‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 95 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Visite pastorale de 1676. — Lettre à la Propagande, — Lettre au général de la Compagnie de Jésus. — Pouvoirs aux Récollets. — Ordonnance au sujet du baptême.

Mgr de Laval avait hâte de parcourir son diocèse, et de revoir. ses paroisses qu'il n'avait pu visiter depuis tant d'années (1671). Aussi résolut-il de partir pour sa visite

pastorale dès le printemps de 1676, aussitôt après l’ouver-

ture de la navigation.

. Il était à Boucherville le 20 mai, et y administra le sacrement de confirmation. Puis il se rendit de là à Montréal,

où il passa plusieurs jours. Il visita ensuite successivement Laprairie, Sorel, Saint-Ours, Contrecœur, la Rivièredu-Loup, Saint-François, Trois-Rivières, le Cap-de-la- Madeleine, les Grondines et Dombourg. Il termina sa visite à Québec, et confirma 357 personnes !.

Il n’est fait mention, dans les annales qui nous guident, ni de l’île d'Orléans, ni de la côte Beaupré. Il y a tout lieu de croire, cependant, qu’il en fit aussi la visite. Peutêtre même commença-t-il par là, comme il avait déjà fait

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1 — Registre des confirmations.

plusieurs fois. Il avait d’ailleurs des raisons toutes spéciales de visiter ces deux endroits, la côte de Beaupré, parce que c'était une de ses seigneuries, l’île d'Orléans, parce qu’il devait s’y occuper des affaires de M. Berthelot.

Pendant son séjour à Montréal, le 31 mai, il! ordonna prêtre M. Rémy, qui avait déjà rendu et devait rendre encore des services si importants au séminaire de Saint- Sulpice |.

I] dut se réjouir de voir les progrès qu'avait déjà faits Montréal. Les trois œuvres fondamentales de Ville-Marie, Saint-Sulpice, l’'Hôtel-Dieu et la Congrégation de Notre- Dame, fleurissaient à l’envi d’une manière merveilleuse. Une belle église paroissiale s'élevait maintenant au centre de la ville ; on en avait posé solennellement les cinq premières pierres le 30 juin 1672. Elle n’était pas encore terminée, toutefois ; et c’est dans l’église de l’Hôtel-Dieu que l’évé-

que de Québec dut faire l’ordination de M. Rémy ?; mais elle aliait bientôt être livrée au culte. A quelque distance on voyait aussi l’église de Bonsecours, que faisait construire Marguerite Bourgeois.

Le prélat, durant sa visite, témoigna, comme nous lé verrons, une bienveillance toute particulière à la communauté des religieuses hospitalières et à celle de la Congrégation de Notre-Dame.

1 — M. Rémy, avant sa promotion aux saints ordres, fut chargé des petites écoles de garçons, avec M. Soûart, Puis il devint curé de Lachine, où il fut témoin de la terrible irruption des Iroquois en 1689. à 11 devint plus tard procureur du séminaire, et mourut à l’âge de 90 ans. 2 — “* L'église (en bois) de l’Hôtel-Dieu servit de paroisse jusqu'en ovembre 1678, ”” (Jacques Viger.)

Partout, dans le diocèse, il put remarquer des signes sensibles de progrès. Les groupes de colonisation devenaient de plus en plus nombreux, les villages se multipliaient, on bâtissait des chapelles, des églises, des presbytères ; les missionnaires déployaient partout un zèle infatigable.

Nous avons vu que le pieux évêque, en arrivant de France, avait été reçu à Québec avec de grandes démonstrations de joie et d'affection. Il n’y a pas de doute qu’il éprouva partout le même accueil, tant de la part des fidèles, qui le vénéraient comme un saint, que de la part de ses prêtres, qui l’aimaient tous comme un père.

Lui-même fut rempli de joie et de consolation. Accablé de fatigues, brisé par la maladie, il est tenté, cependant, de s’écrier avec l’Apôtre, qu’il ‘‘ surabonde de bonheur 1.”

De retour à Québec, il s’'empresse de rendre grâces au Seigneur des bénédictions répandues sur son Eglise et des heureux fruits de sa visite pastorale.

Puis, suivant son usage, il se tourne vers Rome, lecentre de l’unité chrétienne, la source de toute juridiction. Il vient de recevoir de la Propagande la prolongation des facultés apostoliques qui lui avaient été déjà accordées, ainsi qu'un trésor insigne de reliques pour ses églises ; et dans une magnifique lettre adressée aux éminentissimes cardinaux de cette Congrégation, il se laïsse aller à toute l’effusion de sa reconnaissance :

“ Nous savons, dit-il, que nous vous devons beaucoup plus de gratitude que nous ne pouvons l’exprimer, pour

1 — 2 Cor., VIT, 4.

votre excessive bienveillance envers nous et envers notre Eglise naissante, pour vos soins et votre affection à notte égard. Aussi nous aimons mieux nous déclarer impuissant à reconnaître tous vos bienfaits, que de chercher à vous en témoigner notre gratitude autrement qu’en recommandant sans cesse au Dieu Tout-Puissant vos éminentissimes personnes.

‘* Le devoir si doux de la reconnaissance nous est imposé non seulement par l’usage et la jouissance de vos bienfaits, mais par les fruits qu’ils nous ont procurés. N'est-ce pas à vous, en effet, que nous devons l'érection de cette nouvelle Eglise, que vous avez comblée de votre amour et de vos faveurs ? N'est-ce pas à vous, par conséquent, qu’il faut rapporter les fruits de bénédictions que produisent partout nos missionnaires tant du clergé séculier que dela Compagnie de Jésus, leur zèle infatigable à répandre la foi chez les sauvages, et l'espérance que nous donnent pour l'avenir les élèves de notre séminaire, si bien formés à la piété et à la vertu ?

‘ Vous venez de mettre le comble à vos bienfaits, en nous accordant la prolongation des privilèges apostoliques que nous vous avions demandés, et en nous faisant envoyer des reliques de saints martyrs pour la garde et la sanctification de nos églises, lesquelles, grâce à Dieu et à vos ferventes prières, se multiplient chaque année dans notre diocèse. Que Dieu vous accorde la récompense de vos bienfaits ! c’est le vœu le plus ardent de notre cœur.

‘ Continuez-nous votre affection, continuez à protéger notre Eglise; que cette protection lui soit assurée pour

re toujours. Aidez-nous à procurer la gloire de Dieu et le tre bien de nos ouailles. De notre côté, nous garderons pieuis- sement et éternellement votre mémoire, et le souvenir de à vos bienfaits se perpétuera ici d'âge en âge. m- ‘Que le Seigneur accorde santé et longue vie à Vos is- Eminences ! ! ” En même temps qu’il envoyait à Rome ce beau témoi- )8É gnage de sa piété et de son grand cœur, le saint prélat ts, n’oubliait pas ses anciens maîtres de la Compagnie de )a8 Jésus, devenus les collaborateurs de son apostolat dans la )u- Nouvelle-France. Il écrivait au général des jésuites pour de lui exprimer son admiration pour le zèle de ses religieux, v'il sa reconnaissance pour les services qu’ils rendaient à son int diocèse, et le besoin pressant qu’il avait encore de ieurs la SeCOUTS : — ; foi “ Notre-Seigneur, dit-il, procura à son Ejlise naissante ur plusieurs apôtres, afin que cette Sion bien-aimée fut solila dement assise sur ses bases, et ne chancelât jamais. Mais que faudrait-il donc penser de nous, et quelle espérance us pourrions-nous avoir pour l’avenir de l'Eglise du Canada, si ue elle n’avait d'autre soutien que nous qui sommes si faible ? er ‘‘ Elle s’écroulerait peut-être, cette nouvelle Sion, si fi- Votre Paternité ne nous fournissait pour l’œuvre de Notre- 08 Seigneur, des collaborateurs, qui travaillent avec nous à sa re fondation, et qui édifient sur les fondements posés avec 08 tant de soin par leurs prédécesseurs, et cimentés même de

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