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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

Réputation de sainteté de Mgr de Laval depuis deux siècles.

Il y a près de deux siècles que Mgr de Laval a rendu sa belle âme à Dieu. ‘‘ Tous ceux qui l’ont connu sont morts depuis longtemps, disait naguère un orateur déjà cité; plusieurs générations se sont succédé depuis qu’il a disparu de la scène de ce monde; cette colonie a passé sous une nouvelle domination; la population s'est accrue prodigieusement ; la forme de son gouvernement a été changée à plusieurs reprises : des événements de la plus haute importance ont eu lieu dans l’ancien et dans le nouveau monde. Mais au milieu de tout cela, le souvenir de ce grand et illustre évêque, qui ne cherchait pourtant qu’à s’ensevelir dans nos forêts, subsiste et semble même acquérir chaque jour un nouveau degré de force et de vivacité 1,”

Paroles doublement remarquaries : d’abord, parce qu’elles constaent la persistance du souvenir de Mgr de

1 — Discours de M. l'abbé Taschereau, 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval au Canada.

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Laval jusqu’à nos jours ; puis, parce qu’elles indiquent les “bstacles en apparence insurmontables à travers lesquels ‘s'est perpétuée sa réputation de sainteté.

Nous ne parlons pas ici de la France, le pays natal du premier évêque de Québec. Il Ia quitta, jeune encore, pour yenir ‘ s’ensevelir dans la solitude de nos forêts, ” et n’eut jamais l’occasion, ni à La Flèche, ni à Caen, ni à Evreux, l'y produire de ces œuvres éclatantes qui frappent l’imagination du peuple, et immortalisent la mémoire des héros.

D'ailleurs, dans toute sa carrière, il n’eut rien de plus à cœur que de pratiquer la maxime évangélique: Ama nesciri et pro nihilo reputari. ‘‘ Ce ne sera pas lui qui se fera <es amis pour s’avancer, écrivait Marie de l’Incarnation ; al est mort à tout 1.”

Malgré cela, les travaux apostoliques qu’il accomplit au “anada eurent du retentissement jusqu’en France. Sa piété «t son zèle étaient connus et appréciés à la Cour et partout «ù l’on portait quelque intérêt à cette colonie. Mais la xéputation de ses vertus et de sa sainteté ne franchit jamais les limites d’un cercle assez restreint.

Les classes dirigeantes et l’épiscopat lui-même avaient Hhien d’autres préoccupations que de populariser la vie

€difiante d’un pauvre évêque missionnaire, qui avait quitté sa patrie pour aller prêcher l’évangile dans les forêts du

mauveau monde.

Peu à peu, sous Louis XV, on se désintéressa de plus en

3 — Lettre historique, 17 septembre 1660.

À À | les plus du Canada. Cette petite colonie, attaquée par les uels Anglais, et laissée à peu près à ses seules ressources, |: succomba dans la lutte. Elle fut cédée à l'Angleterre; et | du il se produisit alors ce phénomène que l’on peut observer pour dans toute circonstance analogue: on s’appliqua, pour il eut air.si dire, à oublier ce que l’on n’avait pas eu le courage | eux, de défendre au prix de quelques sacrifices, ss Cependant, même dans ces conditions défavorables, la { ÉdoË: mémoire de Mgr de Lavai ne fut jamais oubliée complè- | plus tement en France; et lorsque son nom est mentionné | Aa quelque part, ce n’est qu'avec le plus profond respect. di Léra La Gallia Christiana, parlant de lui vers 1744: ‘‘ Cet di évêque, dit-elle, résidait dans son séminaire, et donnait 1 sans cesse à ses ecclésiastiques l'exemple du travail, de la ON © ft au modestie, de la sobriété et de la pénitence. Il mourut à | piété Québec le 6 mai 1708 en odeur de sainteté.” | rtout L'abbé L’Advocat écrivait dans son Dictionnaire histo- | arte rique, cinquante ans après la mort de Mgr de Laval: ‘Il | iatà se fit estimer de tout le monde par sa vertu et par son | éminente piété.” | dent ‘* L’évêque de Québec, dit un autre auteur, donnait à ie AE tous l'exemple d’une vie laborieuse.... On croyait voir en k 'uitté lui un évêque des premiers temps, ramenant les payens 17 AE par l’ardeur de son zèle et par l'excellence de ses vertus 1.” } Et l’abbé Jovet, chanoïne de Laon, prieur de Plainchas- he abs tel: ‘ Nous ne pouvons assez louer, dit-il, les soins assidus

1 — Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e

siècle, 2e Edit., t, I, Introd., p. COXLIV.

de Mgr de Laval, et la sollicitude pastorale avec laquelle ce digne prélat s’attachait à. l'établissement de la petite Eglise du Canada, dont il devint le premier évêque titulaire !, ”

Partout où le souvenir de Mgr de Laval s’est conservé en France, il y brille avec l’auréole de la sainteté. On connaît la célèbre congrégation fondée par le P. Eudes, auquel notre prélat était uni par une sainte amitié. Le nom de Mgr de Laval apparaît très souvent dans les annales des Eudistes. Un illustre membre de cette congrégation, le P. Ange Le Doré, nous écrivait, il n’y a pas longtemps: ‘ Pour ma part, je désire vivement que sa cause soit introduite. La lecture de nos annales m’a inspiré depuis longtemps une haute idée de sa sainteté 2.”

M. Delpech, supérieur des Missions étrangères, dont Mgr de Laval fit autrefois partie, écrivant, il y a quelques années, au supérieur du séminaire de Québec, appelait

notre prélat ‘l’une des colonnes du Séminaire et de la Société des Missions étrangères.” Il demandait à Dieu, disait-il, ‘‘ de daigner les rendre de fidèles imitateurs du zèle et de la vertu de ce vénérable père, et répandre, par son intercession, sur le séminaire de Québec et sur celui de Paris, l'abondance de ses bénédictions 3.”

1— Cité par M. l'abbé Langevin, dans le Procès préliminaire de béatification de Mgr de Laval.

2 — Lettre du P. Le Doré à l’auteur, Digne, 23 août 1888.

3 — Lettre de M. Delpech à M. Thomas E. Hamel, supérieur du séminaire de Québec, 1878,

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On vit bien, à l’occasion des grandes fêtes religieuses qui eurent lieu à Québec, en 1878, que le souvenir des vertus de Mgr de Laval n’était pas perdu en France. Le comte de Palys ayant demandé à l’un de ses amis le portrait de Mgr de Pontbriand, on lui avait envoyé par mégarde celui de Mgr de Laval, en y joignant une copie de la brochure sur la translation solennelle des restes du pieux prélat.— ‘Je suis très heureux, écrivit le comte, de l'erreur qui a été faite : elle m’a permis de mieux connaître la sainte figure de Mgr de Laval 1.”

Au Canada, la réputation de sainteté de Mgr de Laval a traversé pure et intacte les phases diverses de notre histoire.

Ici encore distinguons bien entre la tradition orale et populaire, et celle qui se perpétue parmi les classes instruites et surtout dans les communautés religieuses.

Mgr de Laval vit et meurt,au Canada, avec la réputation d’un saint. Sur une population de vingt mille âmes, disséminée dans toute l'étendue de la Nouvelle-France, plus de trois mille personnes se disputent ses reliques. La foule se presse autour de sa tombe vénérée ; et les enfants

accourent en criant : ‘* Laissez-nous donc voir le saint ! ”

Dans une société ordinaire, parfaitement organisée et à l’abri de toute commotion, la mémoire du pieux prélat se seraït transmise, chez le peuple, de bouche en bouche, de père en fils, de famille en famille. Les mères auraient

1— Abeille, vol. XII, p. 159.

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appris à leurs enfants le nom de Mgr de Laval; et ceux-ci l’auraient légué à leur postérité comme un précieux héritage. Le clergé, surtout, aurait pu facilement entretenir autour de cette sainte mémoire le feu sacré de la reconnaissance et de la vénération populaire.

Mais cette tradition orale était-elle possible pour Mgr de Laval ? Etait-il possible que son nom volât de bouche en bouche, et que le souvenir de ses vertus se transmît d'âge en âge, sur les ailes de la renommée, au milieu d’une population si minime, disséminée sur plusieurs centaines de lieues, et se modifiant sans cesse par de nouveaux éléments venant de la France ?

Les familles du Canada étaient souvent isolées à de grandes distances les unes des autres. Il fallait songer avant tout aux besoins impérieux de l'heure présente et aux nécessités de l’avenir, se créer un établissement, et se défendre contre deux ennemis acharnés, les Anglais et les sauvages. Il n’y avait guère de place dans les préoccupations du colon canadien pour les traditions populaires.

De son côté, le clergé peu nombreux, mais formé à la vie apostolique dans le séminaire même de Mgr de Laval, s’occupait plus de retracer dans sa propre conduite que dans son enseignement la vie et les vertus du pieux fondateur de notre Eglise.

Non, aucun esprit sérieux, connaissant les conditions où

se trouvait notre pays dans la première moitié du dixhuitième siècle, ne peut prétendre que lesouvenir du saint évêque devrait se retrouver dans toutes les familles de nos

campagnes. À plus forte raison déclarera-t-il la chose matériellement impossible, s’il se rappelle le douloureux. événement qui arriva juste un demi-siècle après la mort de Mgr de Laval, la cession du Canada à l'Angleterre, notre peuple passant avec regret sous une dominatiom étrangère, obligé de se façonner à un nouveau régime, et, de rompre avec la plupart des traditions du passé.

Il est facile de constater, cependant, qu’il ne manque pas de familles, même parmi le peuple, où la mémoire du premier évêque de Québec s’est pieusement transmise d'âge en âge jusqu’à nos jours. Mais c’est surtout dans les classes instruites que son souvenir s’est conservé. Tous ceux qui s'occupent de l’histoire de notre pays regardent Mgr de: Laval comme un saint. [L’auréole qui brille à son front, au lieu de s’obscurcir, s'agrandit, et devient chaque our de plus en plus éclatante.

Lorsqu'il fut question, il y a quelques années, de demander à Rome l'introduction de la cause du saint évêque, om vit des citoyens des plus hautes sphères de notre société: canadienne unir dans ce but leurs vœux à ceux du clergé, et rendre témoignage à la grande réputation de sainteté de: Mgr de Laval.

Dans les communautés religieuses, jamais aucun nuage: n’a passé sur cette belle et sainte mémoire.

Voyons d’abord le séminaire de Québec. Il est naturel,

sans doute, que dans cette institution, élevée et entretenue |

par ses soins, on ait toujours conservé avec respect la mémoire d’un si grand bienfaiteur. Aussi le séminaire n’a jamais failli à ce devoir de la reconnaissance et de la piété

filiale. Il a toujours regardé les vertus de Mgr de Laval comme la plus belle portion de son héritage.

De temps immémorial, les directeurs de cette maison se sont plu à signaler à leurs élèves, par quelques fêtes intimes, les principales dates de sa vie, surtout celle de sa naissance. Ces fêtes de famille commencèrent, vers 1850, à prendre un caractère plus général: le public y fut admis ; et quelques années plus tard, en 1859, le séminaire célébra par une grande solennité musicale et littéraire le deux-centième anniversaire de l’arrivée de Mgr de Laval au Canada.

Deux discours remarquables furent prononcés à cette occasion. L’un des orateurs ! s’attachait surtout à louer les grandes vertus de Mgr de Laval: nous avons déjà cité plusieurs passages de son discours. L'autre nous le montrait vivant encore dans ses œuvres, mais surtout dans son œuvre par excellence, le séminaire et l’université Laval.

‘* Deux siècles se sont écoulés, s’écriait l’orateur. Mgr de Laval est mort depuis longtemps ; mais son génie plane encore au-dessus de ces ormes et de ces frênes du jardin du séminaire, où il a passé la moitié de sa vie ; son âme circule encore au milieu de nous.

‘* Mais il n’y avait pas de pierre tumulaire où son nom fût inscrit. Ses successeurs ont voulu lui élever un monument digne de lui. Ce monument, c’est l’université Laval, qui éternisera son nom, et le montrera aux générations futures du Canada comme le plus grand bienfaiteur de son pays...

1 —- M. l'abbé Taschereau.

‘Aussi longtemps que cette université Laval sera debout, elle sera une colonne d’espérance aussi solide que le roc sur lequel elle est assise ; et cette jeunesse qui se forme chaque année à son ombre, forte d’études, de science et de patriotisme, sera le meilleur palladium de la patrie, qu’elle servira, en vénérant toujours la mémoire de Mgr de Montmorency-Laval 1, ”

La poésie, cette flamme divine, qui s'allume volontiers au contact de tout ce qui est beau, noble et grand, mais ne jette ses plus beaux feux que sur les hauts sommets, ne pouvait rester insensible en présence des vertus héroïques et de la noble carrière de Mgr de Laval. Elle couronna cette sainte mémoire par des vers immortels.

Dès 1850, M. l'abbé Verreau ?, encore élève du grand

1 — Discours du juge Tessier, 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval au Canada, p. 68.

2 — Nous tenons, en terminant cet ouvrage, à témoigner publiquement à M. l'abbé Verreau notre vive et sincère reconnaissance pour les immenses services qu’il a bien voulu nous rendre dans la préparation de notre Vie de Mgr de Laval. Non seulement l’éminent principal de l'Ecole Normale Jacques Cartier, dans son désir ardent de faire glorifier la mémoire du premier évêque de Québec, a mis généreusement à notre disposition les riches trésors de ses archives et de sa bibliothèque — la plus complète, peut-être, de tout le pays, pour ce qui regarde l’histoire du Canada, — non seulement il nous a procuré à maintes reprises le bienfait d’une cordiale hospitalité, mais il s’est mis luimême, pour ainsi dire, à notre disposition, nous donnant, avec une bienveillance que nous ne saurions jamais oublier, le précieux secours de sa direction, de ses lumières et de ses connaissances inappréciables. Il à bien voulu, en un mot, se faire notre mentor pour la publication de notre premier ouvrage. Nous le constatons ici avec bouheur, d’abord pour satisfaire au devoir impérieux dela reconnaissance, puis parce que nous donnons par là même au public la meilleure garantie possible de l'exactitude de nos recherches et de nos appréciations, et de l'attention consciencieuse avec laquelle a été écrite cette histoire.

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séminaire, célébrait la naissance de l’illustre prélat par une ode latine vraiment remarquable 1,

Neuf ans plus tard, à l’occasion du deux-centième anniversaire de l’arrivée de Mgr de Laval au Canada, Crémazie redisait aux âges futurs, dans des strophes d’une beauté merveilleuse, les vertus apostoliques de ce héros chrétien, ses nobles actions, les grands bienfaits dont il a enrichi notre pays.

Cette poésie, l’une des plus belles de son répertoire, se fait remarquer par l'harmonie et le souffle puissant qui y règne ; elle fait honneur aux lettres canadiennes. Mais on peut aussi la regarder comme letémoignage irrécusable du talent le plus pur et le plus élevé de notre pays en faveur de la sainteté du premier évêque de Québec.

Il faudrait la citer toutentière. Reproduisons, du moins, ‘cette strophe, qui rend si bien notre pensée:

‘ Et quand la mort parut au sein de sa retraite, Elle n’eut qu’à cueillir cette fleur toute prête, Pour les jardins bénis du séjour éternel.

Et sur les bords heureux où son nom brille encore,

Les chênes attristés, dans la forêt sonore, Chantèrent ses vertus aux archanges du ciel 2, ”

C’est la même pensée, c’est le même sentiment d’admiration pour les vertus et la vie héroïque de Mgr de Laval, qui inspira les nobles vers de M. l’abbé Apollinaire Gingras, lors de la translation solennelle des restes de

1— Abeille, vol. XI, p. 115. ; 2 — Ode en l’honneur de Mgr de Laval, 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval au Cana:la, p. 69.

l'illustre évêque, en 1878. Sa poésie, si belle et si entratnante, mérita d’être couronnée par les suffrages de l’université Laval 1.

Un de nos hommes politiques les plus distingués, parlant un jour de Mgr de Laval, dans une occasion mémorable, s'écriait avec un généreux enthousiasme: ‘ L'espèce de culte rendu aujourd’hui à cette grande figure de l’époque héroïque de notre histoire a un sens intime et mystérieux ; il évoque tout un monde de souvenirs... Les anciens élèves du séminaire de Québec, entendent, avec la satisfaction légitime et attendrie d’un fils, proclamer les vertus, les sacrifices, l’abnégation, et par dessus tout le génie sublime et fécond de ce descendant du premier baron chrétien de la vieille France qui fut lui-même le premier évêque de la Nouvelle-France, de cet homme qui, comme l’a dit si éloquemment son premier panégyriste, chargea sur ses épaules, nouvel Atlas, le fardeau d’un monde nouveau.

‘ Oui, tout ce que nous voyons, tout ce que nous avons, tout ce que nous aimons, tout ce que nous défendons, tout ce que nous défendrions au péril de notre vie: tout cela est son ouvrage, tout cela est la féconde conséquence de sa grande pensée... ?”

. Puis il ajoutait, en tournant ses regards vers la croix qui couronne le dôme de l’Université: ‘‘ Dans les ténèbres du passé brillera pour nous comme un phare céleste la croix

1 — Abeille, vol. XII, p. 61.

lumineuse qui porte le nom immortel, le nom mille fois béni de Laval 11”

On le voit, les manifestations en l’honneur du saint prélat avaient franchi depuis longtemps le seuil de son séminaire. La réputation de sa sainteté existait, en effet, dans toutes les parties du pays ; et elle avait pour base principale les grandes vertus qu’on l’avait vu autrefois pratiquer. C’est ce que tous les témoins appelés, lors du procès préliminaire pour l'introduction de sa cause, se sont plu à affirmer, sans une note discordante.

Nous avons déjà cité les paroles de M. Nercam, de Saint- Sulpice de Montréal :

‘ Nous sommes demeuré, dit-il, plein d’admiration pour cette grande figure ; et il nous reste la conviction intime et bien fondée que Mgr de Laval a été comparable aux plus grands saints que l'Eglise ait jamais placés sur ses autels, depuis les siècles apostoliques... Du haut du ciel, le serviteur de Dieu continue à veiller sur l'Eglise qu’il a fondée.”

L'abbé Nercam ajoute: ‘ M. Faillon, que ses recherches et ses écrits avaient mis à même de bien connaître Mgr de Laval, disait à M. Bayle, alors supérieur du séminaire de Montréal, que le pieux prélat, à son avis, était un homme vraiment apostolique. ”?

La sœur Saint-Ligori, de la congrégation de Notre-Dame, déclare qu’elle a la plus grande confiance dans l’interces-

1 — Discours de l’'Hon. P. J. O. Chauveau, 200e anniversaire de la fondation du séminaire de Québec, 30 avril 1863.

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sion du serviteur de Dieu. Elle récite chaque jour une prière pour le succès de la cause de sa béatification.

‘Sa mémoire, dit-elle, a toujours été en vénération dans notre communauté, et on l’a toujours regardé comme un saint.

‘Un jour, j'en ai la conviction, il sera élevé sur les autels ; et ce sera un jour de joie pour les huit cents religieuses de notre institut. Ce jour, je l'appelle de toute mon âme.

‘ Mgr de Laval a toujours été en odeur de sainteté dans tous les rangs de la société ; et cette réputation n’a pas d'autre fondement que ses vertus héroïques.

‘* Pour ma part, j'ai la plus grande vénération pour lui. Demeurant à soixante lieues de Québec, je n’ai pu visiter sa tombe : je le ferais avec un grand bonheur, si l’occasion s’en présentait...”

‘ Les livres qui nous sont propres, dit une religieuse ursuline de Québec, nos annales manuscrites, la vie et les lettres de Marie de l’Incarnation, livres qui ont toujours fait autorité parmi nous, nous ont transmis la mémoire de Laval entourée de l’auréole de la sainteté 1...”

‘ Notre communauté, écrit la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec, a toujours conservé un grand respect pour ce saint prélat.…..

‘t Témoins, près d’un demi-siècle, de ses éminentes vertus, de son zèle infatigable, de sa profonde zumilité, de

1 — Procès préliminaire pour l'introduction de la cause de béatification,

son esprit d’oraison, de détachement et de mortification, nos Mères avaient pour lui la vénération qu'on doit à un saint; et nos annales en fournissent de nombreux témoignages...

‘# Tels étaient les sentiments de nos devancières à l'égard de la sainteté de Mgr de Laval; et la tradition s’en est toujours perpétuée dans notre communauté.

‘ (Je serait avec un indicible bonheur que nous joindrions nos vœux à ceux de tous les catholiques du Canada, pour demander l'introduction à Rome de la cause de la béatification de ce grand serviteur de Dieu 1... ”

‘ Cet illustre évêque, l’apôtre de la Nouvelle-France, ‘écrit Mgr Bourget, fut un parfait modèle de toutes les vertus épiscopales, un défenseur intrépide des droits du saint-siège, un dévoué partisan des doctrines et des prérogatives du siège apostolique, un vrai saint, qui, il faut l'espérer, recevra quelque jour les honneurs de l'autel... La divine Providence a bien voulu le choisir dans les hauts rangs de la société de l’ancien monde, pour en faire le brillant flambeau qui a éclairé et éclaire encore le nouveau 2... ?”

Dans une autre lettre, adressée à son clergé, le pieux évêque de Montréal laissait déborder de son âme généreuse ses admirables sentiments :

‘* Demandons, disait-il, avec la plus intime confiance

1 — Re au supérieur du séminaire de Québer. (Abeille, vol. XI, p. 114.

2 — Lettre à M. l’abbé Edmond Langevin, 11 septembre 1874.

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d’être exaucés: pour l’immortel pontife Pie IX, victoire, paix, longues années et éternelle mémoire, dans le souvenir des peuples! pour le grand et vénéré fondateur de l'Eglise de Québec, le noble et saint évêque François de Laval de Montmorency, repos éternel dans le ciel, et honneur des autels sur la terre, par la voix du siège apostolique 1. ”

Un orateur distingué, plus de dix ans auparavant, s’écriait dans la chaire chrétienne, en parlant de Mgr de Laval: ‘ Il a passé en faisant le bien, ce saint et immortel évêque, le plus grand bienfaiteur de son pays. Pendant sa vie, il a mis la main à toutes les grandes choses que nous voyons ; après sa mort, la mémoire de ses vertus affermit ses œuvres et en fait naître de nouvelles 2.”

Certes, voilà de glorieux témoignages en faveur de la réputation de sainteté de Mgr de Laval dans tout le pays, I] serait facile de multiplier les citations ; mais le lecteur les trouverait sans doute superflues.

Un incident providentiel vint ajouter le comble à tous ces hommages, et faire déborder les sentiments de respect et de vénération qui existaient dans tous les cœurs.

Le 19 septembre 1877, vers le soir, pendant que l’on était occupé à déblayer les caveaux 3 de la cathédrale, afin de

1— Circulaire concernant le 200e anniversaire de l'érection du diocèse de Québec, 21 septembre 1874.

2 — Discours de M. l’abbé Ant. Racine, 200e anniversaire de la fondation du séminaire de Québec.

3 — Ces caveaux ne ressemblaient en aucune manière à ceux qui existent dans un grand nombre d’églises, Là, chacun peut facilement aller prier sur le tombeau de ses défunts ; et le lieu de leur sépulture est indiqué par quelque pierre ou inscription sépulcrale, A la cathédrale, du moins avant les travaux faits en 1877, rien de tel; le tom-

renouveler les poutres qui soutienne:.' le plancher de cette église, on découvrit un cercueil en plomb, sur lequel étaient gravées les armes des Montmorency-Laval, avec l'inscription suivante:

Hic jacet D. D. Franciscus de Laval Primus Quebecensis Episcopus.

Obiit die 64 Maiïi, anno salutis millesimo Séptingentesimo octavo Aetatis suæ octogesimo sexto Consecrationis quinquagesimo.

Requiescat in pace.

De bonne heure, le lendemain matin, l'archevêque de Québec, averti du fait, se transporta sur les lieux, vérifia l'inscription, prit note de la position exacte du tombeau, et s’assura d’une manière évidente au’il était en présence des restes mortels du vénéré fondateur de son Eglise. Nous n'avons pas besoin d'imaginer quelles furent ses impressions : il nous le dit lui-même dans le beau mandement qu’il adressa quelque temps après aux fidèles de son

diocèse 1,

beau de Mgr de Laval, comme les autres, était complètement enterré. Tout le monde savait bien qu’il reposait sous le chœur de la cathédrale ; très souvent, sans douce, les élèves du sanctuaire, les prêtres, les simples fidèles, se trouvant dans cette église, offrirent au pieux prélat l'hommage intérieur de leur admiration ou de leurs prières, ais il n’y avait rien qui indiquât l'endroit précis où était son tombeau, et personne, d’ailleurs, ne pouvait y avoir accès.

Cela explique le sentiment de surprise, ou plutôt d’admiration et de joie, que l’on éprouva lorsque, par suite des travaux d’excavation que l’on fit en 1877, on se trouva tout à coup en présence des restes mortels de Mgr de Laval.

1 — Mandement de Mgr E. A. Taschereau, 30 avril 1878.

avec

‘ Nous n’oublierons jamais, s’écrie-t-il, l'émotion qui s’empara de notre âme, lorsqu’au mois de septembre dernier nous nous sommes trouvé en présence des restes mortels de Mgr de Laval, le glorieux fondateur de notre Eglise. Ah! c’est qu’il nous était donné de contempler ce chef vénérable, où étaient venues s’abriter tant de nobles et de grandes pensées! Dieu l’avait si bien rempli de sagesse et d'intelligence 1 !

‘ Là, près de ces ossements, nous pensions entendre palpiter ce cœur où les sentiments les plus généreux comme les plus forts s'étaient donné un si fidèle rendez-vous! Æt ce cœur semblait se ranimer et nous redire à tous les paroles du psalmiste: Reprenez une nouvelle énergie pour la sainte cause du bien : agissez avec courage ?.

‘Oh ! qu’ils nous paraissaient beaux encore les pieds de l’apôtre du Canada, de celui qui était venu annoncer la paix sur les rives de notre patrie, porter la bonne nouvelle,

prêcher le salut et dire à une autre Sion encore barbare: Votre Dieu va régner 3 ! Et le prophète élevait de nouveau la voix pour consoler ces ossements arides, en leur prédisant un avenir plein de gloire: Vos os mêmes reprendront une seconde vie et refleuriront comme la plante des jardins 4... ”

Les prêtres du séminaire furent mandés à l’instant, et, en leur présence, le vénérable archevêque retira du cercueil

1— Exod., XXXI, 8.

2— Ps. XX VI, 14.

3 — Isaïe, LIT, 7.

4 — Ibid., LXVI, 14.

avec un soin pieux tous les ossements qui y étaient renfermés, puis les déposa dans une boîte, sur laquelle, à chacun des six côtés, il mit le scellé archiépiscopal. Cette boîte, ainsi que le cercueil de plomb, furent transportés immédiatement dans le caveau de la chapelle du séminaire, en attendant qu’on prît une décision sur la place qui leur serait donnée définitivement. On mit aussi le scellé sur toutes les ouvertures qui pouvaient conduire à ce caveau 1.

On se rappelle que Mgr de Laval avait formellement exprimé le désir d’être inhumé dans la chapelle de son séminaire, mais que sa volonté n’avait pu être mise à exécution, parce qu’au moment de sa mort cette chapelle n'était pas encore relevée des ruines de l’incendie qui l'avait détruite. Ses restes mortels avaient donc été déposés dans la cathédrale.

La Providence, en permettant aujourd’hui l’exhumation de ce cercueil, ne laissait-elle pas clairement entendre qu'il était temps d'exécuter les volontés du saint évêque ?

Cette idée vint à l'esprit de tout le monde, aux directeurs du séminaire, surtout ; et elle parut si naturelle que personne ne songea à s’y opposer.

Il fut donc décidé par l’autonté religieuse que la dépouille mortelle de Mgr de Laval reposerait définitivement dans le caveau de la chapelle du séminaire. L’archevêque de Québec en informa immédiatement ses ouailles.

‘ [1 est une institution, disait-il, que Mgr de Laval

- 1 — Abeille, vol. XI, pp. 1 et 5.

chérissait entre toutes les autres : il l’appelait même l’âme de toute l'Eglise du Canada ; une institution à laquelle il donna trois fois la vie, puisqu’après l'avoir élevée de ses mains, il la fit su:gir ensuite, à deux reprises différentes, des ruines de l'incendie ; une institution si admirablement constituée, qu’elle a traversé toute la durée de notre existence nationale, en distribuant à chaque génération lumière et vertu ; une institution qui a échappé à tous les périls et a souvent été pour notre peuple comme un point de ralliement ; une institution qui, par reconnaissance pour son fondateur, a voulu appeler de son nom un des plus beaux sanctuaires de la science sacrée et profane : cette institution, c’est le séminaire de Québec.

‘ Mgr de Laval lui était attaché par toutes les fibres de son cœur, par toutes les puissances de son âme. Il l’avait créée, établie sur des bases solides, unie intimement au séminaire des Missions étrangères de Paris, cette admirable école du martyre et de la prédication évangélique, C'était, disait-il, son chef d'œuvre ; oui, chef d'œuvre admirable, destiné, à son insu, à redire éternellement l’histoire de ses grandes vertus ! Est-il étonnant qu'après l’avoir tant aimé, il ait désiré de n’en être jamais séparé, même après sa mort ? Il aurait donc voulu y faire reconstruire une chapelle, où il aurait dormi son dernier sommeil, en attendant la glorieuse résurrection. Les malheurs des temps ne lui permirent pas de réaliser un projet si cher à son cœur.

‘ Nous avons donc pensé, Nos Très Chers Frères, satis-

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faire aux désirs les plus légitimes de Mgr de Laval, en accordant à ses dignes enfant du séminaire de Québec la consolation de posséder ses restes mortels après en avoir été privés pendant cent soixante-dix ans.

‘ Qu'ils aillent donc reposer en paix dans leur sanctuaire béni, où la Providence semble elle-même les diriger et les placer pour toujours! Le Prophète Royal s'adressant ar Seigneur lui disait. Quelqu'un racontera-t-il ta miséricorde dans le tombeau et ta vérité dans l'empire du trépas 1? Oui, lui répondrons-nous avec confiance. Du fond de sa tombe, Mgr de Laval continuera à nous parler et à nous instruire. Il publiera et les merveilles de grâce opérées en sa personne, et les merveilles qui ont accompagné le prodigieux développement de son Eglise de Québec, aujourd’hui la mère deplus desoixante diocèses. Il parlera au cœur de cette nombreuse jeunesse, qui aimera venir prier ets’encourager auprès de ses cendres immortelles. A tous il apprendra que l’accomplissement du devoir et la pratique des fortes vertus sont le gage le plus sûr de la prospérité des empires comme du bonheur des individus. Et tous, attentifs à ses grands exemples, nous verrons s’accomplir le vœu du psalmiste : La mémoire du juste ne saurait périr ? ! ”

1— Ps. LXXX VII, 12. 2 — Ibid., OXI, 7.

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