I. de autre 8 vertissu
vingt-cinq ans ; il y en a près de cinquante qu’il est venu dans ce pays. Il y est regretté comme si la mort l'avait enlevé à la fleur de l’âge. C’est que la vertu ne vieillit point : elle a toujours de nouveaux agréments. D’un autre côté, le ciel avait trop de droit de le posséder, pour nous le laisser plus longtemps.
‘ Et, de peur que la sainteté de Dieu, qui trouve des taches dans les anges mêmes, n’en trouvât dans cette grande âme, il a pris soin de la purifier par des coups d'autant plus sensibles, qu’ils sont tombés sur une maison dont la ruine pouvait être funeste au clergé du diocèse.
‘ Le clergé est le fils bien-aimé de cet Abraham, dans lequel on lui a promis que toutes les nations seraient bénies. Il a été deux fois sur le point de le voir perdre par les deux incendies du séminaire, qui en a été le soutien...
‘Mais, à grand prélat, Dieu ne voulait pas détruire l'ouvrage de votre séminaire ; il voulait mettre la dernière main à l’œuvre de votre sanctification, et qu’au dernier moment de votre vie, vous fussiez trouvé selon son cœur : Ut à te secundüm cor tuum inveniri merear. Ce sont les termes de l’oraison de la sainte Famiile, qu’on prononçait auprès de ce grand serviteur de Dieu, lorsqu'il a rendu sa grande âme à Celui qu’il a si fidèlement servi.
‘ Est-il possible qu’il soit mort, cet homme qu’on avait tant de plaisir de voir vivre, et dont la mémoire ne mourra jamais ?
“Non, il est encore vivant dans la maison à la destruction de laquelle il s’est si humblement et si généreusement
soumis. Cette maison où Dieu est servi avec tant de ferveur et d’exactitude, où les sacrés mystères se célèbrent avec tant d’ordre et de magnificence, cette maison, riche héritière des vertus de son illustre fondateur, qui en était tout plein, et qui possède son esprit encore plus réellement que son cœur !, sera une source éternelle de bénédictions
pour ce continent: /n semine tuo benedicentur omnes fines
terræ 2. C’est assez, pour la soutenir, qu’il y ait laissé des » ] ;
sujets formés de sa main, qui ont été témoins de ses
actions...” Voilà les paroles que M. de la Colombière ne craignait £
pas de prononcer en présence de la génération qui avait connu Mgr de Laval, qui l'avait vu à l’œuvre, et qui avait
été témoin de ses vertus.
Il y a des éloges que l’on ne peut se permc' re, même
dans un panégyrique, lorsqu'ils n’ont aucune base solide.
Comment parler de grand cœur, de grande âme, de caractère, lorsque la personne à qui l’on adresse ces éloges ne
les mérite aucunement 3°?
M. de la Colombière allait plus loin. Il n’hésitait pas à
proposer Mgr de Laval comme un parfait modèle à imiter.
‘ Pour nous, dit-il, qui savons ce que ce grand homme a
fait pour gagner le ciel, songeons à ce que nous ferons nous-
1 — Voir plus loin, p. 553.
2 — Genèse, XXII, 18.
3 — Ce qui ajoute à l'autorité du témoign: : de M. de la Colombière, c’est que tout le monde le désignait comme le futur évêque de Québec, dans le cas où Mgr de Saint-Valier ne pourrait revenir au Canada. (Histoire manuscrite di séminaire de Québec.)
ferrent riche
était ment tions
fines é des e ses
gnait avait avait
même olide.
>arac-
es ne
pas à miter.
mme à
nous-
olomque de bnir au
mêmes pour honorer sa mémoire. L'’éloge des serviteurs de Dieu est un engagement à les imiter. Que servira d’avoir eu un père si fidèle, si nous ne marchons sur ses pas, et si, au lieu de nous prévaloir de cet avantage, nous augmentons notre condamnation, en nous éloignant de ses exemples... ?
‘Il y a toutsujet d'espérer que, tandis qu’il sera couronné dans le ciel par le Père des miséricordes, ses enfants le couronneront sur la terre, en se corrigeant des défauts dont il les a repris, et en pratiquant les vertus dont il leur a laissé un si beau modèle. ”
La nouvelle de la mort de Mgr de Laval eut du retentissement non seulement dans tout le Canada, maïs aussi en France, où le nom des Montmorency-Laval était l’objet d’une grande vénération.
On lit dans la Guzette de France du 15 décembre 1708 :
‘© On a eu avis de la Nouvelle-France, que Messire Fiançois de Laval, premier évêque de Québec, y était mort le 6 mai dernier, en sa quatre-vingt-sixième année. Il y était allé en 1659 pour y exercer les fonctions épiscopales en qua-
lité d’évêque de Pétrée. En 1672, ayant été nommé évêque de Québec, il y retourna en 1675, et il se démit de cet évêché plusieurs années après, pour employer le reste de sa vie en œu, "8 de piété et de charité, qu’il a continuelle-
ment exercées au grand avantage de ce pays-là, où il est extrêmement regretté 1.”
1 — Gazette de France, 1703, p. 600.
RER ESRI ÉTE TE
Un autre journal de Paris annonçait également la mort du saint évêque ; puis il ajoutait :
‘ Ce prélat, dont la vie était exemplaire et sainte, était grand aumônier, vivait simplement et frugalement ; et il peut être nommé le père de la Nouvelle-France 1, Ilya érigé le chapitre de Québec, et fondé le séminaire du Canada, dans lequel on élève la jeunesse du pays, et établi des habitations considérables 2...”
Le même journal citait ensuite des extraits de deux lettres qu’il avait reçues de Québec. La première était datée du 25 juin 1708:
‘* Le Seigneur retira à lui, le 6 mai de cette année, Mgr de Laval, premier évêque du Canada ; il est mort en saint, comme il avait vécu.
‘* Jene puis vous exprimer l'estime et la vénération que ‘tout le Canada a pour la mémoire de cet illustre défunt. On l’invoque comme un saint; et Dieu a opéré déjà, pour faire éclater son mérite, plusieurs guérisons et autres choses que l’on tient pour miraculeuses, que je supprime ici, étant très assuré que vous en serez informé dans le temps.
‘MM. du séminaire n’ont rien épargné pour rendre ses
obsèques magnifiques. Elles l’ont été de telle sorte, qu’en plusieurs endroits de la France il aurait été difncile de les
1— 11 est remarquable que ce journal donne à Mgr de Laval un titre analogue à celui qui fut donné à Frontenac. Le prélat pouvait être appelé le père de la Nouvelle-France, au point de vue spirituel, aussi justement que le gouverneur en était regardé comme le sauveur, au point de vue temporel. Voir plus haut, p. 494,
2— Le Mercure galant, décembre 1708, cité dans 1 Abeille, vol. VIII, No. 51.
nort
était et il lya e du tabli
deux était
, Mgr saint,
n que funt.
pour hoses étant
re ses qu’en de les
aval un ouvait irituel, uveur,
e, vol.
surpasser. M. de la Colombière fit son oraison funèbre le
trentième jour après son décès. ”
La seconde lettre avait été écrite le G juillet :
‘* Vous apprendrez, disait-elle, la perte que le séminaire a faite par la mort de Mgr l’ancien, arrivée le 6 mai. Nous espérons qu'après une si sainte vie, il servira d’un puissant protecteur auprès de Dieu pour cette Eglise, pour l’établissement de laquelle il a tant travaillé, aussi bien que pour la colonie.
‘ M. de la Colombière a fait l’oraison funèbre de ce grand et saint prélat ; c’est ainsi que les grands et les petits le nomment.
‘“ Vous auriez eu peine à ne pas mêler vos larmes avec celles de tout le monde, pendant son convoi, où tous, tant les curés que les peuples les plus éloignés, ont assisté. Le lieu où son corps reposait était toujours rempli de monde; et les prêtres ne pouvaient fournir à faire toucher des
hapelets et autres choses de dévotion. Il a fallu nous rendre aux instantes prières qu’on nous a faites de porter et faire reposer son corps dans les quatre églises de la haute ville. ”
Dans une longue lettre envoyée du Canada en France vers la fin de 1708, et publiée dans le Mercure Galant, on rendait compte des principaux événements qui s’y étaient passés durant l’année. Voici ce que l’on disait de Mgr de Laval :
‘ Le plus illustre d’entre les morts de cette année, dans la colonie, est Mgr de Laval-Montmorency, ancien et premier évêque du Canada ; il est extrêmement regretté.
‘ Ce saint prélat ayant voulu, jusqu’à la fin de ses jours, édifié son peuple et le troupeau qui lui avait été confié, assista, le vendredi saint dernier, à tout l'office dans: sa cathédrale ; et, comme le froid était extraordinairement piquant ce jour-là, et le plus sensible qu’on a'i jamais senti dans la Nouvelle-France 1, à ce que disent les anciens du pays, il en fut saisi de telle manière, qu’un de ses pieds s'étant trouvé gelé, on voulut lui faire quelques incisions, ce qui lui causa une fièvre, qui, au bout de quinze jours ou environ, nous l’enleva. Ce fut le 6 mai; il était âgé de quatre-vingt-six ans.
‘‘ Il avait été sacré évêque de Pétrée, en 1658, à Paris, à l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, par le nonce du pape, et fait évêque titulaire de Québec (où il était dès lors) en 1673.
‘ On peut dire que son convoi a été une espèce de triomphe, et que ses obsèques ont été célébrées avec toute la solennité que l’on peut désirer. Il a été porté sur les épaules des prêtres et des diacres par toutes les églises de Québec, avant d’être déposé dans la cathédrale. Chacun s’empressait d’assister à un spectacle aussi lugubre et en même temps aussi respectable.
‘{ Tout le monde le regrette comme si la mort l'avait enlevé dans la fleur de son âge: c’est que la vertu ne vieillit point.
‘ Pour moi, qui ai goûté plus d’une fois les charmes et
1— Le vendredi saint, en 1708, tombait le 29 mars.
uTs, nfié, 8: sa nent mais ‘iens eds ions, jours ré de
ris, à
pape, lors)
la douceur de sa conversation, j'ai été touché autant que qui ce soit, de la perte d’un si grand prélat,.
‘ On remarque qu’il y avait près de cinquante ans qu’il était au Canada. Avant d’être promu à l’épiscopat, il avait été grand archidiacre d'Evreux, et on le connaissait alors en France sous le nom d’abbé de Montigny.
‘ Lorsqu'enfin, même après sa mort, M. l’ancien — car c’est ainsi qu’on l’appelait ordinairement — eut visité les églises de son siège épiscopal, il fut porté dans sa cathédrale, où l’un des grands vicaires fit son éloge funèbre. Il sy trouva un grand nombre —au moins pour le pays — d’ecclésiastiques séculiers et réguliers. Toute l’église était tendue de noir; le lit de parade était magnifique, fort élevé, et entouré d’un grand nombre de chandeliers ; les armes de l’évêque se voyaient partout.
‘ Les églises de la Nouvelle-France ont fait des services solennels pour le repos de l’âme de ce vertueux prélat. Le trentième jour après son décès, M..de la Colombière, archidiacre et grand vicaire de ce diocèse, prononça dans
la cathédrale de cette ville une oraison funèbre, dans laquelle on remarqua un goût du vrai et une idée du solide, dans le choix des choses qu’il dit à la louange de l'illustre défunt: ce qui est le caractère de la véritable éloquence.
-* M. de Belmont, aussi grand vicaire, et supérieur des missions de Saint-Sulpice dans l’île de Montréal 1, en fit
1 — M. de Belmont était natif de Grenoble. Il succéda, comme
supérieur de Saint-Sulpice de Montréal, à M. Dollier de Casson, mort en 1701.
une dans l’église de Notre-Dame de Ville-Marie, qui attira l’applaudissement de toutes les personnes de bon goût.
‘“ Le corps du vertueux et saint évêque a été mis dans un cercueil de plomb, et enterré au milieu du sanctuaire de la cathédrale. Voici ce que l’on a gravé sur son tombeau, au-dessus de ses armes qui sont de Montmorency, l’écu de Laval en abysme :
Cy gît Mre François de Laval- Montmorency Premier Evêque et Fondateur Du Séminaire de Québec Il est mort le sixième mai De l’année mil sept cent huit La quatre-vingt-sixième année de Son âge La cinquantième année de Son sacre La mémoire de ses vertus Et de ce qu’il a fait Pour augmenter la Foi Dans la Nouvelle-France N'y mourra point Tant que la Religion Catholique y subsistera.
Requiescat in pace,
‘ IL s’est opéré des merveilles, ajoutait la même lettre, après la mort de M. l’ancien évêque du Canada, selon le témoignage qu’en rendent les personnes de vertu, et celles qui ont ressenti des effets de sa sainteté. Souffrez que je vous renvoie à la lettre que je pris la liberté de vous écrire d'ici, en 1706, pour y revoir le portrait de feu M. le premier évêque de Québec. Vous aurez la satisfaction d’y
voir en même temps celui de M. de Saiïint-Valier, prisonnier en Angleterre depuis 1704 1, ”
L’'oraison funèbre de M. de la Colombière, dans le passage que nous avons cité plus haut ?, donne à entendre que le séminaire de Québec, qui s'était vu obligé de laisser inhumer les restes de son vénéré fondateur dans les caveaux de la cathédrale, avait gardé du moins comme une précieuse relique le cœur de ce père bien-aimé.
Est-ce le séminaire lui-même qui avait réclamé cette faveur? ou bien est-ce Mgr de Laval, qui, voyant déçue l'espérance qu'il avait toujours entretenue d’être inhumé dans la chapelle de son séminaire, avait du moins légué son cœur à cette maison ?
Quoi qu’il en soit, il paraît certain que le cœur du pieux prélat futinhumé auséminaire, probablement à l'endroit de l’ancienne cha pelle 5, et transporté de là dans la nouvelle chapelle, lorsqu'elle fut bénite et ouverte au culte en 1752 4.
Aussitôt qu’il eut connu à Paris la mort de Mgr de Laval, M. Tremblay,procureur du séminaire de Québec en France, s’occupa de faire graver son portrait. Cette gravure, faite en 1708, et signée ‘‘ Ch. Duclos, ” est dans un cadre elliptique, autour duquel on lit: Franciscus de Laval, primus Episcopus Quebecensis, obiit 1708, ætatis 86.
Au bas du médaillon, sont les armes de la famille de
1— Le Mercure Galant, Paris, 1708, cité dans le Journal de l’Tnstruction publique, Montréal, vol. IT, pp. 181 et 215. . 2 — Voir plus haut, p. 546.
3 — Décrite par M. de la Potherie. Voir plus haut, p. 516. 4 — Abeille, vol. VIII, No. 33.