‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 73 sur 95 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

premier évêque de Québec ; sa foi, son espérance, sa charité pour Dieu et le prochain.

C’est sur ce fonds de bonté, de bienveillance, de force et de dignité, dont nous avons parlé au chapitre précédent, c’est sur cette nature si riche en dons de toutes sortes, si | ennoblie par les traditions de la famille et par l'éducation | la plus soignée, que la grâce opéra son travail, faisant de | Mgr de Laval le chrétien merveilleux que nous allons | maintenant admirer. il

‘Il y a, dit M. de la Colombière, certains prédestinés, dont Dieu veut se servir pour l'exécution de si grandes choses, et dont la vocation est accompagnée de grâces si spéciales et de dons si excellents, qu’il semble que le Ciel soit uniquement appliqué à les sanctifier, et qu’il prenne plaisir à s’épuiser en leur faveur... Tel a été Mgr de Mont-

- __ morency-Laval, dont la vie a été un tissu d’actions si saintes et si héroïques, qu’en nous laissant embaumés de l’odeur de ses vertus, il nous a mis dans l’impuissance de faire connaître l'étendue de son mérite 1. ”

EE

| } Portrait de Mgr de Laval: le chrétien. — Vertus théologales du | LA 4 |

CEE

EN A CPE A 1 1 — Eloge funèbre, | | |

Essayons d'entrer, cependant, dans le détail des vertus chrétiennes que pratiqua ce grand serviteur de Dieu. On peut dire qu’il les possédait toutes à un degré peu ordi: naire, à un degré héroïque. Voyons d’abord sa foi.

Comme le juste, Mgr de Laval vivait de la Foi. C'était l'air qu’il respirait, et il ne sortait pas de cet élément. Fils dévoué de l'Eglise, il s'était nourri de son enseignement dès sa plus tendre enfance, sur les genoux de parents chrétiens, et auprès des directeurs du collège de La Flèche. IL l’aimait comme une mère ; il lui avait consacré sa vie ; et il était si bien disposé à mourir pour elle, qu’il accepta de grand cœur d’aller prêcher la foi catholique dans le Tonkin et la Cochinchine, lorsque la chose lui fut proposée ; puis, quand son zèle se trouva frustré de cette mission, d’aller évablir le règne de Dieu au vicariat apostolique de la Nouvelle-France.

Dans un siècle où les erreurs gallicanes et jansénistes firent tant de ravages, où l’on vit pâlir les plus grandes lumières de l'Eglise de France, il sut garder sa foi pure et intacte. Il se montra toujours ‘ un dévoué partisan des doctrines et des prérogatives du siège apostolique 1.”

Nul ne fut jamais moins janséniste que ce pieux évêque, qui, accoutumé lui-même dès le bas âge à la communion

1 — Lettre de Mgr Bourget à M. l'abbé Edmond Langevin, 11 septembre 1874.

eee open contes

’était Fils ment chrée. Il e ; et ta de nkin puis, ’aller de la

distes ndes re et n des

êque, anion

1 sep-

fréquente 1, savait mieux nue personne et enseignait aux autres que c’est là le plus sûr moyen de se sanctifier.

Les jansénistes avaient cherché à attirer cet homme pieux à leur parti. N'ayant pu réussir, ils le persécutèrent ?; et il serait facile de découvrir la main de ces hérétiques au fond de la plupart des épreuves qu’eut à souffrir le saint prélat dans sa laborieuse carrière.

Nul ne fut plus romain que lui. Dès le commencement de son épiscopat, il établit ici la liturgie romaine pure de tout alliage. Le bréviaire, le missel, le cérémonial, le rituel, tout était romain dans l'Eglise du Canada. La splendeur des offices de la cathédrale de Québec frappa d'étonnement Mgr de Saint-Valier, la première fois qu’il en fut témoin. ÿ

Croit-on que si 1 premier évêque de Québec eût voulu nontrer un atiachement moins résolu au siège apostolique, et plus de penchant pour les prétentions de l'Eglise gallicane, faire des concessions à l’archevêque de Rouen, et lais« ser le Canada subir peu à peu la tutelle de quelque Eglise

de France, plutôt que de travailler à le maintenir sous la

dépendance immédiate du saint-siège, il n'aurait pas pu facilement éviter les luttes glorieuses, mais pénibles, qui honorèrent les débuts de son épiscopat ?

Il avait une grande aversion pour l’hérésie et tous ses adeptes : ‘* Nous ne souffrons ici aucune secte hérétique,

1 — Voir t. I, p. 26.

2 — Vie du P. Eudes, par le P. de Montigny, S. J, — Lettre du P. Provost, de la congrégation des Eudistes, à l’auteur.

3 — Etat présent de l'Eglise.

écrit-il au souverain pontife. C’est ce que le roi m’a accordé pieusement, sur la demande que je lui en ai faite, avant de quitter 1. France !. ”

Quel n’était pas le respect de Mgr de Laval pour les saints canons de l’Eglise, pour ceux du concile de Trente en particulier ? C’est sur ces décrets qu’il s'appuie pour l'établissement de son séminaire, pour toutes ses ordonnances et pour la conduite de son Eglise, en général: il en fait la règle invariable de sa vie et de tous ses actes épiscopaux.

Mais il témoigne surt at de son respect et de sa soumission à l'Eglise, par l'observation la plus scrupuleuse de ses commandements.

TI] faisait tout son possible, dit le F. Houssart, nonobstant son grand âge et ses infirmités continuelles, pour observer tous les jours d’abstinence et de jeûne, tant ceux qui sont commandés par la sainte Eglise, que ceux qui s’observent par dévotion dans le séminaire. Et si Sa Grandeur a quelquefois cédé en cela à l’ordre des médecins et aux prières de MM. les supérieurs du séminaire, qui jugeaient qu'Elle devait faire gras, c'était pour Elle une grande mortification, et ce n’était que par une extraordinaire charité pour son cher séminaire et pour tout le Canada, qu’Elle donnait quelque chose à la nature pour l'empêcher de mourir si tôt...

Il avait pour le souverain pontife le respect le plus profond. Incapable de se rendre lii-même à Rome, il veut

1— Reiwio Missionis Canadensis, 1660,

proveut

être toujours représenté auprès du chef de l'Eglise, soit par quelque ami, comme Mgr Pallu, soit par quelque autre personnage distingué, comme le cardinal Spada. Il correspond avec le saint-siège avec une fidélité et une régularité qui nous étonnent, eu égard à la difficulté des communications, surtout à cette époque ; etil setient ainsi toujours en rapport avec la source du pouvoir ecclésiastique.

La moindre faveur spirituelle que lui fait le saint-père, l’envoi de quelques reliques, par exemple, remplit son cœur de joie, et il ne tarit pas dans l’effusion de sa reconnaissance. Mais surtout, il se déclare prêt à obéir toujours et en toutes choses aux volontés du souverain pontife : ‘ Quelque chose que m’ordonne de faire Votre Sainteté, écrit-il un jour, je suis prêt à écouter.”

Toutes les vérités révélées de Dieu, tous les dogmes proposés à notre foi par la sainte Eglise, il les croyait du fond du cœur, à cause de l’autorité infinie de Dieu qui a parlé aux hommes.

Il était venu au Canada pour en instruire les infidèles et répandre partout le flambeau de la Foi. Il exerça cet apostolat avec un zèle admirable.

Non seulement il fonda le séminaire et entretint pendant longtemps à ses propres frais la plupart des curés de la colonie française, non seulement il envoya partout des missionnaires depuis l’Acadie et le Labrador jusqu’au delà des grands lacs, et depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique; mais il se fit lui-même apôtre, visitant en personne toutes les missions de son diocèse depuis le

Saguenay jusqu’au lac des Deux-Montagnes, afin d’annoncer partout les vérités de l'Evangile, et d’administrer les sacrements aux fidèles ; et cela, en n'importe quelle saison, même :. milieu des hivers les plus rigoureux, par les chemins les pl Aangereux et les plus pénibles, sans autre compensation pour tant de fatigues que la joie de sauver des âmes et de procurer la gloire de Dieu. Ne fallait-il pas une foi héroïque pour produire un pareil dévouement ?

Mais ce qu’il croyait et ce qu’il prêchait, il le pratiquait lui-même. Les vérités de la Religion avaient tellement pénétré son esprit et toute sa conduite, qu’il ne vivait et r’agissait que par elles.

On sait quelle était sa dévotion pour la sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, et spécialement pour la sainte Vierge. ‘‘ En fait de dévotion à Marie, dit M. de la Colombière, c'était un Anselme, un Ildefonse. Jamais prélat n’eut plus de soin de faire honorer cette reine des anges dans son diocèse, et d’inspirer son amour à ses diocésains 1.”

Il avait choisi le jour de l’Immaculée-Conception de la sainte Vierge pour être consacré évêque; et c’est aussi l’Immaculée Conception qu’il adopta comme titulaire de sa cathédrale. Dans son séminaire, la veille de cette fête a toujours été un jour de jeûne d'obligation.

Voulons-nous avoir une idée de sa tendre piété envers Marie, citons ce qu’il dit d’un ouvrage du Vén. Jean

1 — Eloge funèbre.

ed)

1 — Approbation donnée le 23 décembre 1662, 1 « 37 A il qi:

| RER AU 2 5: à ont ne SRE Le À D on- Eudes, publié à Caen, et approuvé par le cardinal Louis «| À | les de Vendôme, légat apostolique. | L | on, ‘ Le Saint-Esprit ayant publié par les divines Ecritures | hi | les et par la bouche des saints Pères les excellences du sacré | | | utre cœur de sa très digne épouse, la bienbeureuse Vierge, et M: ver ayant par ce moyen exhorté puissamment tous les fidèles fi pas à une dévotion et à une vénération singulière vers ce même 21 ? cœur, ce livre, qui est fait pour allumer et enflammer de uait plus en plus cette dévotion avec celle du saint nom de nent Marie dans le cœur de ceux qui le liront, n’a pas besoin it et d'approbation, puisqu'il est conforme aux desseins de l'Esprit de Dieu.

nille | ‘ Aussi, notre prétention n’est pas tant de l’approuver, irité que de donner un témoignage public de l'estime très partilom- culière que nous en avons conçue, après l’avoir lu soigneuéibé sement, et du désir que nous avons que la dévotion qu'il nges enseigne soit profondément gravée dans le cœur des chrétocé- tiens.

‘ Que le très aimable cœur de la mère de Dieu, qui est de la tout embrasé d'amour vers la divine Majesté et de charité EL: aus pour tous les hommes, et son très auguste nom soient loués | 111 e de et honorés par tout le monde 1 ! ” te a On sait quelle était aussi sa dévotion pour les saints L anges, pour l’eau bénite, pour les âmes du purgatoire, Le 11 Lrets | F, Houssart, qui fut son domestique durant plus de vingt | | Jen ans, nous à fait entrer dans le secret de sa vie intime, et ll LENS 5 772 1}

révélé la foi vive, ardente et pratique dont l’âme du saint prélat était remplie.

‘# C'était chose admirable, dit-il, de voir 1° son assiduité à assister aux enterrements de toutes les personnes qui mouraient dans Québec, et son exactitude à offrir le saint sacrifice de la messe pour le repos de leur âme, aussitôt qu'il avait appris leur trépas ; 2° sa dévotion à recevoir et à conserver les rameaux bénits, à baiser son crucifix, l'image de la sainte Vierge, qu’il portait toujours sur lui et mettait la nuit sous son chevet, sa chaînette de l’esclavage, et son scapulaire qu’il portait aussi sur lui; 8° son respect et sa vénération pour les reliques des saints, le plaisir qu’il prenait à lire tous les jours dans la vie des gaints, et à s’entretenir de leurs actions héroïques; 4° le saint et continuel usage qu’il faisait de l’eau bénite, en prenant à tout bout de champ, dans le cours de la journée, et à toutes les fois qu’il se réveiiiait la nuit, venant très souvent de son jardin à sa chambre exprès pour en prendre, en portant sur lui dans un petit bénitier d'argent qu’il avait fait faire exprès, lorsqu'il allait à la campagne.

‘ Sa Grandeur avait un si grand désir que tout le monde en prît, qu'Elle avait un soin tout partizulier de voir £llemême tous les jours s’il y en avait dans les bénitiers de l’église, d’y en mettre quand il y en manquait, et, pendant l'hiver, de peur que les bénitiers ne gelassent trop fort, et qu’on n’en pût prendre en entrant et en sortant de l’église, Elle les apportait KElle-même auprès de notre poêle tous les soirs, et les reportait le matin à quatre heures, quand Elle allait ouvrir les portes.”

int

uité qui aint sitôt ir et fix, r lui sclay” son ts, le e des # le te, en rnée, it très endre, qu’il

nonde £lleers de ndant D fort, nt de

notre Leures,

Admirable spectacle de foi, que celui de cet illustre descendant du premier baron chrétien, exerçant au Canada l’humble office de portier !, allant tous les matins, lui évêque, ouvrir les portes de l’église, prenant soin des bénitiers, les apportant la nuit dans sa maison pour que l’eau ne se congelât pas, pendant l’hiver, et les reportant pieusement à l’église le matin! L'importance qu’il attachait aux moindres fonctions ecclésiastiques, aux ordres sacrés les plus inférieurs, à l'efficacité de l’eau bénite et des sacramentaux en général, fait voir l'esprit de foi dont Mgr de Laval était pénétré.

Dieu a récompensé la piété de son serviteur. Si aujourd’hui le peuple canadien a une si grande dévotion pour les objets bénits par l'Eglise, si l’on ne croit pas entrer convenablement dans la maison de Dieu sans prendre de l’eau bénite, s’il n’y a pas une maison où l’on ne trouve suspendu quelque rameau bénit, si l’on rencontre partout une si grande dévotion à la croix, aux images, au chapelet de la sainte Vierge, si le peuple canadien, en général, fait célébrer tant de messes pour les âmes du purgatoire, n’est-

il pas facile de rattacher toutes ces saintes pratiques aux premiers enseignements chrétiens qui retentirent autrefois sur les bords de notre grand fleuve, mais surtout aux enseignements et aux exemples du pieux fondateur de l'Eglise du Canada ?

L’humilité chrétienne et l'esprit de pauvreté découlent naturellement de la foi. Quand on est bien pénétré de la

1 — Pontificale romanum, De ordinatione ostiari.

grandeur des perfections de Dieu, on ne cherche pas à s'élever en soi-même; on s’anéantit, au contraire, sous le poids de ses propres misères ; on ne se compare aux a':tres que pour voir dans le prochain les dons que Dieu y a déposés, et en soi-même un abîme d’imperfections, Pour se rendre moins indigne de s'approcher de Dieu, on cherche à se détacher des choses de la terre et à pratiquer l'esprit de pauvreté.

Or, qui fut plus humble que Mgrde Laval, plus détaché de toutes choses ? Tout le bien qu’il pouvait faire, il le rapportait à Dieu, se considérant comme un vil instrument de sa divine majesté. Ce sentiment profond de sa propre indignité respire dans toutes ses lettres.

C’est le même sentiment qui le portait à se défier de luimême, à recourir aux lumières des autres, à leur soumettre ses écrits et tout ce qu’il faisait, avec la simplicité d’un enfant. ‘‘ Réformez ce mémoire, écrivait-il un jour aux MM. du séminaire, pour en faire quelque chose de bon ; ou bien, jetez-le au feu, si vous ne le trouvez bon à rien 1.”

‘ Jamais prélat, dit M. de la Colombière, ne fut plus ennemi de la grandeur et de l'élévation... En méprisant la grandeur, il a triomphé de lui-même par une pauvreté digne des anachorètes des premiers siècles, dont il a fidèlement observé les lois jusqu’à la fin de ses jours.

‘‘ La grâce, ajoute-t-il, avait tellement pris dans le cœur du prélat la place des inclinations de la nature corrompue, qu’il semblait qu’il fût né avec une telle aversion pour les

1 — Lettre écrite de Paris le 9 juin 1687.

pas à sous le e au« Dieu y , Pour n cheratiquer

létaché e, il le rument

propre

de luiumettre ité d’un our aux bon ; ou in 1,7?

ut plus éprisant pauvreté a fidè-

le cœur rom pue, pour les

richesses, pour les plaisirs et pour les honneurs... Si vous avez remarqué quels étaient ses habits, ses meubles, quelle était sa table, vous n’ignorez pas qu’il fut ennemi du faste et de l'éclat. Pas un pauvre curé de France qui ne soit mieux nourri, mieux vêtu, mieux meublé que n'était l’évêque de Québec.

‘* Bien loin d’avoir un équipage convenable à sa qualité et à sa dignité, il n'avait pas seulement un cheval à lui. Et lorsque, sur la fin de ses jours, son grand âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de marcher, s’il voulait sortir, il lui fallait emprunter une voiture. Pourquoi cette épargne ? Pour avoir un magasin garni de hardes, de souliers, de couvertures, qu'il distribuait gratuitement avec une bonté et une prudence vraiment paternelles. C’est un com. -“ce qu’il n’a jamais interrompu, pour lequel il ne s’est jamais fié qu’à lui-même, et dont il s’est mêlé jusqu’à la mort 1, ”

‘* C’est bien l’homme du monde le plus austère et le plus

détaché des biens de la terre, écrit Marie de l’Incarnation.

I1 donne tout, et vit en pauvre; et l’on peut dire avec vérité

qu'il a l'esprit de pauvreté. Ce ne sera pas lui qui se fera

des amis pour s’avancer et pour accroître son revenu ; il est mort à tout cela... Il pratique cette pauvreté en sa maison,

‘en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques; car il

n’a qu’un jardinier, qu’il prête aux pauvres gens, quand ils en ont besoin, et un homme de chambre 2...”

1 — Eloge funèbre, 2 — Lettre historique, 17 septembre 1660.

IT

L’espérance de Mgr de Laval n’était pas moins vive ni moins héroïque que sa foi. Bien qu’il s’estimât indigne des biens futurs, il avait pourtant une vive confiance de les obtenir par la miséricorde de Dieu et par les mérites de Jésus-Christ.

C’est la ferme espérance de ces biens éternels qui, dès les premières années de son enfance, le portait à mépriser les biens de la terre, puis à renoncer au brillant avenir qu'ouvrait devant lui la mort de ses deux frères aînés, et à céder à son frère cadet tous ses titres avec le patrimoine de sa famille.

Ce détachement, au lieu de diminuer avec le temps, alla toujours croissant en lui avec les années. Il se développa d’une manière merveilleuse à l’ermitage de Caen, où M. de Bernières lui apprit si bien à mépriser la terre pour le ciel. Devenu évêque, Mgr de Laval parvint à se dégoûter de toutes les choses terrestres, et à placer au ciel tous ses désirs et toutes les aspirations de son cœur.

C’est l'espérance du ciel qui le soutenait au milieu de ses immenses travaux. Il se réjouissait même au sein des épreuves et des ‘souffrances, en pensant à la récompense promisé par Notre-Seigneur dans le saint évangile.

Sur la fin de sa vie, lorsque sa santé se fut gravement

altérée, lorsque des douleurs aiguës lui arrachaient des soupirs et des gémissements, et que son corps, couvert d'infirmités, inclinait vers sa ruine, il n’oubliait pas que,

jive ni ndigne nce de mérites

, dès les iser les

avenir înés, et rimoine

aps, alla veloppa

où M. de r le ciel.

de toutes désirs et

ilieu de gein des pm pense avement ient des couvert pas que,

si sa maison terrestre tombait en dissolution, il avait à espérer après sa mort une habitation magnifique et une demeure éternelle dans le ciel. Il faisait tous les jours sa préparation à la mort, humblement soumis à la volonté de Dieu, et ne perdant pas de vue ce redoutable passage que sa confiance en Dieu lui faisait envisager avec joie. ‘Je ne fais que relever d’une maladie que l’on croyait mortelle, écrivait-il un jour à M. Boudon, et elle a été précédée trois mois’ auparavant d’une autre qu’on ne croyait pas moins dangereuse: ce qui nous fait connaître que notre fin n’est pas éloignée. C'est en cet état qu’on reconnaît la vérité qu’il n’y a que Dieu seul, et que tout le reste n’est rien que pur néant. Souvenez-vous toujours de moi en sa sainte présence, et lui demandez, et à sa

. sainte Mère, les grâces qui nous sont nécessaires pour nous

disposer à bien mourir. ”

Son espérance lui inspirait le plus parfait abandon à la sainte volonté de Dieu, au milieu de tous les événements de la vie, se reposant en la divine Providence comme un enfant dans les bras de sa mère. ‘Il nous faut laisser conduire à la providence de Dieu, ” écrivait-il à M. Tremblay. ‘ Dieu soit béni de tout ! ” disait-il à M. Boudon.

Et cet abandon, qu’il e,,rimait ainsi de bouche, il l'avait bien dans le cœur, celui qui, après s'être démis de l’administration de son diocèse, ayant demandé, comme une faveur, d'aller mourir dans sa chère Eglise de la Nouvelle- France, et éprouvé un refus, allait se prosterner devant le saint sacrement, et récitait un Te Deum pour remercier Dieu du grand sacrifice qu’il venait d’exiger de lui.

C’est dans ces sentiments de résignation à la volonté de Dieu qu’il traversa toutes les épreuves de sa carrière épiscopale. Elles furent souvent bien pénibles, ces épreuves, et lui vinrent quelquefois de ceux qui avaient été ses meilleurs amis, comme dans le cas de M. de Mésy, ou de personnages pour lesquels il professait la plus grande vénération, comme dans le cas de Mgr de Saint-Valier. Le bon Dieu agit de la sorte avec ses âmes d'élite, et Mgr de Laval avait été jugé digne de cette faveur de la divine Providence.

Il écrivait un jour à M. Boudon : ‘ Priez Notre-Seigneur et sa sainte Mère, tous les saints anges et saints patrons de cette Eglise, que nous puissions faire un bon usage des croix dont il plait à Notre-Seigneur de faire une large part à notre pays et spécialement à toute l'Eglise... Notre- . Seigneur est aimable en tout ; et en prenant tout de sa divine main, nous jouirons toujours d’une paix que les hommes ne nous peuvent ôter.

L’espérance de Mgr de Laval et son grand abandon à la divine Providence ne venaient pas de l’inertie ou de l’insensibilité. C’ét ait une espérance active, toujours appuyée sur les promesses de Dieu et sur les grâces accordées à la prière. ‘ Ce pays, disait-il un jour, en parlant du Canada, ne peut pas subsister sans un effet extraordinaire de la puissance divine, que l’on ne doit passe promettre, bien que nous devions l’espérer de sa bonté. ”

Nul ne fut plus homme de prière que Mgr de Leval : nous le verrons tout à l’heure, à propos de sa piété et de

son tendre amour pour Dieu. Nul ne comprit mieux que lui cette parole consolante des saintes Ecritures : Gratiam et gloriam dabit Dominus 1. La gloire, comme fin de l’homme ; la grâce, comme moyen d’y arriver: Dieu accorde tout cela à la prière fervente.

III e

L'amour de Dieu, ainsi que la piété, qui, d’après saint François de Sales, n’en est que la perfection et la flamme, étaient à un degré vraiment héroïque dans l’âme de Mgr de Laval. Ah ! comme il aimait Dieu tendrement, comme il le mettait dans son estime et dans son affection audessus de toutes les créatures, celui qui avait tout quitté pour le suivre, pour venir prêcher en Amérique la gloire de son nom, et faire connaître sa bonté à des peuples infidèles encore assis à l’ombre de la mort !

‘ Pour obéir à la voix de Dieu, dit M. de la Colombière, il quitte un des climats les plus doux et les plus tempérés, le royaume du monde le plus florissant et le plus poli, où sa vertu est connue, et où l’on est disposé à la couronner, pour venir dans un pays des plus rudes et des plus incommodes, dans un pays dont les habitants ne sont connus que par leur barbarie, où il y a des travaux immenses à essuyer et des occasions sans nombre de souffrir... Il y vit dans une entière séparation de son illustre parenté, dans un parfait oubli de sa maison, qui est une des plus

1— Ps. LXXXIII, 12.

grandes du royaume, et dans l'exercice du zèle et de la pauvreté apostolique 1.”

‘ Celui qui m'aime, dit Notre-Seigneur, observe mes commandements 2.” Le pieux prélat ne se contentait pas Vabserver scrupuleusement la loi de Dieu, dans toutes ses

es, il pratiquait aussi, autant que la faiblesse humaine peut le permettre, les conseils évangéliques. Il s'était consacré à Dieu corps et âme, et lui avait donné toutes ses pensées, ses actions, ses travaux, toutes les affections de son cœur.

Il avait en horreur le péché, qu’il détestait comme l'ennemi de Dieu et le meurtrier de Jésus-Christ. Il s’efforçait d'éviter les plus petites fautes; et, afin de se purifier de plus en plus de celles qu’il avait pu commettre, il se confessait tous les jours, avant la messe à, de peur d'apporter quelque souillure au saint autel.

Sa piété était comme une flamme qui ne cherchait qu’à se répandre au dehors. Elle se manifestait surtout par la ferveur de ses prières et son assiduité à l’oraison.

Ceux qui vivaient avec lui ont témoigné avec quelle ardeur il priait et faisait ses oraisons jaculatoires, les yeux et les mains levés vers le ciel. Ils ont pu le voir, comme un ange, devant le saint sacrement, et surtout à l'autel, pendant qu’il célébrait ie saint sacrifice. Ils ont attesté qu’en le voyant ils ne pouvaient retenir leurs larmes, et

1 — Eloge funèbre.

2 — Jean, XIV, 21.

3 — Lettre du F. Houssart,.

qu’en l’entendant réciter ses prières, ils se sentaient euxmêmes élevés vers Dieu et pénétrés de son amour 1.

‘ Je n’ai garde d’entreprendre, dit le F. Houssart, de parler de la haute contemplation et de l’union continuelle que Monseigneur avait avec Dieu. Ce sont pour moi lettre close, et je dois me contenter d'admirer ces voies sublimes et élevées dans lesquelles Dieu l’a conduit.”

Voulons-nous avoir un exemple de la grande piété dont le cœur du prélat était embrasé, de son horreur du péché pour lui-même et pour les autres, du désir ardent qu’il avait de faire tout ce qui dépendait de lui pour le faire &isparaître de la face de la terre, rappelons unfait déjà mentionné.

Un jour, — c'était peu de temps avant de mourir — étendu sur son lit de souffrances, il songe à ses enfants du séminaire. Comme autrefois la mère de saint Louis, qui ne redoutait rien tant pour son fils que de lui voir commettre un péché mortel, il ne craint qu’une chose pour

. cette institution, c’est de la voir dévier du sentier de la

vertu.

Dieu lui inspire alors la généreuse résolution de s'offrir lui-même en sacrifice, pour porter la peine de tous les péchés du séminaire. Il conjure le Seigneur de l’exterminer, lui tout seul, et d’épargner toutes les autres personnes de

cette sainte maison. Ille prie d’extirper entièrement le. . péché de cette institution, qu’il a fondée au prix de tant de

1 — Lettre du F. Houssart,

sacrifices, et d’y maintenir jusqu’à la fin des siècles le très saint amour et le véritable culte de Dieu, de la sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, et des saints anges.

Sa prière fut exaucée, au moins par le redoublement de ses souffrances, qui devinrent excessives à partir de ce jour jusqu’à sa mort.

“Nous avons tout lieu de croire, dit le F. Houssart, témoin du sacrifice, qu’il nous a acquis par ses souffrances des grâces particulières pour éviter le péché et pour pratiquer la vertu.”

Puis il ajoute: ‘ Quand il me revient en la mémoire l'accent et la ferveur avec lesquels Sa Grandeur prononçait ces paroles et beaucoup d’autres pleines de feu et d'amour, les yeux et les mains élevés vers le ciel, avec des sentiments extraordinaires d’humilité et de mépris de soimême, et des retours d’une véritable confiance en Dieu, nonobstant, disait-Elle, sa très grande indignité, j'en ai le cœur si pénétré, que je ne puis retenir mes larmes. Je souhaitais pour lors que toutes les personnes du Canada eussent pu entendre, chacune, une seule de ses paroles, pour en être tout embrasées; car ces paroles étaient capables de pénétrer, d’attendrir et d'enlever les cœurs même les plus endurcis.”

Nous avons un autre exemple de la charité dont le cœur du prélat était rempli, dans la patience héroïque avec laquelle il endura pendant plus de vingt ans les plus grandes souffrances, et dans sa parfaite résignation à la volonté de Dieu.

Un jour, pendant qu’on pansait une plaie de sa jambe, il souffrait des douleurs telles que tout son corps en frémissait. Le frère infirmier, touché de compassion, lui dit: ‘ Eh bien, monseigneur, que voulez-vous que nous fassions ? Que mettrons-nous sur vctre plaie ? ” — Le serviteur de Dieu, avec un accent tout empreint de l’amour divin, et les mains jointes, lui répondit : ‘* Mon frère, je ne veux que Dieu; faites tout ce qu’il vous plaira, et ce que vous jugerez bon 1.” — Paroles vraiment dignes de celui qui, durant toute sa vie, n'avait professé d'autre maxime que celle de son pieux ami Boudon: Dieu seul !

C'est par la prière, surtout, que Mgr de Laval exprimait le grand amour de Dieu dont son cœur était rempli. Elle était vraiment son pain quotidien.

A deux heures du matin, en hiver comme en été, il était debout. Il se hâtait de s'habiller, puis restait en prière jusqu’à quatre heures, profitant de ce temps où tous les fidèles de sa ville étaient en repos, pour s'offrir, et les offrir avec lui, en holocauste au Seigneur. Il fit cela durant plus de quarante ans; et ce n’est que dans les dernières années de sa vie qu’il consentit à se lever à trois heures.

A quatre heures, il se rendait à l’église, sa lanterne à la main, ouvrait les portes, et sonnait lui-même sa messe, qu’il disait à quatre heures et demie pour les pauvres journaliers.

Il ne manquait jamais de monter au saint autel, malgré

1 — Lettre du F. Houssart,

EU

: FRET: … Æ à RCE rot ET ES EE

les grandes souffrances que lui faisaient endurer les plaies -et les ouvertures qu'il avait aux pieds et aux jambes.

Après sa messe, Mgr de Laval restait encore en prière, à la sacristie, jusqu’à sept heures, n'ayant, dit le F. Houssart, d'autre feu pour se chauffer, durant les plus grands froids, que celui du réchaud dont il s'était servi pour dire la sainte messe.

I1 donnait encore une grande partie de la journée à la prière; mais, comme il dormait peu la nuit, il était obligé de réciter son bréviaire et son chapelet, et de faire ses lectures spirituelles, en marchant, afin de ne point s’assoupir. Ï1 se promenait ainsi, en hiver, dans sa chambre, en été, dans les allées de son petit jardin, édifiant ceux qui avaient le bonheur de le voir, par la grande piété avec laquelle il remplissait ses devoirs envers Dieu.

Le soir, il était toujours le dernier à se coucher, au séminaire, comme il était le premier à se lever le matin. “Il ne se mettait jamais au lit, dit le F. Houssart, qu’il n’eût dit et ne se fût acquitté de tous ses offices, prières, lectures, chapelets, quelque tard qu'il fût, et quelque affaire qu'il eût eu à régler. ”

Voilà la part de sa journée que le premier évêque de Québec donnait exclusivement à Dieu; voilà de quel amour divin son cœur était embrasé.

Sa charité pour le prochain n’était pas moins admirable ; ou plutôt, elle n’était que la conséquence toute natursiie de l’autre.

‘* On ne peut aimer Dieu sans aimer le prochain, ” dit l’apôtre saint Jean !.”

Mgr de Laval avait une charité sans bornes pour les malades et pour les infirmes. À Québec, comme il avait fait à Caen, il les visitait, les consolait, leur rendait les services les plus répugnants à la nature.

‘ À peine est-il arrivé de France pour la première fois, dit M. de la Colombière, qu’il vole au secours des pauvres de l'hôpital. Leur ressemblance avec le Fils de Dieu, dont ils sont les plus vives images, est pour lui un aimant auquel il ne peut résister. Nulle prière, nulle considération ne peut l'empêcher de se loger au bout de leur salle, d'aider tous les jours à faire leurs lits, et à leur rendre tous les services les plus abjects 2. ”?

Son dévouement héroïque était une prédication à laquelle il était difficile de résister. Un jour, à l’Hôtel-Dieu de Québec, trente malades hérétiques qui y avaient été reçus furent tellement touchés de la charité du serviteur de Dieu, qu’ils abjurèrent leurs erreurs, et entrèrent dans le sein de l'Eglise 3.

‘On l’a vu, dit encore M. de la Colombière, dans un vaisseau, où il se comportait en François-Xavier, où, en traitant les matelots et les passagers, il les nettoyait de

1 — 1 Jean, IV, 20.

2 — Eloge funèbre.

5 — Lettre de Mgr de Laval à la Propagande, 25 vctobre 1665,

— = us rm nnntenee

leurs vermines et respirait le mauvais air et l'infection qu’ils exhalaient ; on l’a vu se défaire en leur faveur de tous ses rafraîchissements, et leur donner jusqu’à son lit, ses draps, ses couvertures. Pour leur administrer les sacre-

ments, il ne craignait pas d'exposer sa vie et celle des

personnes qui lui étaient les plus chères. ”

Et cependant, en reconnaissance de tant de dévouement, il n'éprouva souvent que des duretés. ‘On l’a vu, dans ce même vaisseau, ajoute M. de la Colombière, traité avec autant d’indignité et de mépris que le dernier des matelots 1, ”

Sa tendresse pour les pauvres était toute paternelle. ‘# C’est un homris saint, écrivait Marie de l’Incarnation, le père des pauvres et du public. C’est un autre Thomas

de Villeneuve pour la charité et pour l'humilité, car il se

donnerait lui-même pourcela. Ilne réserve pour sa nécessité

que le pire... Il donne tout, et vit en pauvre; et l’on peut dire avec vérité qu’il a l’esprit de pauvreté 2. Il voyait dans les pauvres les membres souffrants de

Jésus-Christ, et leur consacrait toutes les ressources de sa mense épiscopale, dont il ne gardait rien pour lui.

‘ Nonobstant les dettes, les pertes, les incendies, et toutes les grandes disettes du séminaire, où il avait la meilleure part, dit le F., Houssart, il ne manquait pas de donner aux pauvres, tous les ans, la valeur de quinze

cents et deux mille livres. ”

1 — Eloge funèbre.

2 — Lettre historique, 20 octobre 1663.

hinze

‘ Pendant les trois premières années de son épiscopat, dit M. de la Colombière, il distribua par ses mains ou par les mains d’autrui, secrètement, dix mille écus à ses ouailles. ”

I1 menait la vie la plus frugale, afin d'économiser pour les pauvres, et surtout de leur procurer des vêtements.

‘ Un jour, av plus fort de l’hiver, il trouve dans les rues de Québec, dit M. de la Colombière, un petit garçon ayant les pieds nus et le reste du corps fort mal habillé. Touché de cet objet, que sa foi lui représente comme le très saint enfant Jésus, il amène cet enfant dans sa chambre, il lui lave les pieds et les baise avec tendresse. Puis il les chausse de son mieux, l’habille des pieds jusqu’à la tête, fait un paquet de ses haillons, et le congédie après l’avoir comblé de mille caresses 1. ”

Dans une autre occasion, le séminaire, qui venait de passer au feu pour la seconde fois, avait besoin de cent écus pour achever quelques travaux indispensables. Le saint évêque, qui lui avait déjà donné tous ses biens, ne voulut pas frustrer les pauvres des aumônes qu’il avait coutume de leur distribuer. Dans la crainte que le séminaire ne lui demandât ces cent écus, il envoya secrètement

.le F, Hcssart acheter cent peaux de chevreuil, et il en fit

la distribution à ses pauvres avec une joie indescriptible, profitant de l'occasion pour faire pénétrer dans leurs cœurs des semences fécondes de vertus.

1 — Eloge funèbre.

‘Il ne se contentait pas, en effet, dit le F, Houssart, de soulager les pauvres dans leurs besoins corporels, il voulait que ses aumônes remédiassent aux besoins de leurs âmes, et leur fussent une aide pour servir Dieu et éviter le péché."

Vers la fin de sa vie, il se plaignait amèrement de n'avoir plus rien pour assister les malheureux. ‘‘ Il m'est impossible, disait-il, de vivre plus longtemps, si je ne puis soulager les membres de Jésus-Christ.”

Et de fait, il mourut six mois après, la vie lui étant devenue intolérable, parce qu’il voyait la misère d'autrui, sans pouvoir y remédier. Il avait tout donné; et l’on ne trouva chez lui, après sa mot, absolument rien dont on pût disposer en faveur des pauvres.

‘* O âme généreuse et compatissante, a dit un orateur distingué, on a bien pu écrire de vous avec vérité que vous donniez aux pauvres avec plus de joie que les pauvres n’en avaient à recevoir 1.”

Dans ses visites épiscopales, chaque village était témoin de sa charité. Il entrait dans les huttes sales et infectes des sauvages, les visitait l’une après l’autre, consolant les malades, distribuant des aumônes, et parlant à tous avec la tendresse d’un père. Sa bonté touchait même les Iroquois infidèles, dont plusieurs devenaient doux comme des agneaux.

Il poussa un jour la charité jusqu'à prendre chez lui et garder dans sa maison un pauvre petit sauvage qui fré-

1 — Discours de M. l'abbé Taschereau, 200e anniversaire de l'arrivé de Mgr de Laval au Canada.

quentait la classe de sixième chez les RR. PP. jésuites, Ille combla de marques de tendresse ; et, laissant de côté tout ce que pouvaient avoir de répugnant les mœurs de ce sauvage, pour ne voir en lui que l’image de Jésus-Christ, il lui donna tous les soins de la plus douce hospitalité 1,

Il aimait ses prêtres avec tendresse, les regardant comme leg coopérateurs de son zèle ; etil n'avait pas de plus grande jouissance, dit Latour, que lorsqu'il les voyait arriver chez lui avec les insignes de leur apostolat: une vieille soutane déchirée, un chapeau tout usé, de gros souliers chargés de boue. Il reconnaissait alors en eux ses enfants de prédilection, et de véritables apôtres. À

‘ La joie éclatait sur son visage, lorsque ses curés venaient loger chez lui, avec la confiance d’un enfant qui entre dans la maison paternelle. Il voyait ces hommes que le climat et le travail avaient exténués, et qui portaient sur leur visag” le témoignage écrit de leur zèle. IL courait à eux, il les embrassait et les comblait de caresses, entrait dans le plus menu détail de leurs peines, et s’épuisait pour les soulager dans leurs besoins 2.”

1 — Relation du P. Dablon, 1672.

2 — Latour, p. 38.

JERE | hs | FA cp | | A |

Page 1