
Spada retourna à Rome, laissant un internonce à Paris: Il prit part aux élections d’Innocent XI et d'Alexandre VIII, et à celle d’Innocent XII, dont il devint le secrétaire. Il appartenait à la Congrégation de la Propagande.
Palatius lui applique ces belles paroles de Cassiodore : ‘‘ Innocentiæ templum, temperantiæ sacrarium, arca justitiæ. Ab eo abest profanum omne, Summo Sacerdoti verè sub sacerdotio servit. ” (Fasti Cardinalium, par Palatius, Venise, 1703.)
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rer un chef, un évêque !: veuillez maintenant lui àvaner un corps, je veux dire, procurez à cet évêque un corps de chanoines.
‘ Plus je réfléchis, plus je regarde de toutes parts, je re vois qu'un moyen de fonder ici un chapitre: ce serait d’affecter au soutien des chanoines la mense monacale de mon abbaye de Maubec. Prenez donc cette affaire en mains, et, pour la faire réussir, usez de toute votre influence auprès de Sa Sainteté; à laquelle, je le sais, vous êtes très agréable.
‘Je supplie en outre Votre Eminence, pour l’amour qu’Elle nous porte, de prendre en mains les intérêts de cette Eglise, en général, et de nous traiter comme ses enfants.
‘“ 11 y a dans notre diocèse, un bon nombre d’églises. Pour promouvoir la piété des fidèles, obtenez-nous donc de Sa Sainteté des reliques, des corps de saints martyrs, que nous puissions exposer à leur vénération. Ces martyrs seront pour nous autant de témoins de votre bienveillance, autant d'avocats que nous aurons dans le ciel.
“ Je ne puis assez, Eminence, me recommander à vos saints sacrifices. De mon côté, je ne cesserai de penser à vous dans mes prières. Portez-vous bien, et vivez longtemps ?. ”
Nous n'avons pas la réponse du cardinal Spada. Mais si nous en jugeons par une autre lettre de Mgr de Laval
1 — Le nonce Spada s'était employé pour hâter l'expédition des bulles de l’évêché de Québec.
2 — Archives de M. l'abbé Verreau. .
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au cardinal, écrite quelques années plus tard, et que nous citerons en son temps, le prélat n’eut qu’à se féliciter de s'être mis en rapport avec cet illustre prince de l'Eglise. Mgr de Laval est déjà tout entier aux devoirs de sa charge. A peine a-t-il pris possession de l'Eglise de Québec, dont ii vient d’être nommé évêque, qu’il s'occupe de mettre à exécution dans toute leur étendue les bulles du saint-siège, et d’ériger son chapitre: taux est profonde et entière sa soumission aux volontés du souverain pontife ! Quoi de plus touchant que son désir, si vivement exprimé, de posséder des reliques, qu’il puisse répandre partout dans son diocèse comme une semence de piété ! Des corps de martyrs, voilà Les seuls trésors qùw’il recherche pour son Eglise : il ne désire en tout que la gloire de Dieu et le salut des âmes.
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