CHAPITRE QUINZIÈME
Portrait de Mgr de Laval : le chrétien. — Vertus cardinales du premier évêque de Québec ; sa prudence, sa justice, sa force et son esprit de mortification.
Les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité, brillaient au front de Mgr de Laval d’un radieux éclat. Elles projetaient une vive lumière sur les vertus cardinales qu’il pratiquait, ces vertus qt.! règlent et ordonnent la conduite de l’homme, et gouvernent tous les actes de sa vie.
‘* Dicite justo quoniam benè. Dites au juste: BrEN1.” Ce message qua Dieu envoya autrefois au juste par le prophète Isaïe, s’appliquait naturellement à Mgr de Laval. Tout en lui était si bien ordonné, chaque faculté était si bien à sa place et maîtresse d’elle-même, la prudence, la justice, la force et la mortification réglaient si parfaitement toute sa conduite, qu’en le voyant on.ne pouvait s'empêcher de dire: Quel homme juste, quel Homme de bien !
1— Texte d’Isaïe, III, 10, tel que traduit par le P. de Grenade, Guide des péchewrs, préface.
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La prudence chrétienne lui fit toujours choisir les moyens les plus surs de servir Dieu, de sauver son âme et de procurer le salut du prochain. Dès sa jeunesse, on le vit, sous l'inspiration de l'Esprit saint, renoncer généreusement à tous les avantages humains que lui offraient sa haute naissance et son patrimoine, pour entrer dans l’état ecclésissiique, «fin de s’y livrer exclusivement à la seule affaire vraiment importante.
Plus tard, il embrasse le sacerdoce, non pas pour y vivre à son aise, mais pour s’y dévouer à tous les sacrifices.
Devenu prêtre, il donne des preuves de sa grande prudence, en rétablissant l’ordre et la régularité dans un hôpital, ainsi que dans une maison religieuse de la ville de Caen. On conçoit dès lors une si haute idée de sa sagesse, qu’il est jugé digne, malgré son jeune âge, d’être nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France.
C’est surtout dans cette mission difficile qu’il donne la mesure de sa rare prudence, en marchant avec calme et sang-froid au milieu de toutes les difficultés, ne reculant devant aucun obtacle, et sachant toujours proportionner les moyens au but qu’il veut atteindre.
Tous recourent à lui pour recevoir ses conseils. Mais lui, de son côté, se défiant de ses propres lumières, ne manque jamais de recourir aux conseils des autres, de consulter ses grands vicaires, son chapitre, et même ses curés, qu'il traite avec une bonté toute paternelle, afin dè procurer
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ainsi, avec douceur et avec force, le bon gouvernement de son diocèse. ‘‘ Le prélat, écrivait un jour M. de Maïzerets, ne faisait rien de considérable que de concert avec nous tous !, ”
Bien plus, dans les affaires ordinaires de la vie, ilne dédaigne pas de prendre l’avis même de ses serviteurs.
‘ Nonobstant ma grossièreté, mon ignorance et toutes mes mauvaises qualités, écrit le F. Houssart, il me consultait, demandait mes avis, me priait, quoique je ne fusse que son valet, me déférait et familiarisait avec moi. C’est ce qui faisait l’étonnement des personnes qui ont connu legrand mérite, les grandes lumières et la profondeur des connaissances qu’avait Sa Grandeur. C’est aussi ce que je ne puis expliquer. Et quand même je le pourrais, j'y aurais bien de la peine ; car, quand je pense seulement à ces manières si tendres, si charitables, si humbles et si déférentes de Sa Grandeur à mon égard, j'en ai le cœur si attendri, que je m’en expliquerais mieux par mes larmes que par mes paroles. ”
Après cela, on comprend facilement l’estime et la vénération dont il était entouré. Personne ne fut jamais mieux obéi que lui. Tous les membres de son clergé, fortifiés par la sagesse de sa direction, étaient, pour ainsi dire, sous sa main, formant à Québec une communauté dont il était. l’âme, et au sein de laquelle il résidait lui-même en per-
sonne, pour observer le premier les règlements qu'il avait faits.
1 — Latour, p. 34.
Il y était un véritable oracle par sa prudence, jointe à la plus aimable simplicité. ‘ Nous l’avons vu, dit Charlevoix, dans ses dernières années, conservant encore cette simplicité évangélique, qui rendait si respectables les premiers successeurs des apôtres !,
La justice chrétienne, il la pratiqua parfaitement, en remplissant à un degré héroïque ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers le prochain.
Il rapportait toujours fidèlement à Dieu l’exercice de toutes les facultés de son âme et de son corps, se tenant toujours en sa présence, malgré les grandes occupations de son ministère, faisant de longues prières, rendant à Dieu ce qui lui appartient, ne vivant que pour lui et pour sa gloire, et lui offrant habituellement sa propre vie en sacrifice.
Lui- même, personnellement, il se regarda toujours comme un misérable pécheur, et se traita comme tel par les plus rudes austérités de la pénitence.
Jamais homme ne fut plus juste que lui envers le pro- Chain. Nous voyons, dans quelques-unes de ses lettres, qu'il recommande avec soin au séminaire de ne pas trop s'engager dans les dettes, et d’acquitter celles que l’on a déjà contractées. Il recommande aussi de payer les siennes. Il veut que les messes de fondation sur les séigneuries de sa famille ou sur ses abbayes soient fidèlement acquittées.
1 — Vie de lu Mère de l'Incarnation.
àla Il a soin de ses prêtres, comme un père a soin de ses | oix, enfants, prenant garde qu’ils necompromettent inutilement fl | pli- leur santé, s’efforçant, soit au moyen de la dîme, soit par |
iers . les gratifications royales, soit même par ses propres res- | |
sources personnelles, de leur procurer une honnête subsistance, établissant aussi dans ce but son séminaire, afin qu’ils y trouvent toujours un refuge assuré en maladie et
en sur leurs vieux jours.
jeu, Puis, quand son successeur, pour répondreaux nouvelles exigences des temps, croit devoir entreprendre de réformer e de le système de cures unies au séminaire, ce n’est pas tant nant de la destruction de son œuvre qu’il s’afflige, que de voir 8 de les prêtres privés désormais de leur refuge naturel, sans Dieu ressources certaines, ruinant et perdant leur santé, sans r Sa avoir rien d’assuré pour leur vieillesse. > en Son esprit de justice répugnait à tout ce qui sentait l’arbitraire et l’oppression. Nous l’avons vu, au Conseil souours verain, soutenir noblement la cause du procureur général par Bourdon et des conseillers injustement destitués par M. de Mésy. Ce fut toujours sa disposition de prendre la part du pro- faible contre l'oppression des puissants. tres, Jamais pasteur ne fut plus fidèle que lui à remplir les trop devoirs de sa charge, entreprenant les voyages les plus on à difficiles pour prêcher l’évangile aux sauvages, leur admines. nistrer les sacrements, et leur prodiguer tous les soins d’un de véritable père. A l’exemple de l’apôtre saint Paul, il se tées. regardait comme ‘‘ le débiteur de tous 1.”