CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Myr de Laval et les sauvages (suite). —— Mission de la baie de Quinté : instructions à MM. Trouvé et de Fénelon, — MM. Dollier et de Galinée, au lac Erié, — Expédition de M. de Courcelle au lac Ontario.
Nous avons vu, dans un chapitre précédent, le grand essor que prirent les missions sauvages, à la suite de l'expédition de M. de Tracy, et le zèle que déployèrent les jésuites chez les Iroquois et les Algonquins supérieurs. Mais ces religieux ne pouvaient évidemment suflire à la tèche énorme qui leur était confiée.
Un parti d’Iroquois venait de traverser le lac Ontario, pour aller s'établir à la baie de Quinté; et ces sauvages v’avaient pas encore de pasteurs. La moisson était partout abondante, et les ouvriers apostoliques peu nombreux !.
La Providence vint tout à coup au secours de Mgr de Laval. Plusieurs prêtres lui arrivèrent de France, au printemps de 1668, les uns pour le séminaire de Québec, les
1— M. Soûart passa en France en 1667 exprès pour chercher des ouvriers évangéliques.” (Histoire du Montréal.)
autres, comme M. de Queylus !, pour la colonie de Montréal. L'évêque de Pétrée, au comble de la joie, fit part de son bonheur à son ami et grand vicaire ?, le curé de Saint- Josse, à Paris:
‘‘ Le secours des ecclésiastiques que vous nous avez envoyés par les premiers vaisseaux, lui écrit-il, nous est venu fort à propos pour nous donner les moyens d'assister « vers lieux de cette colonie, qui en ont un notable besoin,
‘ La venue de M. de Queylus, avec plusieurs ouvriers tirés du séminaire de Saint-Sulpice, ne nous a pas moins apporté de consolation. Nous les avons tous embrassés in visceribus Christi 3. Ce qui nous donne une joie plus sensible, c’est la bénédiction de voir notre clergé dans une sainte disposition de travailler, tous d’un cœur et d’un même esprit, à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes,
tant des Français que des sauvages. ”
Puis il ajoute: ‘‘ J'ai donné mission depuis un mois à deux très vertueux et bons ouvriers, pour aller dans une nation iroquoise, qui s’est établie depuis quelques années, assez proche de nous, du côté du nord du grand lac Ontario. L'un est M. de Fénelon, dont le nom est assez connu
1. — 11 amenait avec lui MM. d’Urfé, D’Allet et Urbain Brehan de Galinée. Ce dernier n’était encore que diacre. ‘* Il était de la famille de Brehan, dont la devise était : Foi de Brehan vaut mieux qu'argent.” (Histoire dr. Montreal, note de Jacques Viger.)
2— ‘M. Poitevin, grand vicaire de Mgr notre évêque.” (Lettre historique 88e. ) .
3— ‘* M. de Queylus avait déclaré qu’en allantau Canada, il voulait y vivre dans la dépendance due à son supérieur et à son évêque. Il fut reçu affectueusement par a de Laval, qui le nomma un de ses grands vicaires.” (Ferland, t. II, p. 68.)
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Les travaux de l’apostolat duns les missions sauvages, qui jusqu'ici avaient été l'apanage exclusif des jésuites, allaient donc être désormais partagés par des prêtres séculiers. L’expérience ne fut pas vaine. Les messieurs de Saint-Sulpice déployèrent dans les missions le zèle et le dévouement apostolique dont ils faisaient preuve depuis longtemps dans la colonie de Montréui.
Rien de plus admirable que les recommandations de l'évêque de Pétrée à MM. Trouvé et de Fénelon, à leur départ pour la mission de la baie de Quinté. Ce sont comme les adieux d’un tendre père à ses enfants qu’il voit partir pour un long voyage. En songeant aux dangers qu’ils vont courir, il leur adresse les conseils de sa longue expérience 3. ‘ Ces instructions, dit Jacques Viger, font infiniment d'honneur à la main qui les a trarées et au cœur qui les a dictées {, ”
Le prélat loue d’abord la piété et le zèle qui ont porté ces jeunes prêtres à se dévouer ainsi pour le salut des nations sauvages; puis il leur donne tous les pouvoirs dort
1 — “François de Sulagnac, abbé de Fénelon, frère de l’archevêque de Cambrai, et Claude Trouvé étaient arrivés en Canada le 27 juin 1667.” (Histoire du Montréal, note de Jacques Viger.)
2 — Relations des jésuites, 1668.
3— MM. de Fénelon et Trouvé venaient d’être ordonnés prètres à Québec, celui-ci le 10 juin, l’autre le 11 juin 1668.
4— Histoire du Montréal, note, p. 260.
ils auront besoin pour l’accomplissement de leur ministère sacré.
Leur mission est noble, sublime, mais pleine de périls. Ils viennent d’être ordonnés prêtres, ils sont jeunes et sans expérience; mais la piété et l'humilité suppléeront à tout. La foi sera leur bouclier et leur sauvegarde.
Le chef naturel de la mission paraissait être M. de Fénelon, à cause de ses talents et de la noblesse de son origine. Mgr de Laval en juge autrement: il lui donne pour supérieur son compagnon de voyage, M. Trouvé, lui recommandant de lui être subordonné dans toutes ses fonctions ; et ce sera ainsi la gloire de ces deux apôtres de commencer leur mission sous la protection de l’obéissance et de l'humilité la plus chrétienne.
Dans leurs difficultés et dans leurs peines, ils se mettront en rapport avec les RR. PP. jésuites, qui desservent les missions iroquoises au sud du lac Ontario, et tâcheront de rester toujours avec eux cor unum et anima una, suivant le précepte du Sauveur.
‘€ Sur toutes choses, dit le pieux évêque, nous vous conjurons de leur faire paraître, en toutes sortes de rencontres, des marques véritables et sincères du ressentiment très juste que vous avez avec nous des grandes obligations dont cette Eglise naissante est redevable à cette sainte Compaguie, pour le zèle et les soins continuels avec lesquels elle y a travaillé depuis quarante ans, et continue de faire encore aujourd’hui. La grande bénédiction qu’il a plu à Notre-Seigneur de donner à ses travaux, nous sert d’un
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