‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 132 sur 163 · PR EE · texte numérisé non relu

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récompenser la générosité de son caractère et ses solides vertus.

Les Iroquois, qui paraissaient regarder la paix avec les Français comme un honteux esclavage, venaient d'attaquer les Algonquins supérieurs. M. de Courcelle menaça, à son tour, de leur déclarer la guerre, s’ils ne faisaient réparation.

Garakontié fut député à Québec avec quelques représentants des cinq nations Iroquoises. Il plaida avec tant de chaleur et d'éloquence la cause de ses compatriotes, qu’il réussit à assurer le maintien de la paix pour son pays. Il trouva en même temps à Québec, pour lui-même, la grâce du salut.

‘ Ce brave capitaine, qui depuis seize ans s’est toujours montré l'ami et le protecteur des Français dans son pays, dit la Relation, parla avec tant de feu et de zèle, dans le Conseil, de l’amour qu’il avait de la foi chrétienne, et de l’ardeur qu’il ressentait pour le baptême, que Mgr l’évêque, après s'être assuré de ses bonnes dispositions et dela pureté de ses mœurs, jugea qu’on ne devait pas différer plus longtemps de lui donner ce sacrement. Puisqu’ilavait pendant tant d’anrées secouru nos Français, lorsqu'ils étaient esclaves dans le pays des Iroquois, il était juste qu’il trouvât un prompt secours dans le sein de l'Eglise, pour se délivrer de l’esclavage du démon; et comme il avait toujours soutenu avec un si grand zèle les intérêts et la gloire des Français, ceux-ci devaient contribuer à la pompe et à la solennité de son baptême.”

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Le gouverneur, M. de Courcelle, voulut être le parrain ; Mile Bouteroüe, fille de l’intendant, la marraine. Mgr de Laval se chargea de conférer lui-même le saint baptême, lequel devait être suivi de la confirmation.

Ce fut dans l’église paroissiale de Québec qu’eut lieu la cérémonie. Le concours des fidèles fut immense, et il y cut des représentants de toutes les nations sauvages de la Nouvelle-France.

‘ Pendant qu’on lui conférait les cérémonies du baptême, dit la Relation, Garakontié était fort attentif à l'explication qu’on lui en faisait, et écoutait avec une si grande présence d'esprit, qu’au moindre mot il concevait tout ce qu’on lui disait. Il répondait à toutes les interrogations qu’on a coutume de faire aux catéchumènes qu’on baptise, avec autant de fermeté et de bon sens, qu’on en pourrait attendre d’un homme savant.

‘ Le nouveau baptisé remercia humblement Mgr l’évéque de lui avoir ouvert, par les deux sacrements qu’il venait de lui conférer, la porte de l’Eglise et du Paradis. Ensuite, ayant fait à Jésus-Christ de nouvelles protestations de vivre dorénavant en bon chrétien, il fut conduit au Château, pour y aller remercier le gouverneur de l’honneur qu’il lui venait de faire en lui donnant son nom (Daniel) sur les fonts du baptême.

‘ A son entrée, il se vit saluer par la décharge de tous les canons du Fort, et de toute la mousqueterie des soldats, qui étaient disposés en haie pour le recevoir, Pour conclusion de la fête, on lui présenta de quoi régaler pleinement

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toutes les nations assemblées à Québec, et leur faire un somptueux festin, que M. le gouverneur avait fait préparer Î.

Garakontié, de retour dans son pays, fut fidèle jusqu’à

la mort à la grâce de son baptême. Reproches de la part

des siens, douceurs et tentations du pouvoir, mauvais exemples et sollicitations des RENE rien ne put l’ébranler dans la foi chrétienne.

‘* C’est un homme incomparable, écrivait d'Onnontagué le P. Millet. Il est l’Âme de tout le bien qui se fait ici; il y soutient la Foi par son crédit, il y maintient la paix par son autorité. Il ménage les esprits de ces barbares avec une adresse et une prudence qui égalent celles des plus sages de l’Europe; il se déclare si hautement pour la gloire et pour l'intérêt de la France, qu’on peut justement l’appeler le protecteur de la couronne en ce pays ; il a un zèle pour la Foi, comparable à celui des premiers chrétiens; enfin, il sait se conduire de telle sorte, qu’il se soutient toujours dans l'éclat et dans l'autorité que lui donne sa charge de capitaine général de cette nation, et qu’il ne s’en sert que pour faire du bien à tout le monde. ”

Les liens du respect humain ne pouvaient plus retenir cet homme admirable, ni enchaîner la puissance de sa parole. Un jour qu’en sa qualité de chef il était appelé à présider un de ces grands festins, où les sauvages avaient

1 — Relations des jesuites, 1670.

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coutume de se livrer à toutes sortes de superstitions et de jongleries, Garakontié se lève, et d’une voie émue, mais pleine de fermeié: ‘ Vous savez, dit-il, comme j'ai toujours porté les intérêts du public. On ne m’a jamais vu épargner ni ma voix, dans les occasions où j’ai dû parler, ni ma vie, dans les négociations d'importance, ou dans les dangers auxquels je me suis cent fois exposé pour le soutien et la conservation de ma patrie... N'attendez plus de moi que je ra’emploie pour appuyer et favoriser vos songes, ou pour maintenir et autoriser les coutumes superstitieuses de nos ancêtres. Tout cela m'est défendu, maintenant, comme étant contraire aux lois de lieu.

‘ C’est un abus de croire que ces choses soient le soutien du pays et de nos vies ; elles en sont plutôt la ruine, et ne servent qu’à avancer notre mort. Je vois elairement que le démon de l'enfer nous trompe; et vous en serez vousmêmes persuadés, quand il aura plu à Dieu vous faire la même grâce qu'à moi, et vous éclairer.”

‘Ce discours, et ce changement si notable en une personne d’un si grand mérite parmi ces peuples, eurent un tel efter sur leurs esprits, dit le P. Millet, que nos brebis tgarées retournèrent au bercail ; et plusieurs qui n’écoutaient pas auparavant la voix du pasteur, s’approchèrent et demandèrent instamment d’y être admises !. ”

Quelque terñips après, Garakontié se voyant bien âgé et pour ainsi dire sur le bord de la tombe, donna ce que les

1 — Relations des jésuites, 1671.

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sauvages appelaient leur festin d'adieux. Il réunit donc dans sa modeste demeure tous les hommes les plus considérables de sa nation. Il était trop faible pour parler luimême; mais il chargea deux des convives de dire de sa part, tant aux anciens, qu'aux jeunes gens, qu'il les exhortait à respecter toujours le gouverneur du Canada, et à vivre en bonne intelligence avec les Français. Il les conjurait de se faire tous bons chrétiens, et de quitter les superstitions auxquelles il avait renoncé lui-mêie.

Se tournant du côté du P. Lamberville, qui était présent : ‘Vous écrirez, dit-il, à M. le gouverneur, qu’il perd le meilleur serviteur qu’il avait parmi les Iroquois ; et je supplie Mgr l’évêque, qui m'a baptisé, et tous les missionnaïres, de prier Dieu que je ne reste pas longtemps en purgatoire.”

Puis, recueillant les derniers effcrts de sa voix, il proposa lui-même la santé de Mgr de Laval, dont il avait toujours admiré la charité à son égard et envers ceux de sa nation. Ce fut sa dernière parole publique.

‘‘ Les convives s'étant retirés, il m'appela près de lui, écrit le P. Lamberville.”—" Il faut donc enfin, me dit-il, ‘ nous séparer ; je le veux bien, puisque j'espère aller au ‘ ciel.” Il me pria ensuite de réciter le chapelet avec lui, ce que je fis avec quelques chrétiens ; et ensuite, après la recommandation de l’âme, il m’appela et mgdit: ‘ Voilà ‘que je me meurs.” Et puis il rendit fort paisiblement l'esprit.

‘Je me mis aussitôt à genoux auprès du corps, avec

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Ce grand homme «avait demandé deux choses au P, Lamberville, la veille de sa inort: être enterré à la française; puis, avoir auprès de sa tombe une croix très élevée afin qu’on la vît de bien loin, et que l’on se souvînt quil avait été chrétien.

Français et chrétien! Tel est l’idéal qu'avait rêvé pour lui-même cet illustre capitaine. Voilà à quelle hauteur les jésuites et Mgr de Laval avaient élevé la Religion et la a danr l'esprit des sauvages qu’ils convertissaient à

ieu.

1 — Relations inédites de la Nouvelle-France,

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