‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 109 sur 163 · ER · texte numérisé non relu

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Le roi accordait pour le supplément des prêtres la moäique somme de 4,000 francs ; mais comme cette somme devait être partagée entre une centaine de-curés, la portior congrue était bien modique pour chacun.

Telles sont les différentes phases par lesquelles a passé la question de la dîme au Canada, avant d'arriver à sa forme définitive, qu’elle a encore aujourd'hui, et qui remonte, comme on le voit, à l’arrét royal de 1707, ou plutot à celui de M. de Tracy, en 1667 ; car dans son ordonnance du 12 juillet 1707, le roi ne faisait, après tout, que. régler pour toujours ce que M. de Tracy n'avait réglé que pour vingt ans, mais sans préjudice des droits de l'Eglise pour l’avenir ; à savoir, que la dîme se paierait au 26°, au lieu du 13°, maïs en grain net et bien battu, et portable au domicile du curé.

Dans cette question de l'établissement de la dîme au Canada, on ne peut qu’admirer sans réserve le désintéressement et la longanimité de Mgr de Laval. Ce prélat, qui, dans l’affaire de la traite de l’ea-de-vie avec les sauvages, déploya une énergie et une force indomptables, parce qu'il s'agissait de la perte ou du salut des âmes ; ce prélat, qui n'avait pas hésité à fulminer les plus grandes peines ecclésiastiques pour arrêter les désordres de l'ivrognerie, montra au contraire patience inaltérable et le plus grand esprit d’abnégation dans une question où il aurait pu être soupçonné d’avarice ou de zèle intéressé.

On ne voit pas qu’il ait sévi une seule fois contre ceux qui montraient de la mauvaise volonté dans le paiement

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des dîmes ou du supplément, qu’on leur demandait pour l'entretien de leurs pasteurs. Il ne montra n:: peu de sévérité qu’en une seule occasion, lorsqu'il retira le missionnaire de la côte Beaupré, M. Morel; et encore, ce ne fut que parce que les habitants de l'endroit avaient poussé la révolte contre la dîmeà un tel point, que le prêtre n’était plus en sûreté parmi eux.

Mgr de Laval avait vu de si près la misère des premiers habitants de la colonie, qu’il compatissait, comme un bon père, à leurs privations, à leurs besoins, à leurs ennuis, et ne pouvait £e résoudre à se montrer sévère à leur égard au sujet de la dîme. Nous l’avons vu, après avoir établi la dîime au 13e, l’abandonner complètement dans les premières années, agréer ensuite, pour le bien de la paix, qu'elle fût fixée au 26e, s'imposer à lui-même et à son séminaire les plus grands sacrifices pour suppléer à l’insuflisance de la dîme ainsi réduite.

La Providence permit que son œuvre, commencée avec tant de désintéressement et de vertu, s'établit enfin, du vivant même du prélat, sur des bases solides et durables, et que ce qu’il avait cédé pour la quotité de la dîme, il le gagnât en stabilité. Cette institution, un peu odieuse en elle-même, si elle eût été maintenue dans sa première forme et pressée avec rigueur, n'aurait peut-être pas résisté à l'épreuve du temps et à la malice des hommes. Assise, au contraire, sur le terrain de la modération, de la prudence et du désintéressement, elle subsiste encore après plus de deux siècles, après avoir rencontré les obstacles

les plus redoutables, et traversé victorieusement l’époque

critique de la conquîte.

S'il y a un de nos anciens privilèges qui courait alors m'lle chances de périr, c’est bien celui de la dîme. Mais grâce à la prudence de Mgr de Laval, la dîme était tellelement entrée dans les habitudes et les mœurs du peuple canadien, que personne ne s’avisa d’y objecter. Nous Vl’avons conservée, avec les autres droits et privilèges attachés au culte de nos pères: vénérables drapeaux que nous avons sauvés de l’ennemi, et suspendus avec orgueil dans le sanctuaire de la patrie.

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