‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 111 sur 163 · TRE · texte numérisé non relu

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ajn-sque, et sur sa poitrine brillait la croix épiscopale ; c'était le jeune et illustre vicaire apostolique du Canada,

qui venait d'arriver d'Europe ! à la suite d’une traversée longue et pénible : sur son visage étaient empreintes les traces des fatigues qu’il avait endurées à bord du vaisseau, au service de ses compagnons de voyage.

Ces deux personnages étaient assis à côté l’un de l’autre, au haut de la table: l'Eglise et l'Etat se donnaient la mais pour assurer le bonheur de la colonie.

C'était la première séance du Conseii sorverain que le

roi venait d'établir dans la Nouvelle-France. Aussitôt après leur arrivée, le gouverneur et l’évêque s'étaient empressés d'exécuter les instructions qu’ils avaient reçue:

de Sa Majesté, et de nommer les membres du Conseil. Ils + avaient choisi pour procureur général Jean Bourdon, pour $ greffier et secrétaire du Conseil Jean-Baptiste Peuvret de 4 Mesnu, et pour conseillers Louis Rouer de Villeray ?, Jean d Juchereau de la Ferté, Denis-Joseph Rüette D’Auteuil de de Monceaux *, Charles Le Gardeur de Tilly et Mathieu Damours Deschauffour, tous anciens et respectables ci- sr

toyens de la colonie, plusieurs de vieille noblesse fran-

çaise.

Voilà les heureux fonctionnaires qui, avec le gouverneu: et l’évêque, étaient assis à la table du Conseil, la tête couverte, suivant l’usage des parlements. M. Gaudais y était

1 — Trois jours auparavant, 2 — Ci-devant lieutenant particulier en la juridiction de Québec. 3 — Ancien avocat au parlement de Paris.

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aussi !, de droit, tant en sa qualité de commissaire royal, que comme substitut de l’intendant Robert, qui avait été nommé, mais qui ne vint jamais au Canada.

Il eût été difficile de dire lequel, du gouverneur ou de l'évêque, était le véritable chef du Conseil, tant 18 roi avait paru vouloir les mettre sur le même pied : ‘ Lequel Conseil souverain, disait-il ?, nous voulons être composé de nos chers et bien-aimés les sieurs de Mésy, gouverneur, représentant notre personne, de Laval, évêque de Pétrée.…., et de cinq autres qu’ils nommeront et choïisiront, conjointenent et de concert.” La nomination des membres du Consil devait donc se faire par le gouverneur et l’évêque, swnjointement et de concert.

La destitution de ces conseillers et une nouvelle nomiration exigeaient également le concours des deux à la fois : “ Lesquelles cinq personnes choisies pour faire la fonction de conseillers seront changées ou continuées tous les ans, selon qu'il sera estimé plus à pronos et plus avantageux par les dits gouverneur et évêque...”

Plus loin, lé roi exprimait avec encore plus de force, peut-être, sa volonté d'investir le gouverneur et l’évêque, v Conseil souverain, d’une autorité pour ainsi dire égale, en ies chargeant tous deux de l’exécution de son édit : ‘ Si donnons en mandement aux sieurs de Mésy, gouverneur, et de Laval, évêque de Pétrée..., que notre présent édit ils

1— Son nom n'apparaît qu’à deux séances du Conseil, le 18 et le % septembre. Il signait après le gouverneur et l’évêque. 2 — Edits et Ordonnances, t. I, p. 37.

aient à exécuter et faire exécuter, pour le choix par eux fait des dits conseillers, notre procureuret greffier, eticeux À assemblés, le faire publier et enregistrer... ”

Le fait est que si M. de Mésy, comme gouverneur du Canada, avait de droit la présidence du Conseil souverain, l’éclat de cette présidence était bien neutralisé par l’influence politique que le roi avait donnée à l’évêque de Pétrée, non moins que par l'autorité morale dont jouissait le

prélat.

Dans une autre ordonnance, le roi semblait mettre encore Mgr de Laval sur le même pied que le gouverneur, en leur accordant conjointement le pouvoir de faire la distribution

des terres non défrichées dans la Nouvelle-France, et de $ veiller à l'exécution de son arrêt: ‘ Mande et ordonnefa de k Majesté aux sieurs de Mésy, gouverneur, évêque de Pétrée, avo et Robert, intendant au dit pays, de tenir la main à l’ext- Ce cution ponctuelle du présent arrêt, même de faire la distri- long bution des dites terres non défrichées, et d’en accorder des la vé concessions au nom de Sa Majesté 1.” furer Mgr de Laval jouissait donc, à cette époque, d’une grande Cons. confiance à la Cour. Nous avons vu le roi insister pour Æi C qu’il nommât lui-même le gouverneur du Canada. C'est Æiu s aussi à l’évêque, et non pas au gouverneur, bien que tous lies deux fissent route ensemble pour l'Amérique, que furent Æie

confiées les ordonnances de 1663, et les blancs de commissions à remplir pour les charges du Conseil ?.

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1 — Edits et Ordonnances, t. I, p. 33.

. 2 — Parkman, The Old Regime in Canada,

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Le rôle politique qu’on avait attribué au prélat, et qu’il n'avait certainement pas usurpé, était immense, eu égard à l’état naissant dé la colonie.

Plus tard, on se plaindra des envahissements de l'autorité ecclésiastique. Le ministre Colbert écrira des phrases comme celle-ci : ‘‘ Empêcher que la puissance ecclésiastique n’entreprenne rien sur la temporelle, à quoi les ecclésiastiques sont assez portés !.”— ‘Je vois que M. l'évêque de Québec affecte une autorité un peu trop indépendante de l’autorité royale, et que par cette raison il serait peut-être bon qu’il n’eût pas de séance dans le Conseil 2...”

Fil était vrai, ce qui n’est pas du tout prouvé, que Mgr de Laval eût dépassé les limites de son autorité, il faut avouer qu’on ne lui en avait pas ménagé la tentation.

Cette première séance du Conseil souverain fut assez lbngue. On y procéda à ce que l’on appellerait aujourd’hui h vérification des pouvoirs. Quatre documents importants furent communiqués à l'assemblée : l’édit de création du Conseil souverain de Québec (avril 1663) ; l’acte d'abandon du Canada au roi par la compagnie des Cent associés (24 février 1663), et les lettres patentes par lesquelles Sa Majesté acceptait cet abandon (mars 1663) ; la nomination de M. de Mésy comme gouverneur de la Nouvelle-France (lt mai 1663) ; et enfin la commission donnée par le roi à

1 — Lettre de Colbert à Duchesneau, 15 avril 1676. 2 — Le même au même, ler mai 1677.

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