Leitre historique
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d’abord beaucoup de peine à en obtenir: les sauvages, infiniment attachés à leurs enfants, ne peuvent se résoudre à s’en séparer. On en prit beaucoup de soin, mais on n’a jamais pu ni ouvrir assez leur esprit pour les faire entrer dans les matières théologiques, ni fixer assez leur légèreté pour les attacher au service des autels. Après avoir passé plusieurs années au séminaire, malgré eux, et comme en prison, ils s’enfuyaient dès qu’ils pouvaient, et allaient avec les autres courir les bois !. ”
‘On a cru longtemps, dit le marquis de Denonville, qu'il fallait approcher les sauvages de nous pour les franciser; on a tout lieu de reconnaître qu’on se trompait. Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas rendus français, et les Français qui les ont hantés sont devenus sauvages. ”
‘* Jrsqu’à présent, écrit à son tour M. de Champigny, les missionnaires ont toujours été obligés d’avoir des domestiques français, parce que le sauvage n'aime pas à être dépendant ni fixe dans un lieu; de sorte qu’il arrive plus ordinairement qu’un français se fasse sauvage, qu’un sauvage devienne français. ”
Les élèves hurons désertèrent les uns après les autres la maison de Mme Couillard, et ne furent pas remplacés. Le dernier fut retiré par ses parents le 15 mars 1678.
Mais le petit séminaire de Québec était désormais fondé ;
1 — Latour, p. 97.
et l’on aus à y és à l’état Leo léotaat les jeunes canadiens qui avaient de la vocation.
‘ Les prêtres de notre séminaire des Missions étrangères, écrivait Mgr de Laval, ne nous ayant pas moins fait paraître de soin et de vigilance dans l'éducation des enfants de ce pays, que nous leur avons donnés à former à l’état ecclésiastique, qu’ils nous ont donné des marques de leur zèle dans les travaux qu'il y a à souffrir dans tous les lieux des habitations de ce pays, où nous les employons, nous avons estimé ne pouvoir rien faire qui soit plus à la gloire de Dieu, et pour le bien de notre Eglise, que de leur confier de nouveau la direction de ce second séminaire, d'autant plus que nous avons jugé à propos de le renfermer dans l’enceinte de notre séminaire, dans laquelle nous avons fait
accommoder un logement propre à ce dessein.”
Puis il ajoutait: ‘ Je supplie Notre-Seigneur, au nom de la très sainte Famille, en l’honneur et sous la protection de laquelle notre séminaire est établi 1, d’y vouloir donner le succès et la bénédiction que nous nous en promettons 2.”
Le pensionnat des RR. PP. jésuites, qui n’était pas bien nombreux, tomba, par suite du départ des séminaristes de Mgr de Laval. Mais les classes du collège restèrent ouvertes pour les externes et pour les élèves du petit séminaire.
Au petit séminaire, en effet, il n’y avait pas de classes proprement dites, ni de cours régulier d’études ; on se con-
1 — Le séminaire de Québec est consacré à la sainte Famille ; le petit séminaire, à l’Enfant-Jésus.
2 — Relations des jésuites, 1668.
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: I] y avait une première et une seconde année de philosophie, une rhétorique et une seconde, une troisième et une quatrième, non pas ensemble, mais alternativement, de deux ans en deux ans. Il y avait aussi une classe de rudiments et une petite école pour ceux qui ne savaient nas lire. La durée des études variait, selon la science et l’aptitude des élèves, entre cinq et sept ans ?.
Le pensionnat du petit séminaire de Québec était comme le sanctuaire où se formait la milice sacrée. Les jeunes lévites, soustraits aux mauvais exemples et à la contagion du siècle, s'y appliquaient, dès le bas âge, aux vertus de leur état, et apprenaient les cérémonies, le chant et la modestie cléricale.
Comme les élèves du grand séminaire, ils servaient le dimanche, à l’église, et formaient autvur de l'évêque une gracieuse couranne. ‘ Ils se tiennent d'un air si dévot, durant la célébration de l'office divin, disait d'eux Mgr de Saint-Valier, qu’ils inspirent de la dévotion aux peuples. ”?
Du reste, dès son arrivée au Canada, en 1559, Mgr de Lavel avait trouvé bon nombre d'enfants äe chœur tout dressés et préparés avec soin, qu* lugeaient dans une pension tenue rar unc dame Duponi, "ès de l'église paroissiale. On peur dire que ce pensionnat de Mme Dupont fut comme le premier noyau du petit séminaire de Québec.
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1 — Latour, p. %6.
2 — Abeille, vol. IT. ns. 13.
Le nombre des pensionnaires du petit séminaire avait d’abord été réduit à quatorze, faute de pouvoir en loger davantage dans :a maison de Mme Couillard. Mais on se mit courageusement à l’œuvre, et bientôt une vaste construction en pierre s'éleva du côté de la cathédrale. C'était, comme on disait alors, le petit séminaire du nouveau bâtiment 1, Mgr de Laval employait pour cetie belle œuvre, l’objet favori de ses soins et de ses sacrifices, la plus grande partie des six mille livres que le roi lui donnait chaque année pour les besoins de son Eglise. ‘
Les élèves entrèrent dans le nouveau séminaire le 8 décembre 1677 2. u
Ce fut un beau jour. Il y eut communion générale, On
chanta tout d’abord le Veni Creator, ainsi que les litanies
de l’Enfant-Jésus, auquel était consacré le petit séminaire. L'image de la sainte Famille fut portée solennellement en
procession. Mgr de Laval prononça une pieuse allocution;
puis l’on chanta le psaume Laætatus sum, dans lequel le prophète se réjouit à la pensée qu’il va entrer bientôt dans la maison de Dieu, C'était bien, en effet, la maison du
Seigneur, ce petit séminaire où devaient se former à la piété et se préparer au sacerdoce tant de générations. Trois ans après, Mgr de Laval écrivait au cardinal Cibo qu'il y avait quarante pensionnaires, et qu’il avait ordonné durant cette année (1681) huit prêtres du pays 5.
1 — Histoire manuscrite du seminaire de Quehec.
2 — Ii y avait parmi eux deux neveux de Mgr de Laval. (Abeille, vol. I, n°. 26.) 3 — Abeille, vol. II, no. 13.
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Jusqu'en 1730, on donnait aux pensionnaires l'entretien: complet. On cessa à cette époque, et l’on se réduisit à leur donner la nourriture et l'instruction, laissant aux parentsou aux bienfaiteurs à fournir l'habillement et les livres.
Lorsque l’on constatait d’une manière certaine que quelque élève n'avait pas la vocation ecclésiastique, on lui faisait apprendre, avec le consentement de ses parents, l’agriculture, ou quelque métier, comme par exemple celui de maçon, de cordonnier, de couturier, de sculpteur, de menuisier, etc. On l’envoyait ordinairement pour cela, à la ferme modèle du cap Tourmente, à Saint-Joachim.
Dans cet endroit délicieux, Mgr de Laval, dont l'esprit large et perspicace embrassait tous les besoins de la société, avait établi comme un troisième séminaire, appelé aussi la Grande Ferme, où les enfants des paysans apprenaient à
lire, à écrire, à chiffrer, en même temps que les différents métiers, surtout celui de l’agriculture. Le zélé prélat comprenait la salutaire influence que ne manqueraient pas
* d'exercer, dans un pays nouveau, des pères de famille élevés dans la piété et doués d’une certaine éducation.
La journée des élèves se partageaiten de pieux exercices, des études assez courtes, et les travaux des champs ou de
différents métiers les plus nécessaires au pays.
La grande Ferme était une pépinière de bons ouvriers fort attachés au séminaire, d'où l’on tirait des domestiques, des fermiers, des habitants, qu'on dispersait dans les terres du séminaire. Plusieurs ouvriers y acquirent une telle habileté, qu'ils furent souvent employés comme arbitres par le Conseil souverain.
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“ Des écrits contemporains nous ont conservé soigneusement les noms de ceux qui ont appris divers métiers dans Pécole de Mgr de Laval; et ils nous font remarquer que tous savaient lire, écrire, tenir leurs comptes, et, ce qui vaut mieux encore, qu'ils avaient été formés aux bonnes mœurs et à la science par excellence, la science de la Religion, qui nous fait connaître nos devoirs envers nousmêmes, envers la société et envers Dieu 1, ”
L'institution de Saint-Joachim, à la fois ferme modèle et école des arts et métiers, progressa de plus en plus, et rendit d'immenses services à la colonie.
En 1685, Mgr de Saint-Valier essaya d’y introduire les études classiques. L'expérience n’ayant pas réussi, Mgr de Laval, trois ans plus tard, ramena l’école à sa première destination, et y rassembla bon nombre de jeunes gens, pour les former, comme auparavant, aux travaux pour lesquels ils montraient le plus d’aptitude.
Nous le verrons en 1691 se retirer à sa ferme de Saint- Joachim, en suivre les progrès, et y faire faire de grands travaux. En attendant, disons tout de suite les fondations que créa sa générosité pour l'instruction de la jeunesse.
Au printemps de 1680, lorsqu'il donna tous ses biens au séminaire de Québec, il y fonda huit pensions entières pour des enfants pauvres, de bonnes mœurs, et ayant vocation à l’état ecclésiastique. Son exemple fut suivi, quelques
1 — Discours de M. l'abbé Taschoreau, 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval au Canada.
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annéés plus tard (1687), par Mgr de Saint-Valier, qui fonda, lui aussi, six pensions dans le petit séminaire, et quatre dans le grand. On ne peut assez admirer le désintéressement de ces grands évêques, les fondateurs de notre Eglise, qui se dépouillaient de tout pour favoriser les œuvres de l’éducation et de la charité dans cette colonie.
Pour éterniser au pied du cap Tourmente, comme à Québec, le souvenir de sa sollicitude en faveur de la jeunesse canadienne, Mgr de Laval résolut de fonder six pensions à la ferme modèle de Saint-Joachim. ‘ Ces enfants, dit-il dans le contrat (1693), doivent être du pays, de bonnes mœurs, propres au travail. Ils seront choisis par les supérieurs et directeurs pour être nourris, entretenus et instruits aux bonnes mœurs, à la piété, à lire, à écrire, et formés au tra ail et à quelqu'un des métiers qu s’y exercent, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de dixhuit ans, auquel âge ils sont capables de gagner leur vie, d’être pris à gages, ct de n’être plus à charge au séminaire..….. ?”
C’est ainsi que le saint évêque, retiré alors de: affaires, employait ses modestes épargnes. Il ne semblait vre que pour faire du bien à la jeunesse canadienne.
M. Soumande, l’un des prêtres de son séminaire, encou-
ragé par son exemple, voulut lui aussi fonder trois pensions à la ferme modèle de Saint-Joachim, dont il était le directeur. Il n'y mit qu'une condition: c'est que les élèves qui en bénéficieraient, réciteraient tous les jours le petit office de l’Immaculée Conception.
Il fit plus ; il donna, en 1701, la somme de 8,000 francs, pour que le séminaire mfît à la ferme modèle un maître, qui enseignât aux trois élèves dont il avait fondé la pension ‘‘ un commencement d’humanités, afin qu’ils devinssent propres à être maîtres d'écoles. ”
‘ Voilà bien, dit un annaliste, la première école normaie du Canada.” Elle prit naissance du temps de Mgr de Laval.
On peut donc, à bon droit, regarder ce grand évêque comme le premier instaurateur de tout le système d’'instruction publique de notre pays.
Nulle œuvre de bienfaisance intéressant l'avenir spirituel de la colonie française ne pouvait demeurer étrangère à ce prélat. Mais c’est surtout son séminaire de Québec qui
fut l’objet de ses prédilections et de ses soins paternels. Il s’y dévoua corps et âme ; il lui sacrifia sa vie et toute sa fortune. Il s’'identifia avec son séminaire, qui fut l’occasion, nous le verrons plus tard, des plus grandes douleurs de sa vie. Il vécut et mourut pour cette institution.
Plus tard, les continuateurs de son œuvre, dégagés, par la volonté de la divine Providence, de l'obligation de desservir les paroisses, concentreront tous leurs efforts vers l’autre but de leur fondation, l'instruction de la jeunesse ; ils en feront l’objet unique de leur zèle et de leurs travaux.
Mais cet objet lui-même se développera d’une manière
merveilleuse. La Providence appellera le séminaire à remplacer les jésuites pour l'éducation, non seulement du
clergé, mais de toute la jeunesse canadienne; et le petit
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séminaire sera la source féconde où les jeunes gens de toutes les classes de la société viendront puiser les eaux intarissables de la science sacrée et profane.
Peu à peu se dresseront autour de cette fontaine bienfaisante les portiques élégants et variés de la littérature, de l’éloquence, de l’histoire, de la philosophie, de toutes les sciences physiques, de la théologie, jusqu’à ce que le tout soit couronné par le dôme superbe de l’enseignement universitaire.
Mais qui peut dire que Mgr de Laval n’a pas entrevu cette glorieuse destinée de son séminaire? Qui peut dire, du moins, que tout n’était pas contenu en germe dans le grain de sénevé que l’illustre prélat planta un jour sur le sol de notre pays ?
Oui, nous aimons à le répéter ici, avec un de ses plus remarquables panégyristes : ‘ Mgr de Laval n’a pas vu précisément toutes ces choses que nous admirons aujourd’'hui; mais c’est lui qui a fait toutes ces choses 1.”
1 — M. l'abbé Taschereau, 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval an Canada.
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