SLAM A ADP À QI AMIE SFR PER LANDE
Quant à la vertu de force, il la posséda, certes, à un degré héroïque, celui qui, dès le bas âge, réussit à se vaincre soi-même, et fit à Dieu le sacrifice de son corps et de son âme par le renoncement chrétien.
Au Canada, il exerça les fonctions de sa charge épiscopale avec un courage indomptable, soutenant vigoureuse-
ment l'autorité du saint-siège contre les prétentions de l’archevêque de Rouen, travaillant avec un dévouement infatigable à la conversion des sauvages, s’exposant aux fatigues de voyages incessants à travers les neiges et par des chemins presque impraticables, luttant avec une énergie invincible contre la traite de l’eau-de-vie, s’opposant comme un mur d’airain au mauvais vouloir des autorités civiles, et, quand les moyens de douceur et de tolérance étaient épuisés, recourant aux foudres de l'Eglise pour faire respecter les droits de la conscience.
S’agissait-il d’une entreprise utile à la gloire de Dieu, il la poursuivait avec une fermeté indomptable, et rien ne l’arrêtait, ni les considérations de l’amitié, ni les menaces de ses ennemis, ni même aucun péril de mort.
Le caractère de Mgr de Laval, c'était l’énergie de la volonté ; et son esprit, celui d’Elie et de Jean-Baptiste. ‘Il fallait ici, dit Marie de l’’ncarnation, un homme de cette force.”
‘* Notre prélat, ajoute-t-elle, est très zélé et inflexible : zélé pour faire observer tout ce qu’il croit devoir augmen-
à un à se orps
\8COuses de nent aux , par une PPOutoolérlise
u, il n ne aces
> la ste.
e de
ter la gloire de Dieu ; et inflexible pour ne point céder en ce qui y est contraire. Je n’ai point encore vu de personnes tenir si ferme que lui en ces deux points !, ”
Il ne reculait, en effet, devant aucune considération, quand il croyait voir la volonté de Dieu dans l’exercice de son ministère. D'un esprit haïdi et décidé, quand, après avoir pris les moyens de prudence chrétienne, il était persuadé que Dieu lui demandait telle ou telle mesure, il portait à l’accomplissement de son devoir la vaillance et lintrépidité que ceux de sa race avaient si souvent portées sur les champs de batailles pour la défense de la Religion et de la patrie.
Il semble qu’il avait toujours présentes à l'esprit ces paroles de son ancien maître, M. de Bernières : ‘* Il vaut mieux n'être pas évêque, que d’être un évêque humain ?; ” c’est-à-dire, que de forfaire à son devoir par respecthumain, ou par complaisance humaine.
Il nous reste à considérer en Mgr de Laval l’homme de pénitence et de mortification. C’est par la pénitence la plus austère qu’il travailla toute sa vie à dominer les mauvais penchants de la nature, et parvint à acquérir cette parfaite possession de lui-même qu’on admirait dans toute sa conduite.
1 —- Lettre spirituelle 90e.
2 — Latour, p. 29.
I] pouvait bien dire avec l’apôtre saint Paul : ‘ Je châtie mon corps, et je le réduis en servitude ! ; ” car il portait presque habituellement le cilice, malgré sa complexion délicate et sensible, et en dépit des souffrances et des infirmités dont il était accablé.
Le F. Houssart, qui nous apprend ce fait, ne le constata lui-même, pour ainsi dire, qu’à la dérobée, car le serviteur de Dieu prenait tous les moyens possibles de cacher ses mortifications.
‘ Il cherchait tous les jours, dit-il, les moyens qu’il pouvait s’'imaginer pour se procurer des douleurs et des souffrances ; comme, par exemple, de porter le cilice, et de le quitter tous les soirs en cachette, de peur que je nele visse, en pansant le cautère qu’il avait au bras. Sur ses dernières années qu’il ne pouvait agir, il le portait jour et nuit, et avait grand soin que je ne le visse pas en pansant son cautère. Quand il était déchiré, il le raccommodait lui-même, et avait toujours pour cela du fil et des aiguilles; et quand il s’y engendraïit de la vermine, il le lavait luimême dans de l’eau chaude, et tout cela en cachette. ”
Malgré le soin qu’il prenait de cacher ses mortifications, il communiqua le feu sacré de la pénitence à tout son clergé. Nous voyons, par une lettre de M. Tremblay aux MM. du séminaire, que ce digne prêtre envoyait au Canada, en 1694, deux douzaines de disciplines. Il envoyait en même temps un ouvrage du général des jésuites sur le
1— 1 Cor., IX, 27.
Par Nés
D QT nr run 1 pd ter gd 0
Probabilisme, et plusieurs livres contre le Jansénisme, qu’il appelait une pernicieuse doctrine.
Voilà quel était déjà, à cette époque, le clergé du Canada, un clergé instruit, éclairé, au courant des études théologiques, éloigné des doctrines jansénistes, mais surtout un clergé formé à l’image de son pieux fondateur, et aimant sincèrement la pénitence.
Mgr de Laval vivait de la manière la plus austère. Il couchait habituellement sur la dure; et s’il s’apercevait que, par pitié pour ses infirmités, on avait mis une paillasse sous son matelas, il attendait que son domestique fût parti, ôtait lui-même le matelas, et couchait sur la paillasse. Le matin, il remettait son lit comme il était, sans qu'il y parüût rien.
Du reste, c’est lui-même qui tous les jours faisait son lit,
balayait sa chambre, desservait sa table, lavait ses petits ustensiles. Il vivait comme le plus humble des sémina-
ristes.
Ses repas étaient tout ce qu’il peut y avoir de plus simple et de plus frugal: un potage, qu’il s’efforçait de rendre le moins bon possible, en y versant beaucoup d’eau chaude; un peu de viande, qu’il voulait aussi gâtée que possible, sous prétexte qu’elle était plus tendre pour ses dents, et une croûte de pain, au contraire, la plus dure qu’il pouvait trouver; jamais de dessert.
‘ Pour son boire ordinaire, dit le F. Hous sart, ce n’était
1 — Tous les détails qui suivent sont tirés de la lettre du F, Housart,
que de l’eau chaude un peu teinte de vin ; et chacun sait que Sa Grandeur ne prenait jamais ni liqueur, ni vin exquis, ni aucune mixtion de sucrerie, de quelle que sorte qu’elle puisse être composée, soit pour boire, soit pour manger, excepté que, sur ses dernières années, je gagnai de lui faire prendre tous les soirs, après son bouillon, qui était tout son souper, gros comme le pouce de biscuit, dans un peu de vin, pour l'aider à dormir.
‘ Ja puis dire sans exagération que toute sa vie n’était qu'ur jeûne continuel, car il ne déjeûnait point, et ne prenait tous les soirs que la valeur d’une légère collation. ”
Cette vie étonnante de mortification ne nous rappelle-telle pas les austérités des plus grands saints de l'Eglise ? Ajoutons à cela les souffrances continuelles que lui faigaient endurer les plaies de ses jambes. Il acceptait ces douleurs avec une grande résignation, comme venant de la main de Dieu, ayant soin, cependant, de dissimuler un peu sa patience elle-même. Voilà pourquoi il accordait quelques plaintes à la nature. — ‘‘O mon Dieu, disait-il, que je souffre ! ayez pitié de moi, à mon Dieu, Dieu d'amour; ô Dieu de bonté, à Dieu de miséricorde, faites-moi miséricorde. Votre sainte volonté soit faite, d mon Dieu! ”
Non seulement Mgr de Laval supportait avec patience ses souffrances, mais il les aimait pour l’amour de Notre- Seigneur ; il aimait les plaies dont il était affligé, et qui lui causaient des douleurs très aiguës. En signe de cet amour, il baisait ses bandages avec une dévotion toute particulière, à chaque fois qu'il les Ôtait, ou les mettait, comme un, précieux instrument qui servait à le faire souffrir.
" VIE DE MGR DE LAVAL 607 \ ue C’est avec le même esprit de mortification qu’il supporis, tait toutes les contrariétés de la vie, et les inconvénients Ile de chaque jour, lesquels, souvent, font souffrir les natures er, vives et sensibles encore plus que les maladies elles-mêmes, ire Rien de plus admirable que sa patience vis-à-vis de ses out serviteurs.
jeu ‘ Ce n’a pas ét6 une petite peine à Sa Grandeur, dit avec ( beaucoup d’humilité le F. Houssart, de se servir de moi si [LE tait longtemps qu’Elle l’a fait, à cause de mes indocilités, des ï 1 )re- attachements à ma propre volonté, et des raisonnements il: ) contradictoires que je lui faisais, quand Elle exigeait 1} e-t- quelque chose de moi qui ne me plaisait pas. Toute autre MEL se ? patience que la sienne se serait lassée, et m'aurait chassé 1 fai- cent fois d’auprès de sa personne...” HA À ces Que dirons-nous de sa grande pauvreté, fruit de son {| | - de esprit de mortification ? Nous en avons déjà parlé à propos L À dé de son humilité. nr:
dait ‘Il employait tout en aumônes et en œuvres pieuses, 15 À que dit le F. Houssart ; et quand il avait besoin de quelque dur : chose, comme habits, linge, etc., il le demandait au sémi- hi: 1 Lévis naire, comme le moindre de ses ecclésiastiques. | l | ‘TI était fort pauvre dans ses habits ; et j'avais peine à | | bnce l'empêcher de s’en servir, quoiqu'ils fussent fort vieux, |! | tre- sales et rapiécés. Pendant vingt ans, il n’a eu que deux (l [1 ilui soutanes d'hiver, qu’il a laissées en mourant, l’une encore | h. Â our, très bonne, l’autre toute rase et rapiécée. En un mot, il k 1 4 | un | k Voilà l’homme de pénitence et de mortification que la | j |
| * à RS N x {|
ère n’y avait personne au séminaire plus pauvre en habits... |
divine Providence avait placé à la tête de l'Eglise du Canada.
M. de Bernières lui avait dit un jour: ‘‘ Ce serait un grand malheur qu’un évêché empêchât d’être parfait chrétien 1.” Nous venons de voir à quel degré héroïque le pieux prélat pratiqua toutes les vertus chrétiennes; et nous avons pu admirer en Mgr de Laval le parfait chrétien, tel que le voulait M. de Bernières.
1 — Latour, p. 29.
du
t un rfait ue le s; et étien,