ASS
a RE
humbles, pour les pauvres, pour les petits. Les méchants seuls, les gouvernants, surtout, le craignaient, parce qu’il ne leur en passait pas.
Nous considérons ici Mgr de Laval du côté purement humain, et ne parlons que de la bonté naturelle de son cœur. Est-ce que cette bonté n'éclate pas d’une manière étonnante dans l'affection qu’il témoigne aux pauvres sauvages, dans l’intérêt qu’il porte à la jeunesse canadienne, dans l’amitié fidèle qu’il garde toute sa vie pour les compagnons de son enfance et de sa jeunesse ?
Cette bonté, cette affection, cette amitié, tout cela, dans notre prélat, était perfectionné et comme divinisé par la vertu. Mais la grâce ne faisait que donner plus d'éclat aux dons naturels dont Dieu l’avait enrichi.
Pour ses prêtres, pour ses diocésains, en général, il était un père, un frère, un ami. Aussi était-il chéri de tout le monde. ‘‘ Jamais évêque, dit Latour, n’a plus aimé son clergé, ni n’en a été plus tendrement aimé. C'était un véritable père 1,”
Voyez avec quelle tendresse il rapporte de France au Canada le cœur de M. Dudouyt, afin de l’inhumer dans sa cathédrale, et de n’être pas tout à fait séparé de celui qui avait été son collaborateur assidu dans la fondation de l'Eglise de Québec. ; |
Voyez encore avec quel soin il assiste, à ses derniers moments, la fille du procureur général Bourdon, que M. de Mésy vient de faire passer injustement en France.
1— Latour, p. 38.
Et le jeune M. Guyon, ce prêtre canadien !, qui avait accompagné Mgr de Laval dans son dernier voyage À Paris, avec quelle affection paternelle le pieux prélat ne le prépara-t-il pas à la mort! Dans la lettre qu'il écrivit à ce sujet aux MM. du séminaire de Québec, il faut admirer 1æ bonté du saint vieillard pour ses prêtres, non moins que sa résignation à la volonte de Dieu qui Jes lui enlève.
‘ Comme je reconnais bien, dit-ii, que l’attache que j'avais à M. Guyon était beaucoup appuyée sur i’humain, j'ai adoré en cela la bonté et la miséricorde de Notre- Seigneur, qui a voulu nous l’ôter. Priez et faites bien prier pour lui, et bénissons le Seigneur de nous avoir privés des grands secours que ce jeune prêtre s'était rendu capable de donner à l'Eglise du Canada, en toutes manières. Dominus dedit, Dominus abstulit.…. ; sit nomen Domini benedictum ?. ”
Il racontait ensuite dans quels sentiments de pénitence et de confiance en la sainte Vierge était mort ce jeune prêtre. Puis ilajoutait avec cet abandon qui lui était si naturel :
‘* Nonobstant ce que je viens de vous dire, qui est d’édification et de consolation, il faut cependant que je vous avoue que j'avais été un peu mortifié de voir que ce bon jeune homme, par la facilité de son naturel affectueux, s'était laissé gagner à de certaines créatures, au commen-
1 — Du Château-Richer.
2— ‘‘ Le Seigneur nous l'avait donné; il nous l’a ôté.., ; que son nom soit béni ! ”” (Job, I, 21.)
cement par motif de charité, et puis après par des attaches de nature, qui lui faisaient garder je ne sais combien de petites confider. :3, et l’engageaient à disposer à notre insu de beaucoup de choses 1: ce qui me faisait peine ; et quoique j’eusse tâché de le déprendre de toutes ces attaches, je ne jugeais pas néanmoins devoir le pousser trop avant, de crainte de prendre des extrémités au lieu de remèdes... J’en ai agi de cette manière à son égard, ayant assez de marques qu'il n’y avait point de mal, quoique j’eusse tout à craindre.
‘ Le pauvre enfant ne fut pas plus tôt attaqué par la maladie, qu’il reconnut bien ses fautes, déplorant son amusement, inutilité et consommation de temps à tant de bagatelles, et me demanda bien pardon de n’avoir pas profité des bons avis que je lui avais donnés tant de fois sur cela, me priant de ne le point abandonner.
‘© Vous voyez bien par tout ceci qu’il a besoin de prières, et d’être secouru ; car j’ai sujet d'appréhender qu’il n’ait eu du purgatoire à souffrir. C'est pourquoi il faut avoir grand scin de le soulager ?. ”
Nous n’avons pu résister au plaisir de reproduire cette citation un peu longue, parce qu’elle nous montre, pour ainsi dire, au grand jour la bonté de cœur, la douceur et la longanimité de Mgr de Laval. Cette délicatesse de
1 — Ces paroles nous font comprendre ce qu'était la désappropria-. tion, et la vertu qu’elle supposait chez les prêtres du séminaire,
2 — Le‘tre de Mgr de Laval au séminaire de Québec, Paris, 9 juin 1687.
attaches conduite et ces procédés tout de mansuétude à l'égard de bien de ce jeune prêtre qui avait cédé un peu trop à la légèreté de tre insu son esprit, n'est-ce pas là cette charité douce et patiente — et quoi- charitas patiens est, benigna est — dont parle l’Apôtre!? Le ches, je prélat n’ose pas éteindre la mèche qui fume encore ; il use vant, de | de patience et de douceur ; il met tout entre les mains de 1èdes.… Dieu, et Dieu lui accorde pour son jeune ami la grâce ssez de d’une mort édifiante.
se tout —————— ————————
1 — 1 Cor., XIII, 4.
par la ant son tant de oir pas de fois
prières, il n'ait t avoir
e cette e, pour ceur et sse de
propria-.
, Paris,
à re: a RIT - BAR TR TB mn RARE